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société

  • « Il faut changer notre regard » : en Lorraine, une association promeut des forêts en libre évolution

    Extraits de l'article de Zoé Neboit et Mathieu Génon (photographies), publié dans Reporterre le 12.05.2026

    « Notre forêt fait 13 hectares. Pour vous faire une idée, c’est simple : 1 hectare, c’est à peu près la place Stan’ [Stanislas] à Nancy . » Jean-François « Jeff » Petit, président et cofondateur de Libre forêt sait comment s’adresser à son public, en l’occurrence une quinzaine d’auditeurs de tous âges, réunis dans la salle du café associatif Les trois vallées, à Tréveray (Meuse).

    Au programme de ce samedi après-midi de la fin mars : discussion autour de la libre évolution, puis balade en forêt. Certains sont venus par curiosité, beaucoup ignoraient jusqu’ici que cette petite association lorraine avait fait l’acquisition, en 2025, d’un bon morceau de forêt à 2 km de leur village.

    « Pour quoi faire ? » s’essaye un habitué. « Pour ne rien y faire, pardi ! » lance joyeusement Hugo Roussel depuis la table du fond, où il attend que le groupe de promeneurs se mette en chemin. Graphiste, mais avec l’allure d’un pirate des bois, ce trentenaire fait partie des bénévoles les plus actifs. Ce samedi, il forme avec Jeff, ex-forestier reconverti dans le commerce du bio à la retraite, une étonnante paire de guides.

    Des vestiges du fonds forestier national 

    Depuis sa création en 2021, Libre forêt est devenue propriétaire de trois forêts, et gestionnaire via un bail emphytéotique [1] de 99 ans d’une quatrième. Alors que les massifs de Lorraine font face depuis 2018 à de lourds problèmes de dépérissement et de pressions sur la ressource sylvicole — entre récoltes de la filière bois et coupes sanitaires (qui ont atteint à leur paroxysme 3,5 millions de m3 en 2020 dans le Grand Est) — l’association, elle, achète des forêts pour les laisser faire.

    Diffusée il y a quelques années par des associations et des philosophes comme Baptiste Morizot, notamment inspirés par le concept nord-américain de wilderness (naturalité), la « libre évolution » permet à un écosystème de se développer spontanément, sans activité humaine.

    Une fois franchi le canal, grimpé un chemin de terre et attendu que tout le monde arrive à bon port, Jeff s’arrête et exhibe la carte Géoportail sur son téléphone. « Celles-ci, ce sont nos parcelles. » À droite, une étendue de champs qui parait infinie, à gauche une forêt. C’est ici qu’on tourne. « Cette forêt nous a intéressés pour sa naturalité et sa grande diversité, car elle a été laissée en libre évolution depuis au moins trente ou quarante ans. »

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  • Israël et la doctrine de la périphérie

    Extrait de l'article de Karim Emile Bitar, publié dans Le Monde Diplomatique de mai 2026

    Linvasion israélienne a frappé aveuglément. (…) Des destructions de villages et de villes, des massacres de civils sont confirmés. (…) L’État d’Israël applique au Sud-Liban la méthode qui a fait ses preuves en Galilée et ailleurs en 1948 : il “palestine” le Sud-Liban. (…) Les actions d’Israël sont considérées comme des ripostes légitimes, même lorsqu’elles paraissent disproportionnées, tandis que celles des Palestiniens sont exclusivement traitées comme des crimes terroristes. Et un mort arabe n’a ni la même mesure ni le même poids qu’un mort israélien. (…) Israël peut compter sur une complicité presque unanime. » Ces lignes n’ont pas été publiées au lendemain du « mercredi noir », le 8 avril dernier, quand l’aviation israélienne a tué plus de 350 civils libanais en quelques minutes, et fait près de 1 500 blessés. Gilles Deleuze les a écrites dans Le Monde, le 7 avril 1978. Le philosophe y dénonçait l’opération « Litani », lancée un an avant la révolution iranienne et quatre ans avant la grande invasion de 1982, qui devait faire plus de dix-huit mille morts, provoquer l’exode d’environ un million de Libanais et contribuer à la naissance du Hezbollah.

