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  • En abandonnant le plan vélo, l’État a aussi sacrifié la santé

    Article de Laury-Anne Cholez publié dans Reporterre le 21.05.2026

    Améliorer la santé et faire des économies pour la société, ce sont là les bénéfices de la marche et du vélo, selon la Fédération française des usagères et usagers de la bicyclette. Mais les politiques publiques sont à la traîne.

    Marcher et faire du vélo, c’est bon pour la santé. Les associations et les écologistes ne cessent de le répéter, mais le dernier rapport de la Fédération française des usagères et usagers de la bicyclette (FUB) enfonce le clou en convoquant un panel d’experts du monde de la santé sur le sujet et en rassemblant toute une série d’études sanitaires et économiques.

    Le rapport rappelle un constat : la sédentarité tue et coûte cher à la société. Environ 17 milliards d’euros par an. En trente ans, les capacités cardiovasculaires des enfants et adolescents ont diminué d’environ 25 %. Et l’inactivité physique constitue la quatrième cause mondiale de mortalité prématurée.

    Face à cette situation, les solutions existent : enfourcher sa bicyclette ou ses baskets. Toujours selon le rapport, un kilomètre à vélo équivaut à un euro économisé pour la société. Pédaler cent minutes chaque semaine réduit de 10 % la mortalité. Enfin, une augmentation de la part modale de la marche dans nos déplacements — aujourd’hui établie à 23 % — pourrait générer jusqu’à 57 milliards d’euros de bénéfices.

    Manque de politiques publiques volontaristes

    Mais les efforts individuels demeurent insuffisants, faute de politiques publiques volontaristes pour adapter les espaces publics à ces mobilités actives. Le rapport dénonce « des injonctions contradictoires » en incitant « les familles à modifier leurs comportements sans garantir des environnements adaptés ».

    L’exemple du sacrifice du plan vélo et marche est à ce titre éloquent. Lancé en 2023 et initialement doté d’un budget de 250 millions d’euros par an, il visait à structurer des politiques publiques en faveur des mobilités actives. En 2025, moins d’un cinquième des cofinancements promis ont été effectivement investis par l’État, regrette la FUB.

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  • « Il faut changer notre regard » : en Lorraine, une association promeut des forêts en libre évolution

    Extraits de l'article de Zoé Neboit et Mathieu Génon (photographies), publié dans Reporterre le 12.05.2026

    « Notre forêt fait 13 hectares. Pour vous faire une idée, c’est simple : 1 hectare, c’est à peu près la place Stan’ [Stanislas] à Nancy . » Jean-François « Jeff » Petit, président et cofondateur de Libre forêt sait comment s’adresser à son public, en l’occurrence une quinzaine d’auditeurs de tous âges, réunis dans la salle du café associatif Les trois vallées, à Tréveray (Meuse).

    Au programme de ce samedi après-midi de la fin mars : discussion autour de la libre évolution, puis balade en forêt. Certains sont venus par curiosité, beaucoup ignoraient jusqu’ici que cette petite association lorraine avait fait l’acquisition, en 2025, d’un bon morceau de forêt à 2 km de leur village.

    « Pour quoi faire ? » s’essaye un habitué. « Pour ne rien y faire, pardi ! » lance joyeusement Hugo Roussel depuis la table du fond, où il attend que le groupe de promeneurs se mette en chemin. Graphiste, mais avec l’allure d’un pirate des bois, ce trentenaire fait partie des bénévoles les plus actifs. Ce samedi, il forme avec Jeff, ex-forestier reconverti dans le commerce du bio à la retraite, une étonnante paire de guides.

    Des vestiges du fonds forestier national 

    Depuis sa création en 2021, Libre forêt est devenue propriétaire de trois forêts, et gestionnaire via un bail emphytéotique [1] de 99 ans d’une quatrième. Alors que les massifs de Lorraine font face depuis 2018 à de lourds problèmes de dépérissement et de pressions sur la ressource sylvicole — entre récoltes de la filière bois et coupes sanitaires (qui ont atteint à leur paroxysme 3,5 millions de m3 en 2020 dans le Grand Est) — l’association, elle, achète des forêts pour les laisser faire.

    Diffusée il y a quelques années par des associations et des philosophes comme Baptiste Morizot, notamment inspirés par le concept nord-américain de wilderness (naturalité), la « libre évolution » permet à un écosystème de se développer spontanément, sans activité humaine.

