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politique nationale - Page 4

  • « Tuer tout ce qui est solidaire et social » : les mairies RN s’attaquent aux Bourses du travail

    Article de Stéphane Ortega publié dans Basta! le 17.09.2026

    Quatre maires du Rassemblement national ont lancé des procédures visant à expulser des syndicats, ainsi que des associations, de Bourses du travail ou de locaux dont ils avaient jusque-là l’usage. En face, la mobilisation s’organise. 

    « S’il y a bien un moment où on a besoin d’une maison des syndicats, c’est maintenant », insiste Alexandra Niola, secrétaire de l’union locale CGT de Tarascon. Depuis des mois, son syndicat bataille en intersyndicale pour le maintien des emplois et de l’usine de pâte à papier de l’entreprise Fibre Excellence, placée en redressement judiciaire en avril 2026 et employeur majeur de la commune.

    Mais cette ville des Bouches-du-Rhône de 15 000 habitants a basculé dans l’escarcelle du Rassemblement national lors des élections municipales de mars dernier. Son nouveau maire d’extrême droite, Alexandre Ducouret, semble quelque peu susceptible. Piqué au vif en juin par le refus des syndicats de Fibre Excellence de le laisser s’exprimer lors de l’une de leurs conférences de presse, l’édile a annoncé séance tenante qu’il allait faire fermer la maison des syndicats.

    Joignant la parole au geste, le maire s’est fendu d’un courrier recommandé le 2 juillet à la CGT et Force ouvrière, les deux syndicats qui utilisent le lieu, pour les informer qu’il mettait fin à la convention signée avec la ville en 2013, qui leur permet d’occuper la maison des syndicats. Prenant le prétexte de vouloir y loger le service municipal de la défense des droits des femmes et celui de l’occupation du domaine public, il a fixé un préavis aux syndicats, les enjoignant de quitter les lieux au 15 septembre. Sans aucune proposition de relogement.

    Le Planning familial ou le Secours populaire également visés

    Le maire de Tarascon n’est pas le premier élu RN à s’en prendre directement aux locaux syndicaux dans sa ville. Avant lui, à Carcassonne (Aude), lors d’un conseil municipal, un mois après son élection, Christophe Barthès annonçait qu’il mettait fin à l’attribution de locaux par la ville aux syndicats CGT, CFDT, FSU et Solidaires, après que ces derniers ont apporté leur soutien à une manifestation de lycéens contre l’extrême droite. La CGT a reçu un courrier du maire la semaine suivante lui demandant de quitter la Bourse du travail, qu’elle occupe depuis 89 ans. Puis, le 1er juin, la municipalité a mandaté un huissier pour constater la poursuite de l’occupation des locaux par l’union départementale.

    L’offensive contre les lieux d’organisation des salariés ne se limite pas à ces deux communes. « Je vous informe que la ville de Bagnols-sur-Cèze ne souhaite pas conclure une nouvelle convention à l’issue de celle actuellement en vigueur », écrit le 9 juillet dernier Pascale Bordes, la nouvelle maire RN de cette commune du Gard, dans un courrier adressé à la CGT. « En conséquence, la mise à disposition des locaux prendra fin le 30 août 2026 », écrit l’édile qui explique laisser un délai supplémentaire jusqu’au 30 novembre, afin de « permettre d’organiser votre départ dans les meilleures conditions ». Une missive similaire a été envoyée aux autres syndicats et associations qui occupent le centre socioculturel Pierre-Mendès France. Sans prendre la peine de donner la moindre justification.

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  • Déchets radioactifs : la commission d’enquête favorable à la création de Cigéo

    Article de Pierre-Julien Prieur, publié dans le jhm le 14.09.2026

    Terminée le 16 juillet, l’enquête publique sur la demande d’autorisation de création de Cigéo a rendu ses conclusions, hier. Et malgré une majorité d’avis défavorables au projet, les commissaires-enquêteurs ont donné leur feu vert.

    « La commission d’enquête conclut que les avantages d’autoriser dès maintenant le projet l’emportent sur les inconvénients. » Les conclusions de l’enquête publique sur la demande d’autorisation de création (DAC) de Cigéo ont été publiées hier matin. Sans surprise, les commissaires-enquêteurs émettent un avis favorable au lancement du projet d’enfouissement des déchets radioactifs de moyenne activité à vie longue (MA-VL) et de haute activité (HA).