    Près de cinq décennies plus tard, l’armée israélienne mène une nouvelle opération de grande ampleur au pays du Cèdre. Encore une fois, comme à Gaza, Tel-Aviv semble devoir faire montre de son incapacité à convertir ses offensives militaires en règlement politique durable. « Israël n’a pas de politique étrangère, seulement une politique intérieure », disait l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger, et il est vrai que la progression des courants inspirés par le messianisme — dont certains revendiquent la création d’un « Grand Israël » qui engloberait notamment le sud du Liban — transforme sa vie politique intérieure autant qu’elle influe sur sa politique extérieure. Jusqu’à remettre au goût du jour la vieille doctrine de la périphérie ?

    (...)

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  • Sommet Afrique-France 2026 : en 10 ans, la France a freiné les réformes économiques attendues par les pays africains

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    Communiqué de CCFD Terre Solidaire, publié le 06.05.2026

    Dix ans après le discours de Ouagadougou, la France n’a pas tenu ses promesses de refondation de sa relation avec l’Afrique. Pire : sur plusieurs dossiers économique clés — dette, aide au développement, fiscalité — elle a contribué à bloquer ou limiter des réformes pourtant portées par les pays africains eux-mêmes. 

    C’est le constat d’une analyse publiée par le CCFD-Terre Solidaire à la veille du sommet Afrique-France de Nairobi (11-12 mai). 

    Des chiffres qui contredisent les discours 

    – La part de l’aide publique au développement bilatérale française vers l’Afrique subsaharienne est passée de 43 % à 17 % en quelques années, 
    – La dette africaine atteint 1 860 milliards d’euros, avec des pays qui remboursent aujourd’hui davantage qu’ils ne reçoivent en aide, 
    – Le continent perd chaque année 89 milliards de dollars à cause de l’évasion fiscale. 

    Malgré ces constats et en dépit des nombreuses promesses et engagement du président Emmanuel Macron ces dix dernières années pour réformer en profondeur la gouvernance économique mondiale, la France n’a pas soutenu des mesures structurantes comme des annulations massives de dettes ou des réformes fiscales plus ambitieuses dans un cadre onusien. 

    Un véritable changement en matière de diplomatie et de coopération avec le continent africain est pourtant urgent. Il s’agit de normaliser les relations et de sortir d’un prétendu exceptionnalisme français. Cela implique également un changement de paradigme avec comme boussole une exigence de justice, justice économique notamment. 

     « Pendant dix ans, la France a multiplié les discours ambitieux sur l’Afrique, mais sur la justice économique, le compte n’y est pas. On ne peut pas parler de partenariat d’égal à égal tout en maintenant des règles économiques profondément inéquitables et en refusant les réformes demandées par les pays africains », déclare Robin Guittard, directeur adjoint du plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire. 

    Un décalage persistant entre discours et actes 

    Depuis 2017, Emmanuel Macron s’est positionné comme un acteur clé de la réforme de la finance mondiale. Mais dans les faits, la France a privilégié des cadres restreints (OCDE, Club de Paris, G7, G20), où elle conserve une influence forte, au détriment d’instances plus inclusives comme les Nations unies. La France continue de défendre un système international peu inclusif et défavorable aux pays africains. 

    Changer de cap 

    Alors que les relations entre la France et plusieurs pays africains se dégradent, ce décalage entre ambitions affichées et positions réelles alimente une perte de crédibilité. Pour le CCFD-Terre Solidaire, la politique française durant les dix années d’Emmanuel Macron a consisté à multiplier les initiatives sans changer les règles fondamentales et conserver une influence dominante dans les instances internationales. Résultat : des réformes techniques, mais aucune transformation structurelle. 

    Le CCFD-Terre Solidaire appelle la France à : 

    – soutenir des annulations de dettes pour les pays en difficulté ; 

    – appuyer les réformes fiscales portées par les pays africains à l’ONU ; 

    – réinvestir dans une aide publique au développement tournée vers les besoins des populations ; 

    – refonder sa relation avec l’Afrique sur une base plus équitable. 

     « Le temps des discours est terminé : soit la France accompagne les transformations portées par les pays africains, soit elle restera du côté du statu quo » conclut Robin Guittard.

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  • No Kings Day (Etats-Unis) : par millions contre la guerre de Trump et sa politique migratoire

    Article de Dan La Botz publié sur le site du CADTM le 12.05.2026

    Aux États-Unis, huit millions de personnes ont pris part aux 3 300 manifestations « No Kings » contre le président Donald Trump et sa politique, défilant dans les 50 États le samedi 28 mars. J’ai moi-même manifesté avec ma famille à Brooklyn, à New York.