    Une fois franchi le canal, grimpé un chemin de terre et attendu que tout le monde arrive à bon port, Jeff s’arrête et exhibe la carte Géoportail sur son téléphone. « Celles-ci, ce sont nos parcelles. » À droite, une étendue de champs qui parait infinie, à gauche une forêt. C’est ici qu’on tourne. « Cette forêt nous a intéressés pour sa naturalité et sa grande diversité, car elle a été laissée en libre évolution depuis au moins trente ou quarante ans. »

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  • Farine d’insectes : l’État a dilapidé 284 millions d’euros dans une filière en faillite

    Extraits de l'article de  Hortense Chauvin, paru dans Reporterre le 22.04.2026

    Les élevages d’insectes reçoivent bien plus de subventions que des filières plus durables comme les protéines végétales et la bio. Ce, alors que la farine d’insectes est un échec économique et écologique.

    Plus cigale que fourmi, l’État a dépensé des sommes colossales pour soutenir un secteur bancal sur le plan économique, et bien moins vertueux que promis sur le plan écologique : l’élevage d’insectes. Depuis le début des années 2010, au moins 284 millions d’euros d’argent public ont été octroyés aux entreprises françaises du secteur, révèle un rapport de l’Observatoire des subventions et aides agricoles (Obsaf) et de l’Observatoire national de l’élevage d’insectes (Onei) publié le 22 avril.

    Cette analyse montre que les fabricants de farine d’insectes, présentée comme une source alternative et durable de protéines, ont bénéficié d’un traitement très favorable par rapport à des filières végétales, plus écologiques que la fabrication de viande. Les subventions accordées aux start-up du secteur correspondent à près de 2,5 fois la somme allouée au plan protéines végétales de France Relance (qui visait à doubler les surfaces dédiées à la production de légumineuses d’ici 2030) et à trente-trois années de financement du fonds Avenir Bio, dont la dotation a été réduite de moitié en 2025. « C’est énorme, note Julie Coumau, analyste à l’Obsaf. Il n’y a pas de montant équivalent pour d’autres filières innovantes agricoles et agroalimentaires. »

    Chaque kilogramme de farine d’insectes produit en France a bénéficié de 20 euros d’aide publique — ce qui revient à cinq fois le prix de vente de ce produit. L’Obsaf et l’Onei ont obtenu ces chiffres plancher en utilisant des données en sources ouvertes, provenant de bases européennes, administratives et financières, croisées avec des articles de presse et des communications d’entreprises. « Dans un contexte de crises budgétaire et agricole, avec des décisions prises au détriment de la justice sociale, alimentaire et environnementale, il nous semblait important d’évaluer la pertinence de la prise de risque de l’État pour soutenir la filière », explique Julie Coumau.

    Si l’Union européenne, les régions et les collectivités locales ont contribué à l’effort, l’essentiel (90 %) des financements a été octroyé par l’État et ses opérateurs (Ademe, Caisse des dépôts…), sous forme de prêts, d’avances, de prises de participation au capital et de subventions directes.

    La Banque publique d’investissement (Bpifrance) a joué un rôle crucial, « en intervenant de manière précoce dans les levées de fonds de plusieurs entreprises de la filière », ce qui a donné « un signal de crédibilité » aux investisseurs privés. À la même époque, le directeur de Bpifrance Nicolas Dufourcq critiquait dans les médias « l’État-providence galopant » et « la course folle des déficits sociaux », relève Mediapart. Contactée, Bpifrance n’a pas répondu aux sollicitations de Reporterre dans ses délais de publication.

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  • « Ça va craquer » : le cri de détresse des laboratoires français du CNRS

    Extraits de l'article de Vincent Lucchese publié dans Reporterre le 17.04.2026

    Baisse des subventions, conditions de travail dégradées... La recherche publique souffre et craint pour sa survie. Dans les laboratoires d’écologie, les chercheurs pointent une « perte de sens au travail ».

    Le CNRS, plus grand organisme de recherche français et européen, est au bord du gouffre. Cela fait des années que les scientifiques de cette institution souffrent du manque de moyens et de conditions de travail dégradées, à l’instar de l’ensemble de la recherche publique. Mais la nouvelle coupe budgétaire imposée par le gouvernement ressemble à la goutte de trop. Une « rupture » dénoncée par la moitié des responsables de laboratoires et d’unités de l’institution.

    Sur demande du Premier ministre, le Conseil d’administration du CNRS a dû voter, le 13 mars, une économie de 20 millions d’euros sur son budget 2026. Ces efforts touchent directement les dotations aux laboratoires, amputées de 13,5 millions d’euros. Fait aussi ubuesque qu’inédit : ces économies concernent des sommes déjà allouées, sur lesquelles comptaient les laboratoires pour l’année en cours.

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  • Le gouvernement mise sur la fée électricité dans un aveuglement total

    Extraits de l'article de Laure Noualhat publié sans Reporterre le 11.04.2026

    1 litre d’essence à plus de 2 euros, une guerre en toile de fond… La réponse du gouvernement tient en un mot : é-lec-tri-fier ! Fin des chaudières à gaz, plus de voitures électriques... Comme si changer de prise suffisait à éviter la décharge.

