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  • La rente pétrolière du Venezuela a été mise sous contrôle états-unien

    Article de Luis Reygada, publié par le CADTM le 30.06.2026

    Vidéo à l’appui, le président Donald Trump a annoncé, vendredi 12 juin, que l’armée états-unienne avait mené une opération militaire (un bombardement ciblé visant un supposé chef de gang) sur le territoire du Venezuela, « en coordination » avec ses autorités locales.

    Alors que le gouvernement de son homologue Delcy Rodriguez a confirmé une « opération conjointe », cette nouvelle concession alimente les questions quant à la nature des nouvelles relations avec l’ancien ennemi juré. Le chercheur Luis Alejandro Avila Gomez décrypte cette nouvelle phase qui a permis à Washington de contrôler des ressources énergétiques.

     Six mois après l’enlèvement du président Nicolas Maduro, les États-Unis ont-ils abandonné l’idée de renverser le chavisme ?

    Pour Washington le changement de régime n’est plus un impératif immédiat, même s’il demeure, à terme, un objectif. L’administration trumpiste s’accommode très bien du maintien de Delcy Rodriguez au pouvoir, tandis que l’opposition de droite est devenue, pour le moment, un paramètre secondaire. Les objectifs des États-Unis restent l’encadrement stratégique et l’accès aux ressources : l’idéologie du gouvernement passe au second plan.

    Après la séquestration de Nicolas Maduro le 3 janvier, ils appliquent un réajustement tactique qui s’explique, entre autres, par une correction de diagnostic. Le chavisme n’est pas un château de cartes dépendant d’un seul homme, mais il constitue une force politique structurée, portée par une matrice idéologique, enracinée socialement et territorialement, appuyée sur un appareil de gouvernement et institutionnel cohésif.

    La question électorale n’est pas encore d’actualité : il s’agit pour le moment de terminer progressivement les poutres porteuses de cet édifice bolivarien, depuis l’intérieur. Les États-Unis ont aujourd’hui besoin de composer avec sa large structure précisément parce que la réalisation de leurs objectifs nécessite une stabilité.

    Ainsi, Washington opte maintenant pour la « négociation imposée ». Il s’agit de contraindre le chavisme, notamment en contrôlant les flux d’hydrocarbures, en s’appuyant en particulier sur le département du Trésor états-unien (DT-EU). Et plus précisément sur le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (Office of Foreign Assets Control : OFAC), chargé d’appliquer le dispositif administrant les sanctions économiques et commerciales décidées par l’exécutif. On peut parler d’un encadrement coercitif.

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  • Des généraux à Milei : l’Argentine sous la tutelle de sa dette

    Article de Mikaël Faujour publié par le CADTM le 19.06.2026

    Le 24 mars 1976, les militaires argentins renversent le gouvernement d’Isabel Perón. On sait que la dictature qui s’ensuit fait disparaître jusqu’à trente mille personnes, mais non qu’elle a multiplié par six sa dette extérieure – de 7,8 à 45 milliards de dollars entre 1975 et 1983 – avec le concours actif de grandes banques commerciales européennes. Le début d’un engrenage financier sans fin, qui explique même, cinquante ans plus tard, l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, qui en est l’héritier idéologique.

     

    Jusqu’au coup d’État de 1976, la présence des banques étrangères en Argentine était restée stable pendant plus d’un siècle. En 1863, la Bank of London and South America ouvre le bal. De 1863 à 1975, une quinzaine d’établissements s’installent dans le pays. Puis, avec l’arrivée au pouvoir de la junte militaire, les choses s’accélèrent et le nombre de banques étrangères passe de 15 à 33 entre 1976 et 1982 [1].

    La mécanique s’enclenche dès juillet 1976, quatre mois après le putsch. José Alfredo Martínez de Hoz, ministre de l’Économie nommé par la junte – un fils de l’aristocratie terrienne argentine, formé à Eton et Cambridge –, entreprend une tournée européenne pour convaincre les grandes places financières de prêter à Buenos Aires.