    Il s’agissait de la troisième mobilisation de ce type, chacune plus massive que la précédente, démontrant l’ampleur du rejet populaire de la présidence Trump. Saint Paul, capitale du Minnesota et ville jumelle de Minneapolis, était le point central de cette journée nationale d’action, en raison de l’exemple particulièrement courageux de résistance populaire face aux actions violentes et illégales de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). À Minneapolis, des agents de l’ICE ont tué deux citoyenNEs, Renee Good et Alex Pretti, en janvier, alors que la ville se soulevait dans des ­mobilisations pacifiques pour se défendre.

     « Regime Change Here Now »

    S’exprimant à Saint Paul, Bernie Sanders a déclaré : « Face à l’occupation sans précédent de cette ville par l’ICE, l’armée intérieure de Trump, cette communauté s’est levée et, avec une solidarité extraordinaire, a riposté et a gagné. Le Minnesota a montré au peuple américain, et au monde entier, ce qu’est la démocratie, ce qu’est l’action militante de terrain, et ce que signifie défendre les idéaux américains de liberté et de justice. » Sanders a également dénoncé l’oligarchie économique : « Nous ne laisserons pas ce pays basculer dans l’autoritarisme ou l’oligarchie. Aujourd’hui, nous ne disons pas seulement non à l’autoritarisme de Trump : nous disons non à M. Musk, non à M. Bezos et à M. Zuckerberg… Vous ne pouvez pas tout avoir. »

    Comme toujours, les manifestantEs portaient leurs pancartes artisanales. Un slogan très répandu était : « No Kings, No War, No ICE ». D’autres proclamaient : « No Kings, No Fascists », ou encore : « Regime Change Here Now ». Il m’a semblé qu’il y avait moins de drapeaux américains que lors des deux précédentes mobilisations « No Kings », peut-être parce que, dans un mouvement devenu massif, les participantEs ne ressentent plus le besoin de prouver leur patriotisme.

     Une démonstration de force collective

    Cette mobilisation était plus importante, plus dense, plus profonde, plus large. Dans de nombreuses grandes villes, les manifestantEs ont convergé depuis leurs quartiers vers les centres urbains, signe d’une organisation locale en progression. Les syndicats, en revanche, étaient peu présents et la vie quotidienne n’a pas été fortement perturbée. La fonction principale de ces manifestations a peut-être été de donner un visage humain aux sondages qui montrent un recul de Trump et des Républicains. Mais ces mobilisations sont aussi essentielles parce qu’elles permettent à chacunE de s’exprimer et de prendre conscience de sa propre force collective.

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  • Le 15 mai, c’est la Journée mondiale des blaireaux !

    Pour alerter sur la cruauté du déterrage et améliorer les connaissances sur le plus grand des mustélidés de France, l’ASPAS et les associations partenaires mettent les blaireaux à l’honneur le temps d’une journée, le 15 mai. Où que vous habitiez, participez avec nous au succès de cette journée !

    Animal discret aux mœurs noctambules, le blaireau reste mal connu en France. Victime régulière des collisions routières, on a hélas plus de probabilité de le voir mort sur le bas-côté de la route que vivant lors d’une balade en forêt. Surnommé « petit ours des campagnes », le plus gros de la famille des mustélidés subit par ailleurs l’une des chasses les plus cruelles qui soient en France : la vénerie sous terre.

    Pourquoi le 15 mai ?

    Car malgré de belles avancées, c’est toujours ce jour-là que s’ouvre, hélas, la saison de déterrage de blaireaux dans quelques départements de France. Appelée vénerie sous terre, cette chasse traditionnelle est heureusement de moins en moins populaire, mais elle reste l’une des pratiques les plus cruelles qui soient : des petits chiens, envoyés sous terre, acculent les blaireaux pour les empêcher de sortir de leur terrier, pendant qu’à la surface, des chasseurs creusent la terre avec des pelles et des pioches, jusqu’à atteindre les animaux qu’ils vont ensuite extirper de force, à l’aide de grandes pinces métalliques, puis tuer par arme à feu ou arme blanche (s’ils n’ont pas déjà été déchiquetés vivants par les chiens…).

    L'espoir d'un changement législatif

    Le 15 mai, des blaireautins non autonomes peuvent encore se trouver dans les terriers. Or il est illégal de tuer les petits d’une espèce classée chassable. C’est sur la base de cet argument que l’ASPAS et d’autres associations ont pu obtenir de nombreuses suspensions et annulations d’arrêtés préfectoraux devant les tribunaux. Résultat : de moins en moins de préfets autorisent la période complémentaire de vénerie sous terre dès le 15 mai.