    Vendredi 10 avril, Sébastien Lecornu présentait les mesures de son plan d’électrification. Annoncées en catimini à 18 heures, elles n’ont pas électrisé grand monde. Sans grand mystère, tout converge vers la fée électricité. Le bâtiment, les transports, l’industrie. Une stratégie transversale, pilotée depuis le sommet de l’État, où chaque secteur est sommé de « brancher » ses usages. Du pur « Plug, baby, plug ! » dans le texte.

    Pour cela, l’État sort les milliards. De 5,5 milliards d’euros par an aujourd’hui, l’effort financier pour électrifier nos usages doit doubler pour 10 milliards d’euros en 2030. Dans le logement, la promesse de bascule est nette : fin des chaudières à gaz dans le neuf dès la fin de l’année (!), déploiement accéléré des pompes à chaleur, avec l’objectif d’en installer jusqu’à 200 000 de plus par an d’ici à 2030 — soit seulement +20 % par rapport à 2025, puisqu’il s’en est vendu 1 million tous secteurs confondus.

    Le Premier ministre a également mentionné la sortie du gaz pour 2 millions de logements sociaux d’ici à 2050. Et 100 premiers territoires qui seront accompagnés pour emprunter une trajectoire « zéro gaz » d’ici à 2030. « Au total, 85 térawattheures de gaz devraient être remplacés par de l’énergie produite en France à l’horizon 2030, soit l’équivalent de 20 % des importations françaises de gaz. »

    Dans les transports, l’ambition affichée est tout aussi claire : 2 voitures neuves sur 3 feront leur plein en kilowattheures dans quatre ans. Pour cela, le gouvernement renforce le leasing social (paiement en mensualités pour acquérir un véhicule électrique), avec des aides ciblées pour les utilitaires et poids lourds. L’ensemble vise à réduire notre dépendance aux fossiles, mais surtout à injecter du jus français dans les veines du quotidien — sur ce point, la dernière publicité d’EDF joue sur la fibre de l’électron bien français.

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  • Mission Artemis-2 vers la Lune : un dangereux délire d’enfants gâtés

    Extraits de l'éditorial de Vincent Lucchese, publié par Reporterre le 04.04.2026

    (...)

    Conquête et quête de puissance

    Tout ça pour quoi ? Certainement pas pour la science. Celle-ci sert trop souvent de prétexte et de cache-misère à l’inutilité des vols spatiaux habités. La plupart des missions scientifiques d’exploration du cosmos sont tout aussi bien, voire mieux réalisables par des robots, à un coût infiniment moindre. C’est d’ailleurs ce que notait l’un des chercheurs interrogés par la revue scientifique Nature le 31 mars, témoignant du peu d’enthousiasme, voire du désintérêt d’une bonne partie de la communauté scientifique pour le programme Artemis.

    Il convient de bien distinguer deux choses : l’exploration spatiale de la conquête spatiale. La première, animée par l’esprit de curiosité, la fascination pour les mystères de l’univers, le désir de mieux comprendre le monde, peut être pleine des vertus de la science, y compris dans le lancement de satellites d’observation, cruciaux aujourd’hui pour étudier le climat terrestre, entre autres.

    La conquête spatiale, elle, relève d’une tout autre ambition. Il s’agit de coloniser de nouveaux territoires, de faire frémir les nationalismes en plantant des drapeaux et d’exploiter sans limites les ressources minérales des corps célestes. C’est d’abord et avant tout une course à la puissance et aux symboles de puissance.

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  • Cigéo : la justice autorise l’expulsion « sans délai » de la gare de Luméville

    Article publié dans Reporterre le 23.03.2026

    C’est un coup dur pour les opposants au projet d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo. Lundi 23 mars, la juge d’expropriation a autorisé l’expulsion « sans délai » de la gare de Luméville-en-Ornois (Meuse), lieu historique de la lutte contre la poubelle nucléaire. Cette décision fait suite à l’audience du mercredi 11 février dédiée à cette expulsion. Un huissier devrait passer dans les prochains jours pour notifier cette décision. « Le recours à la force publique est également autorisé en cas de refus de quitter les lieux », ont rapporté les opposants.

    L’ancienne gare de la ligne Jessains-Sorcy, démantelée dans les années 1970-1980, est convoitée par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) car elle se situe sur le tracé de la future installation terminale embranchée (ITE), la voie ferrée censée acheminer les convois de déchets radioactifs jusqu’au stockage. Conscients de cet emplacement stratégique, des opposants au projet l’avaient achetée en 2007.

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