    L’enquête, qui s’est déroulée du 18 mai au 16 juillet, après une prolongation de quatorze jours, a permis de recueillir 3 166 contributions. Et la commission de préciser : « 1 528 contributions sont favorables à la DAC ; 1 548 contributions sont défavorables à la DAC ». Mais selon elle, « les incertitudes, lacunes et manquements identifiés par les opposants peuvent être levés par l’Andra pendant la Phipil (phase industrielle pilote, Ndlr) sous le contrôle de l’ASNR ». En résumé, construisons le centre de stockage pour lever les doutes…

    Deux réserves et deux recommandations après l’enquête publique

    Du côté de l’Andra, on ne peut que se réjouir de cet avis. « C’est une étape de plus de franchie. Et une étape importante », souligne Patrice Torres, directeur industriel et des activités du Grand Est de l’Andra, rencontré hier. « Un avis favorable était nécessaire pour que le projet puisse se poursuivre. »

    Un avis favorable, qui s’accompagne toutefois de deux réserves et de deux recommandations. La commission d’enquête demande ainsi que les revues de réversibilité soient organisées au moins tous les cinq ans et que leurs rapports soient transmis au Parlement, et que le décret d’autorisation limite la phase industrielle pilote à « 6 000 colis, cinq alvéoles MA-VL dont un démonstrateur et un quartier HA ».

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  • Démographie scolaire : le ministère publie pour la première fois des projections d'effectifs d'élèves à dix ans, département par département

    Extraits du communiqué du ministère en date du 08.04.2026

    La direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'Éducation nationale publie ce jour un travail inédit : des projections d'effectifs d'élèves à l'horizon 2035, déclinées pour chaque département. Ces projections confirment l'ampleur de la baisse démographique qui touche l'École française : près de 1,7 million d'élèves en moins en dix ans. 

    Une baisse de 1,7 million d'élèves d'ici 2035

    D'après le scénario de référence retenu par la DEPP, la France compterait 1 676 800 élèves de moins en 2035 qu'aujourd'hui dans les écoles et établissements publics et privés sous contrat, soit une baisse de 14,2 % de la population scolaire.

    Cette diminution s'explique par la baisse continue des naissances, amorcée en 2010 et accélérée ces dernières années. En 2025, la France enregistre 645 000 naissances, soit 24 % de moins qu'en 2010.

    Le premier degré serait le plus touché, avec 933 000 élèves en moins (- 15,2 %). Le second degré perdrait 743 800 élèves (- 13,2 %). La baisse toucherait tous les niveaux successivement : d'abord la maternelle et l'élémentaire, puis le collège, puis le lycée.

    (...)

    Des disparités fortes entre territoires

    L'un des apports majeurs de cette étude est sa déclinaison territoriale : tous les départements ne seront pas touchés avec la même intensité.

    Dans le premier degré, les baisses à dix ans s'échelonneraient de - 29,3 % pour l'académie de Paris à - 4,5 % pour Mayotte. L'académie de Lille perdrait 20,7 % de ses effectifs, l’académie de Nancy-Metz 22,1 %. À l'inverse, les académies de Nice et Nantes connaîtraient des baisses plus limitées, autour de 12 %.

    Les écarts sont aussi marqués au sein d'une même académie : dans celle de Limoges, la Creuse perdrait 20 % de ses élèves contre 7,4 % pour la Corrèze. Dans l'académie de Rennes, les Côtes-d'Armor reculeraient de 20,7 % contre 8,2 % pour l'Ille-et-Vilaine.

    Dans le second degré, les baisses les plus fortes concerneraient le Nord et l'Est (Lille - 19,6 %, Reims - 18,3 %, Nancy-Metz - 17,6 %). Seules les académies de Guyane (+ 5,3 %) et Mayotte (+ 6,2 %) verraient leurs effectifs augmenter.

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  • L’Éducation nationale se débarrasse de centaines d’enseignants contractuels en dépit des services rendus

    Extraits de l'article de Maïa Courtois, publié dans Basta! le 10.09.20236.

    Les enseignants contractuels, au statut précaire, paient le prix fort de la suppression de plus de 3000 postes dans l’Éducation nationale, qui s’ajoute à la réforme du concours. Des mobilisations s’organisent, alors que nombre de classes restent sans prof. 