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  • À Paris, la marche néonazie du C9M reste interdite

    Article d'Hugo Boursier  publié dans Politis le  8 mai 2026

    Contrairement aux années précédentes, les drapeaux noirs du Comité-9-Mai ne pourront pas flotter librement sur le quartier latin. Saisi après un arrêt d’interdiction émis mardi 5 mai par le préfet de police de Paris, le tribunal administratif a rejeté la requête du C9M.

    Leur marche annuelle, organisée après la mort accidentelle du militant du groupuscule pétainiste l’Oeuvre française, le 9 mai 1994, reste interdite. Les néofascistes ne pourront scander, au lendemain de la victoire des Alliés contre le régime nazi, leurs slogans appelant à la révolution nationaliste sous la protection des forces de l’ordre.

    Au cours de l’audience, tenue hier au 7, rue de Jouy, dans le 4e arrondissement de Paris, le préfet de police a soutenu que les risques de troubles à l’ordre public existaient et que les forces de l’ordre étaient déjà « fortement mobilisées durant ce week-end ne permettant pas une sécurisation de la manifestation », selon l’ordonnance du tribunal que Politis a pu consulter.

    Les trois juges des référés qui se sont occupés du dossier admettent que « la manifestation qui s’est déroulée en 2025 a donné lieu à l’exhibition de signes se rattachant à l’iconographie néo-nazie et à la tenue de comportements et de propos constitutifs d’appels à la haine et à la discrimination, tels que des saluts nazis ou des slogans homophobes et xénophobes. » En effet, plusieurs des militants arborent, chaque année, des tatouages appartenant aux répertoires nazi et fasciste. Des saluts nazis avaient aussi été filmés.

     

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  • Un emploi pour tous ! Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée

    Extraits de l'article de Lucile Chevalier pour ATD quart mode, publié le 07.05.2026

    Depuis 10 ans, l’expérimentation Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée, prouve qu’en adaptant l’emploi aux personnes, en engageant le tissu local, il est possible de créer pour chacun, même les plus éloignés du marché du travail, un emploi décent. Et cela, sans creuser les déficits.

    Printemps 2025, chez PAM ! Dans le quartier des 4 chemins à Pantin (Seine-Saint-Denis), Amal déroule son parcours devant Catfish Tomei, le directeur. Elle a fait des études de droit en Algérie, a exercé pendant trois ans le métier d’avocate. « Un emploi dans le service juridique pourraitvous convenir ? » tente le directeur. « Non », répond Amal qui poursuit. Elle est arrivée en France en 2010, a patienté cinq ans pour obtenir ses papiers, fait quatre enfants, les élève et quand la dernière esten âge d’aller à l’école, elle se metà rechercher un emploi. « J’étais un peu perdue, je n’avais pas travaillé depuis près de 15 ans. J’ai pensé au métier d’assistante maternelle qui me permettait de travailler près de chez moi et convenait à ma situation familiale » confie-t-elle. « Peut-être, quelque chose en rapport avec l’école, l’enseignement ?» réfléchit tout au haut le directeur. « Non, balaie-t-elle. Ma passion, c’est la couture. J’ai commencé à la naissance de ma fille, des robes, j’ai cherché des patrons, me suis mise à en faire ». Ainsi, Amal est embauchée en CDI, au Smic et à temps choisi comme couturière chez PAM !

    Un an plus tard, elle rit encore de la scène avec sa collègue Bintou, penchées toutes les deux, crayon à la main, sur un patron de veste. C’est un exercice. Elles apprennent à faire une veste dans le cadre d’une formation de deux mois. « C’est pour professionnaliser l’activité. Pour que tout le monde soit au même niveau » explique Bintou qui a déjà au compteur un stage de découverte des métiers de la couture à l’école Jean-Luc François. « C’est quand même étrange. En général, on t’embauche parce que tu maîtrises le travail, tu as le diplôme, l’expérience. Ici, tu viens avec ce que tu as envie de faire » se réjouit Amal. Les seules conditions exigées pour être embauché dans une entreprise à but d’emploi (EBE) : habiter depuis 6 mois une commune habilitée à expérimenter Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD), être privé d’emploi depuis au moins un an et se porter volontaire.

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