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guerre

  • En guerre…

    La France est entrée en guerre. Plus exactement, elle s’est engagée sur un nouveau champ d’affrontement militaire, en intégrant une coalition internationale suscitée et dirigée par les Etats-Unis d’Amérique contre les forces de Daesh.

    S’il fallait juger de la qualité de cet engagement au travers de la seule personnalité de ceux qu’il entend combattre, les choses seraient simples. Daesh, disons le nettement, n’a rien pour plaire, pas plus que ceux qui, dans le monde, terrorisent et assassinent en son nom : l’ignoble décapitation dont notre compatriote Hervé Gourdel a été la victime signe en lettres de sang une folie haineuse et mortifère. La dénoncer pour les horreurs qu’elle porte ne saurait, hélas, suffire : il faut lui opposer la puissance de la raison, la légitimité des lois internationales et la force des armes.

    Malheureusement, l’entrée en guerre de la France répond surtout au dernier de ces trois termes. Un déséquilibre qui peut s’avérer lourd de conséquences, tant sur la scène internationale que dans les débats politiques européen et français. Et la raison est souvent parmi les premières victimes, comme la vérité, de l’état de guerre. Certes, nul n’a eu besoin de diaboliser ledit « Etat islamique », tant sa nature et ses actes sont effroyables. Mais ce bilan ne devrait pas permettre de faire l’économie d’une analyse du phénomène, de sa genèse, des mensonges fondateurs de Georges Bush qui ont été à son origine, des stratégies militaires magistralement erronées qui en ont facilité la croissance et le rayonnement régional.

    La précipitation avec laquelle la France a rejoint la coalition américaine, sans discuter ni au Parlement ni ailleurs des objectifs concrets de l’engagement, de la stratégie à mettre en œuvre, des visées diplomatiques qui devraient accompagner cet engagement militaire, réduit considérablement le rôle qu’elle pourra – ou pourrait – jouer comme acteur politique à part entière dans les débats diplomatiques à venir. Ce, d’autant plus que la légitimité internationale est largement marginalisée dans le processus gouvernemental de mobilisation. L’ONU, dans cette affaire, est en effet charitablement placée sur le banc de touche consécutivement au constat de son impuissance. Le problème est largement réel, mais le pointer pour uniquement le contourner ne contribue nullement à le résoudre, tout au contraire.

    Convoquer des alliances de circonstance sur des objectifs de circonstance, c’est enfoncer le clou selon lequel les lois et institutions internationales ne sont utiles qu’en tant qu’elles valident les anciennes dominations, et que face à la barbarie, les armes doivent prendre le pas sur les règles qui fondent la communauté internationale comme communauté de droit. C’est une dialectique fort dangereuse en tant qu’elle sacrifie l’avenir à l’urgence. C’est en son nom que, depuis le 11 septembre, les Etats-Unis d’Amérique se sont lancés dans une guerre dont l’effet devait être une véritable contagion démocratique régionale… En fait de contagion, la seule à laquelle nous avons assisté a été celle de la guerre. Et le monde, loin de mieux s’en porter, n’en finit pas de s’enfoncer dans des conflits autour desquels fleurit, selon qu’il s’agisse de l’Europe de l’Est ou du Moyen-Orient, un deux poids deux mesures destructeur pour l’idée même de droit international.

    Toxique sur la scène internationale, cette dynamique ne l’est pas moins pour le débat démocratique national autour du phénomène « djihadiste », désigné comme ennemi public numéro un. Depuis son intervention à l’Assemblée nationale lors du vote de confiance demandé pour son gouvernement, le Premier ministre ne cesse de multiplier les variations sur l’air de l’union sacrée. La France étant en guerre, les critiques devraient cesser, les débats s’éteindre et tout problème être réévalué à l’aune de « la sécurité des Français », dont le Président s’est plu à souligner, en introduction de sa dernière conférence de presse, qu’elle était « son premier devoir ».

    Le projet de loi contre le terrorisme, soumis au vote dans cette même période, illustre les dangers et les dérives liberticides portés par cette rhétorique. Limitation des libertés sur Internet, limitation de la liberté de la presse, d’aller et venir pour des citoyens français au nom d’une prédictibilité par essence douteuse, extension de la sphère d’intervention de la police au détriment du juge… Gageons que cette loi ne fera pas grand mal au terrorisme. Elle risque en revanche de faire passer à l’arrière-plan une vérité pourtant essentielle : la démocratie ne peut relever les défis du terrorisme qu’en s’affirmant comme telle, avec tout ce qui fonde sa richesse, la liberté et le débat. C’est la voix du bon sens.

    Tout laisse à craindre que l’envol assourdissant de nos Rafale vers les cibles d’Irak ne contribue à la rendre inaudible.

    Pierre Tartakowsky, président de la LDH (26.09.2014)

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  • Cérémonie du 11 novembre

    Pour le 90ème anniversaire de l'armistice, la cérémonie du 11 novembre a pris un ton particulier cette année . Le président a délaissé l'Arc de p41.jpgTriomphe pour Douaumont et son ossuaire . Il a voulu marquer la réconciliation en Europe, avec entre autres la présence du président du Sénat allemand . L'élément le plus nouveau a été l'hommage à tous les morts de la guerre : ce qui englobait les fusillés pour désertion ou refus d'obéissance . Ces Français ont été condamnés à mort par des tribunaux militaires, car ils ne pouvaient plus subir les horreurs de la guerre . De traîtres les voilà devenir victimes 90 ans plus tard : encore une preuve de l'absurdité de ce massacre, nourri de la propagande nationaliste . Fallait-il vraiment ces millions de morts pour pouvoir commencer(après une autre guerre) à construire l'Europe ?