    Cette rentrée aurait dû signer la fin d’années de contrats précaires pour Benjamin*. Le jeune homme de 33 ans travaille depuis fin 2020 comme enseignant contractuel dans l’Éducation nationale, dans l’académie de Versailles. Un statut particulièrement précaire, fait de missions en CDD, réservé aux personnes non titulaires du concours du Capes (collèges et lycées) ou du CRPE (premier degré). Et moins bien payé que les enseignants titulaires.

    Cette année, Benjamin aurait pu enfin obtenir son CDI. C’est la règle : au bout de six ans à exercer comme agent contractuel, l’Éducation nationale a l’obligation d’embaucher en CDI. Mais, alors que, depuis cinq ans, Benjamin se voyait renouveler sans encombre son contrat en mai-juin pour une nouvelle affectation à la rentrée scolaire suivante, cette fois : rien.

    Le jeune homme, qui enseignait l’histoire-géographie, vient de recevoir son attestation pour s’inscrire à France Travail. « J’ai toujours eu de bons avis de mes chefs d’établissements, des retours positifs de mes inspections... Avec d’autres collègues comme moi, on se projetait dans le CDI, évidemment. On ne s’y attendait pas, puisque d’une année sur l’autre on n’avait pas de souci à être renouvelé. Ça nous a fait tomber de haut », déplore Benjamin.

    Pour lui, l’espoir du CDI s’éloigne car, après quatre mois de carence, l’ancienneté de l’agent contractuel est remise à zéro. Encore quelques semaines sans affectation et ce sera le retour à la case départ pour le professeur d’histoire-géographie.

    « Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... »

    Aujourd’hui, le jeune homme vit dans le brouillard. Que faut-il faire ? Attendre que le rectorat l’appelle plus tard, peut-être, pour un remplacement ? Quitter l’Île-de-France pour tenter sa chance dans une autre académie ? Passer le concours, lui qui n’a jamais pu le faire, faute de temps ? « Je privilégiais mes cours au jour le jour. C’était difficile de sortir de l’engrenage, entre les corrections de copies, la préparation des cours qui demande une adaptation permanente – puisqu’en tant que contractuel, on fait du collège et du lycée, des bouts de cours, de nouvelles classes… »

    Sauf que la motivation nécessaire pour passer le concours n’est plus vraiment là. « Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... Cela fait beaucoup réfléchir. Y compris à une reconversion professionnelle », lâche-t-il.

    Comme Benjamin, 160 agents contractuels se sont découverts sans affectation en cette rentrée scolaire dans l’académie de Versailles, selon les décomptes syndicaux. La situation n’est pas plus reluisante dans d’autres académies. Selon les premières données centralisées par la CGT-Éduc’action, on compte 200 postes de moins dans l’académie de Bordeaux, moins 412 dans celle de Créteil, moins 200 à Paris, moins 275 pour Poitiers, et environ moins 200 dans celle de Toulouse. Soit près de 1500 postes de contractuels en moins dans 6 académies (sur les 25 que compte la France métropolitaine).

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  • Mayotte, département sans droits

    Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH et Daniel Gros, représentant de la LDH à Mayotte, publiée dans l'Humanité le 07.09.2026.

    Les personnalités politiques du centre et de la droite se succèdent à Mayotte dans la perspective des échéances électorales prochaines. L’actuel Premier ministre, à la suite de l’ancien, candidat déclaré à l’élection présidentielle, Edouard Philippe, sont allés prendre la pose à Mayotte, territoire où ils peuvent tester sans rougir les discours les plus radicaux sur l’immigration, alignés sur ceux des extrêmes-droites. Car les anciennes colonies offrent, selon eux, un terrain propice à tous les excès de langage et toutes les expérimentations tant les exceptions y sont admises.

    En effet, l ’article 73 de la Constitution, sous prétexte de tenir compte des particularités locales, est à présent mobilisé pour déroger, dans les territoires ultramarins, au droit commun de la Nation. Ainsi toutes les dispositions de la loi de programmation pour une refondation de Mayotte d’août 2025, ont été validées par le Conseil constitutionnel malgré les outrances et les atteintes portées contre les droits fondamentaux. Chaque article soumis à son examen est systématiquement validé par le même inlassable argument : « la population de Mayotte comporte, par rapport à l’ensemble de la population résidant en France, une forte proportion de personnes de nationalité étrangère, dont beaucoup en situation irrégulière, ainsi qu’un nombre élevé d’enfants nés de parents étrangers. Cette collectivité est ainsi soumise à des flux migratoires très importants » (décision du 7 août 2025).