    À Londres, il est reçu à dîner par les dirigeants de Lloyds Bank et de Baring Brothers au Brooks Club, l’un des clubs les plus « select » de la ville, et il fait même la couverture d’Euromoney en septembre 1976. Le magazine financier résume alors l’état d’esprit du milieu : «  L’Argentine n’est plus un nom à faire frémir les banquiers internationaux. »

    Résultat de cette tournée : les banques britanniques prêtent 60 millions de dollars en quelques semaines [2]. Un prêt global de 970 millions de dollars, associant banques américaines, canadiennes, européennes et japonaises, est organisé dans l’année [3].

     « Ils ont maîtrisé le terrorisme ouvert, au prix de quelques droits humains. »

    Les archives des banques européennes, aujourd’hui accessibles aux chercheurs, attestent une conscience parfaitement lucide de la situation.

    Dès juillet 1976, Guy Huntrods, directeur de la division Amérique latine de Lloyds Bank International, rédige un rapport confidentiel à l’intention des dirigeants de la banque. Il s’y réjouit du renversement du gouvernement péroniste et balaie les accusations de répression, « très à la mode dans certains milieux trop prompts à porter des jugements superficiels et biaisés sur des pays d’Amérique latine dont les formes de gouvernement n’entrent pas dans le moule gris de la social-démocratie ».

    Un an plus tard, en septembre 1977, le président de Lloyds Bank, Sir Jeremy Morse, résume sa visite de trois jours à Buenos Aires : « Le gouvernement militaire a maîtrisé le terrorisme ouvert à un certain prix en matière de droits humains. » Les résultats économiques le satisfont davantage : les profits argentins de la banque approchaient 10 millions de livres sterling.

    La Société Générale ne fut pas en reste. En mars 1980, son économiste en chef, Yves Laulan, revient d’Argentine. Dans son rapport interne, il note que « la sécurité à Buenos Aires est remarquable, de jour comme de nuit » et conclut : « L’Argentine continue de représenter un bon risque-pays pour notre banque. » Entre 1978 et 1980, les engagements de la Société Générale sur l’Argentine avaient augmenté de 446 %.

    Barclays, de son côté, produit en juin 1977 un rapport interne intitulé « Régimes oppressifs en Amérique latine », qui reconnaît que « pratiquement tous les gouvernements sud-américains sont tyranniques ». Cela ne la dissuade pas de poursuivre ses activités dans la région. Les violations des droits humains étaient connues, documentées dans la presse internationale et dénoncées par Amnesty International dès les mois qui ont suivi le coup d’État. « On n’a pas découvert les tortures à la fin de la dictature  », résume aujourd’hui Altamura.

    En huit ans, quelque 30 000 personnes ont été enlevées, torturées dans plus de 500 centres de détention clandestins – dont l’infâme École de mécanique de la marine (ESMA) à Buenos Aires –, puis jetées vivantes dans le fleuve La Plata ou la mer depuis des avions militaires, ou exécutées sans procès. Des centaines de nourrissons nés de mères détenues ont été volés et remis à d’autres familles ; les Grands-mères de la Place de Mai en ont à ce jour retrouvé plus de 130.

     

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  • Soutien du CADTM France à Sophie Binet

    Communiqué du CADTM publié le 02.01.2026

    Le CADTM France assure plein soutien, à l’image d’ATTAC France (cf message de Youlie Yamamoto sur sa page fcbk ), organisation soeur de la sphère altermondialiste, à la syndicaliste Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dans la procédure-bâillon engagée contre elle et contre l’usage de l’image populaire - d’une vérité accablante pour certains patrons - « les rats quittent le navire » ; à savoir la fraction du patronat qui préfère fuir et délocaliser plutôt que de rester en payant l’impôt dû comme tous les autres .

    L’indignité n’est pas du côté de Sophie Binet mais du côté de cette fraction du capital qui en veut toujours plus sans vouloir participer à la redistribution fiscale !

    Honte à eux !

    Christian DELARUE
    Président CADTM France

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    Photo : Selbymay, Wikimedia Commons, CC, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Huma2023SophieBinet_2.jpg

  • Portugal : grand succès de la grève générale

    Article écrit par Antonio Louça, publié par le CADTM le 23 décembre 2025

    Le gouvernement minoritaire de droite conservatrice (Alliance démocratique) prévoyait de survivre grâce au soutien parlementaire, alternativement, des socialistes ou de l’extrême droite. Il a réussi à faire adopter le budget général de l’État pour 2026 grâce à l’abstention du PS et entendait désormais faire passer un ensemble de nouvelles lois sur le travail avec la complicité de Chega (extrême droite). Cependant, la grève générale du 11 décembre a plongé ce projet dans l’incertitude.