    Une des grandes craintes des généraux en 1914-1918 était la fraternisation des soldats en première ligne . Ce sont ces combattants qui ont vécu le plus l'horreur et l'absurdité de la guerre . Les fusillés"pour l'exemple" ne sont pas un accident de l'histoire : ces décisions étaient indispensables au maintien d'une discipline aveugle . Rendre hommage ossuaire_douaumont.jpgaux fusillés, c'est de fait condamner l'absurdité d'un conflit horrible, qui n'a rien amené de positif sur le plan des valeurs, pas plus que réglé le problème de la suprématie en Europe . Plus de 8 millions de morts, non pas pour la "der des der" mais pour un conflit qui porte en lui les germes de la deuxième guerre mondiale . Peut-on honorer les morts sans parler des responsables directs et indirects de cette boucherie humaine ?

    Un lien pour lire un article qui relate un fait de l'époque

    Un autre lien sur un fait de guerre dans les Ardennes

  • gagner la guerre ? suite

    Dans une note du 5 octobre, nous avons reproduit l'avis d'un général anglais, (le commandant du corps expéditionnaire britannique en Afghanistan, le général Mark Carleton-Smith) sur la guerre contre les Talibans : il juge impossible de la gagner .

    article_photo_1206168950403-1-0.jpgSon jugement est conforté par un général français, et par les services de renseignements américains :

    Le chef d'état-major des armées françaises, le général Jean-Louis Georgelin, a déclaré mercredi 8 octobre qu'il partage "totalement" le sentiment qu'il n'y a "pas de solution militaire à la crise afghane". Le général français s'accorde avec le général Mark Carleton-Smith, le plus haut gradé britannique en Afghanistan, qui dans une interview parue dans le Sunday Times, avait estimé que les Britanniques devaient "modérer leurs attentes", sur l'issue du conflit et se préparer à un possible accord avec les talibans.(source "Le Monde") .

    Du côté des Américains, il s'agit de la synthèse de plusieurs services de renseignement du pays :

    'Afghanistan est plongé dans une spirale négative et il est peu probable que son gouvernement soit en mesure de contrer la résurgence des y1pXoUf1N0JeLBqGzGjWbGohte8XIVXhWSMXWCCUGCAPXrkUcdqqmh92fIH3I_mV6yRCVecdbZlkUQtalibans, estime un projet de synthèse des agences américaines du renseignement, cité mercredi 8 octobre par le New York Times.

    Le rapport, classé confidentiel, fait partie des  "National Intelligence Estimates", ces documents formels établissant une analyse globale des recherches menées par les seize agences américaines de renseignement. Le New York Times, qui cite des sources américaines autorisées ayant eu accès au document, précise que la version définitive est attendue pour le mois de novembre, après l'élection présidentielle. Il s'agira de l'évaluation la plus complète de la helmand11b.jpgsituation en Afghanistan remise depuis des années à l'administration américaine.

     

    RESPONSABILITÉ DU GOUVERNEMENT LOCAL

    Dans sa version actuelle, le texte évoque un effondrement du pouvoir central accéléré par la corruption au sein du gouvernement du président Hamid Karzaï et l'augmentation des attaques menées par les insurgés depuis leurs bases arrière au Pakistan. h-3-1072191.jpgAu-delà des attaques et attentats commis par des activistes opérant depuis le Pakistan, le rapport souligne que nombre des problèmes les plus lourds de l'Afghanistan trouvent leur origine dans l'administration même du pays.(source "Le Monde" )

    Si les Anglais, les Français, et les Américains font cette analyse du conflit afghan, il serait certainement utile et urgent d'en tirer les conclusions sur la présence militaire là-bas .

  • gagner la guerre ?

    Sarkosy vient d'envoyer des renforts en Afghanistan, où les forces alliées des Etats -Unis combattent les talibans . Cette guerre peut-elle déboucher sur une "victoire" . Ce qui fait le plus douter, c'est l'état de corruption et d'inefficacité du gouvernement "légitime" afghan. Sur ce type de terrain, n'importe quelle opposition armée serait en mesure de recevoir l'appui d'une bonne partie de la population . D'autant que les armées taliban7.jpgétrangères, surtout si leur présence s'éternise, passent un jour ou l'autre pour des forces d'occupation .

    Afghanistan-french-afgha432.jpgVoici l'oppinion d'un spécialiste bien placé : (source " Le Monde")

    Dans une interview publiée par le Sunday Times dimanche 5 octobre, le commandant du corps expéditionnaire britannique en Afghanistan, le général Mark Carleton-Smith, juge impossible pour les forces occidentales de gagner la guerre contre les talibans. Il estime que ses soldats ont "atténué la menace des talibans pour 2008" mais qu'ils pourraient bien quitter le pays sans y avoir maté la rébellion islamiste. "Nous n'allons pas gagner cette guerre. Il s'agit de la réduire à un niveau d'insurrection contrôlable, ne constituant pas une menace stratégique et pouvant être géré par l'armée afghane", précise-t-il.

    L'opinion du général Carleton-Smith rejoint celle de nombre de diplomates et d'officiers de l'OTAN, qui reconnaissent, depuis quelque temps, que les talibans ne seront pas défaits par les armes et qu'il faut négocier avec eux.