    Ainsi l’exception constitutionnelle ultramarine, censée adapter les réglementations aux traditions et usages locaux, se retourne contre les populations historiques de l’archipel qu’elle devait protéger. Au lieu d’assouplir, les dérogations brutalisent et nient les droits fondamentaux auxquels pourtant la France a souscrit en signant de nombreuses conventions internationales. Pire, elle habitue à relativiser les principes supérieurs du droit allègrement piétiné au nom d’une idéologie de séparation détestable.

    Une dérive dangereuse est observée depuis une dizaine d’années dans le département de Mayotte, plongé dans une pauvreté endémique due à l’indifférence de l’État et aggravée par le cyclone Chido de décembre 2024. Le désastre n’a pas entraîné d’autres réponses des autorités politiques qu’une stigmatisation des « étrangers » dans la seule intention de détourner les regards des difficultés réelles des populations.

    Aussi se succèdent-elles à Mayotte pour esquisser les fondements d’une politique xénophobe en lieu et place d’une politique sociale progressiste qu’elles n’envisagent pas de mettre en œuvre.

    Sans le moindre gène à l’égard des populations qui ne réclament qu’une aide effective pour la reconstruction de l’ile, Edouard Philippe promet, s’il devient président, de chasser les personnes exilées et les personnes réfugiées venues de l’Afrique continentale dans des camps organisés avec les États africains, en contravention avec l’obligation de protection de la France à leur égard ; et de renvoyer les Comoriens de Mayotte dans les autres îles de l’archipel. Ces personnes étaient pourtant chez elle dans chacune des îles avant la partition post-coloniale.  Les liens de parenté et d’alliance contractés dans l’histoire longue ne se dissoudront pas en rapports d’hostilité dans le cours terme malgré les inlassables encouragements politiques observés. Chaque année depuis 2018, les autorités françaises expulsent environ 25 000 comoriens sans le moindre effet sur la démographie et la présence de ces populations à Mayotte.

    L’ancien premier ministre n’innove pas. Il reprend, en les aggravant, les politiques inefficaces engagées depuis longtemps. Les restrictions successives apportées au droit du sol à Mayotte en 2025 ne lui suffisent déjà plus, la surenchère à droite l’amène à prôner une suspension totale en attendant une disparition définitive avec le spectre d’une généralisation à la nation toute entière, revendication de l’extrême droite.

    Toute politique sociale est renvoyée aux calendes grecques. L’absence de politique publique pour un logement digne, malgré la pénurie accrue depuis le passage du cyclone Chido, n’est non seulement pas condamnée (ce n’est certes pas le rôle du Conseil) mais permet de pénaliser les familles qui n’ont d’autres issues que de chercher un toit dans l’habitat informel. La loi « Refondation » facilite leur expulsion en supprimant l’obligation faite au préfet de proposer un hébergement aux habitants délogés. Depuis l’application de la loi, il ne se passe pas un seul mois sans destructions de quartier et la mise à la rue de centaines de familles.

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  • France : rentrée scolaire et politique

    Edito de Cartooning for Peace du 03.09.2026

    Cette semaine, les élèves ont repris le chemin de l’école après un été particulièrement éprouvant, marqué par les canicules et les incendies. Comme chaque année, la rentrée scolaire apporte son lot de controverses : manque de moyens, réforme de certains programmes et examens, mais aussi l’application de l’interdiction des téléphones au lycée.

    Cette rentrée est plus politique que jamais, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Les nombreux candidats – déclarés ou non — profitent de ce moment clé pour avancer leurs pions dans une campagne qui s’annonce aussi tendue que laborieuse : l’hypothèse d’un duel entre la gauche radicale de Jean-Luc Melenchon et l’extrême droite de Marine Le Pen se dessine, mais les sondages sont à ce stade unanimes et donnent la candidate du Rassemblement national favorite, malgré sa condamnation.