    Une violente attaque au monde du travail

    La confiance du gouvernement dans les deux piliers « opposants » qui soutenaient sa minorité parlementaire était telle qu’il a osé annoncer le paquet législatif le plus radical de ces dernières décennies. Il allait beaucoup plus loin dans sa brutalité anti-ouvrière et antipopulaire que n’importe quel autre gouvernement au cours des cinquante années que la contre-révolution vient de célébrer [le cours progressiste de la Révolution des Œillets a été renversé par le coup du 25 novembre 1975, NDT]. Même les différents gouvernements à majorité absolue de droite, après 1975, n’ont jamais osé envisager les mesures extrêmes contenues dans ce « paquet travail ».

    Parmi les nombreuses dispositions prévues, il y a notamment le feu vert illimité aux licenciements individuels, la nullité des jugements ordonnant la réintégration d’un travailleur licencié, le droit pour l’employeur de faire appel à des entreprises externes pour effectuer le travail des personnes licenciées, l’obligation pour les travailleurs ayant des enfants en bas âge d’accepter des horaires le week-end, et la mise en place d’un compteur d’heures individuelles afin que les heures supplémentaires ne soient plus rémunérées en tant que telles, entre autres.

    Et soudain, le gouvernement téméraire de Luís Montenegro [membre du parti social-démocate, qui est un parti de centre droit au Portugal, NDT] a réalisé que la confortable majorité parlementaire des conservateurs, soutenue par les fascistes et le Parti socialiste, et la perspective que seuls deux candidats de droite se qualifient pour le second tour des élections présidentielles de janvier, ne correspondait plus à la révolte du pays réel.

    Au début du mois de décembre, les sondages montraient déjà un très large soutien populaire à l’appel à la grève générale, et les indications de l’institut de sondage Vox Populi reflétaient déjà la volonté de faire grève de nombreuses personnes qui n’avaient jamais participé à une grève de leur vie. Le gouvernement a tout tenté pour dissuader la population de se joindre à la grève, promettant de relever le salaire minimum de 870 euros à 1 600 euros et le salaire moyen de 1600 euros à 3000 euros. Mais ces promesses extravagantes, sans aucune date ni garantie, sont tombées dans les oreilles de sourds.

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  • La bulle de l’intelligence artificielle gonfle avec la dette et déclenche l’alerte

    Extraits de l'article de Fátima Martín publié par le CADTM le 24 novembre 2025

    Les grandes entreprises technologiques américaines, dans leur course pour prendre position dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA), se financent de plus en plus par l’endettement. Cela déclenche l’alerte d’un éventuel éclatement de la bulle, susceptible de déstabiliser le système financier dans son ensemble.

    Il y a quelques jours, ces craintes ont commencé à se concrétiser avec de fortes baisses en bourse. « La semaine où le boom de l’IA a subi un test de réalité à Wall Street », titrait le Wall Street Journal . « Les actions technologiques connaissent leur pire semaine depuis avril après une vente massive d’actions IA d’une valeur de 800 milliards de dollars », publiait le Financial Times .

    Plus précisément, selon le FT, la valeur boursière combinée de huit des actions les plus précieuses liées à l’IA — parmi lesquelles Nvidia, Meta, Palantir et Oracle — a chuté de près de mille milliard de dollars en quelques jours.

    Début novembre 2025, quatre géants de la technologie, Alphabet, Amazon, Meta et Google, ont annoncé des dépenses d’investissement combinées de 112 milliards de dollars au troisième trimestre. Parallèlement, le secteur emprunte des centaines de milliards pour financer son expansion dans le domaine de l’IA. Ce passage de la liquidité à la dette marque un changement substantiel dans la course à l’IA. Jusqu’à présent, ces entreprises finançaient leurs infrastructures avec leurs flux de trésorerie, mais elles ont désormais recours à l’endettement.

    Goldman Sachs a mis en garde contre la faiblesse du crédit que représente le fait que les dépenses en IA soient de plus en plus financées par la dette. Morgan Stanley partage ce point de vue et met l’accent sur les mécanismes permettant de ne pas faire apparaître la dette dans les bilans et sur la forte interconnexion entre les entreprises d’IA et leurs fournisseurs : « L’écosystème de l’IA est de plus en plus circulaire : les fournisseurs financent leurs clients et partagent leurs revenus ; il y a des participations croisées et une concentration croissante », a-t-il averti.

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  • Les protestations au Népal sont le résultat d’une révolution avortée

    Article publié le 30 septembre, écrit par  par Sushovan Dhar pour le CADTM (extraits)

    Au cours du mois dernier, le Népal, pays enclavé de l’Himalaya, a connu les manifestations les plus violentes depuis près de deux décennies. Si le déclencheur immédiat a été l’interdiction des réseaux sociaux par le gouvernement, le soulèvement s’est rapidement transformé en une révolte nationale contre des problèmes socio-économiques plus larges tels que la corruption, le chômage et la dérive autoritaire du pays.

    Des dizaines de milliers de jeunes, pour la plupart adolescents ou âgés d’une vingtaine d’années, ont envahi les rues de Katmandou, Pokhara et Biratnagar. Ils ont démoli des barricades, affronté les forces de sécurité et rempli la capitale de chants de défi.

    La réponse de l’État a été rapide et brutale : balles en caoutchouc, canons à eau, gaz lacrymogènes et tirs à balles réelles. À la mi-septembre, au moins 72 personnes avaient trouvé la mort et plus de 2 000 avaient été blessées.

    Vague de révolte

    Le « mouvement de la génération Z », comme on l’appelle, s’inscrit dans une vague de révolte régionale plus large. De Colombo en 2022, où les Sri-Lankais ont contraint leur président à fuir, à Dhaka en 2024-2025, où des manifestations généralisées ont conduit au renversement du gouvernement de Sheikh Hasina, les populations de toute l’Asie du Sud se soulèvent. Elles s’attaquent aux élites dont les politiques les privent de l’accès même aux produits de première nécessité.

     

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  • Des millions de manifestantEs contre Trump

    Article de Dan La Botz, publié le 23.06 par le CADTM

    Au moins cinq millions de personnes ont participé à 2 000 manifestations « No Kings Day » dans les grandes villes et les petites localités des 50 États, la plus grande manifestation nationale jamais organisée contre Trump.

    Dans une ambiance festive et rebelle, accompagnéEs de fanfares et de tambours, les manifestantEs ont scandé des slogans, chanté des chansons et brandi des pancartes avec des slogans tels que « No Kings since 1776 » (« Pas de rois depuis 1776 ») ou des pancartes s’opposant aux attaques du président Donald Trump contre les soins de santé, les programmes alimentaires pour les enfants et les personnes âgées, ou encore contre l’éducation et la science.

     Pas de rois ! Liberté !

    Certaines banderoles affichaient le slogan « Fight Oligarchy » (À bas l’oligarchie). Plus de pancartes que précédemment portaient le slogan « Non au fascisme ! » Dans toutes les manifestations, il y avait davantage de drapeaux américains et de chants exprimant un désir de rédemption nationale. À New York, où j’ai manifesté, les gens scandaient « À qui appartient ce pays ? À nous ! » À Philadelphie, fer de lance des manifestations, l’historien Timothy Snyder a répété à plusieurs reprises « Pas de rois », et la foule a répondu « Liberté ! »

    Il s’agissait presque exclusivement de manifestations pacifiques, sans incident notable. À Riverside, en Californie, un contre-manifestant poursuivi par la police a été trouvé en possession d’une arme à feu dans sa voiture. En Virginie, un homme a foncé avec sa grosse voiture sur les manifestantEs, blessant une personne. À Los Angeles, où les conflits duraient depuis plusieurs jours, quelques manifestantEs ont jeté des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont réagi en frappant et en arrêtant certains d’entre eux, mais il ne s’agissait là que d’un incident mineur dans le cadre d’une manifestation massive.

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