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  • France : magistrats, préjugés coupables

    Article publié par Amnesty International le 28.08.2026

    Menaces de mort, campagnes de haine, labyrinthe administratif, précarisation économique : partout en France, les avocats qui défendent les étrangers racontent la même usure. Une pression multiforme érode jour après jour l’accès au droit des personnes migrantes.

    « Juges rouges », « tyrannie judiciaire », tribunaux « idéologisés »… Les magistrats français sont, à l’instar des avocats, de plus en plus souvent la cible d’attaques venues de la sphère politique.

    Les verdicts rendus contre Marine Le Pen, dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national, et contre Nicolas Sarkozy, dans celle du financement libyen de sa campagne de 2007, ont été emblématiques. Condamnée en mars 2025 à une peine d’inéligibilité avec exécution provisoire [NDRL : le jugement doit être appliqué immédiatement, même en cas d’appel], puis déboutée en appel le 7 juillet 2026, Marine Le Pen a accusé les magistrats d’avoir « violé l’État de droit » en rendant une « décision politique » visant à « l’empêcher d’être élue présidente de la République ». Nicolas Sarkozy, condamné à cinq ans de prison ferme, a, quant à lui, accusé ses juges d’être animés par la « haine », tandis que son entourage dénonçait un « jugement politique ».

    Dans les deux cas, les magistrats impliqués ont fait l’objet de menaces de mort.

    Un homme a notamment écopé de huit mois de prison avec sursis pour avoir publié sur les réseaux sociaux une image de guillotine assortie du commentaire : « Ce que mérite cette salope. » Bénédicte de Perthuis, ayant jugé Marine Le Pen, a été placée sous protection policière. Un déferlement de haine similaire a accompagné la condamnation de Nicolas Sarkozy, conduisant à l’ouverture de deux enquêtes pour des « messages menaçants » visant les magistrats du dossier.

    Cette hostilité envers les juges [NDRL : selon le ministère de la Justice, 182 attaques contre des magistrats ont été traitées en 2025 contre 26 en 2021] ne se cantonne pas aux affaires politico-financières. Le meurtre de Lyhanna, une fillette de 12 ans violée, puis assassinée dans le Gers en juin 2026, l’a rappelé avec force. Si les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire ont légitimement suscité l’émoi – le suspect n’ayant jamais été interpellé malgré plusieurs signalements antérieurs –, ils ont aussi servi de prétexte à des attaques contre les magistrats en provenance de la droite et de l’extrême droite.

    L’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a ainsi dénoncé le « corporatisme » du Conseil supérieur de la magistrature, qu’il a appelé à abolir. Éric Zemmour s’est indigné que « l’idéologie des droits de l’homme » conduise les magistrats au « laxisme » et à « privilégier souvent les criminels au détriment des innocents ». Certains médias, comme CNews et Europe 1, ont une nouvelle fois soufflé sur les braises, accusant en plateau les juges d’être « en roue libre » et « au-dessus des lois ».

    Dernier épisode en date : le verdict de « l’affaire Frontières », rendu le 18 juin. Dans les heures qui ont suivi la décision, l’un des trois magistrats, Youssef Badr, a été la cible d’une vague de haine à caractère raciste et de plusieurs menaces de mort. Sur les réseaux sociaux, Erik Tegnèr l’a accusé d’être un « juge rouge » et un « militant pro-diversité ». En cause : l’engagement du magistrat, qui a créé une association d’aide aux étudiants défavorisés, originaires de banlieues ou de zones rurales, pour qu’ils puissent accéder à la magistrature. Ces accusations ont été relayées par Elon Musk, propriétaire de X, auprès de 240 millions d’abonnés. Face à cette campagne de harcèlement, Youssef Badr a déposé plainte et a dû annuler une rencontre avec des étudiants à Reims par mesure de sécurité.

    Perte en légitimité des juges

    « Comme tout citoyen, un juge a des opinions et le droit de s’engager. Il n’est pas un robot, il participe à la société », rappelle Jean-Pierre Rosenczveig, ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny. La liberté politique des juges ne les empêche pas, selon lui, d’exercer leur fonction avec impartialité : « Un magistrat peut avoir des convictions personnelles sur de nombreux sujets. Ce qui compte, c’est qu’au moment de juger, il applique la loi et ne reçoive d’instructions de personne. »

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