« Cela fait 33 jours de résistance, et aujourd’hui nous sortons victorieux de ce combat avec la grande nouvelle : le décret 12.600/2025 a été abrogé. » C’est ainsi que le Conseil indigène Tapajós Arapiuns (Cita) a salué sur les réseaux sociaux, le 23 février, l’abrogation par le gouvernement brésilien d’un décret synonyme de privatisation des fleuves d’Amazonie.
Cette victoire « est le résultat de la force collective des peuples autochtones, des rivières et des communautés traditionnelles qui n’ont pas reculé face aux menaces qui pèsent sur nos territoires et nos eaux. Nos rivières ne sont pas une marchandise : elles sont la vie, la culture et l’avenir », ont déclaré les militants à Santarém, ville au cœur de l’Amazonie brésilienne, au confluent du fleuve Amazone et de l’immense rivière Rio Tapajós.
Un décret pensé pour les géants agro-industriels
Le décret en question, n°12.600, a été signé par le président Luiz Inácio Lula da Silva et promulgué en août 2025. Il prévoit, de fait, la privatisation de vastes cours d’eau amazoniens au profit d’entreprises et multinationales privées. Le décret vise ainsi à placer « des tronçons des fleuves Tapajós, Madeira et Tocantins sous le régime du Programme national de privatisation (PND) du Brésil, ouvrant la voie à la privatisation des services dits d’entretien de la navigation, notamment des opérations de dragage destructrices [opération consistant à enlever les sédiments présents dans le fond d’un cours d’eau, ndlr] », selon l’organisation Amazon Watch. Cette mesure ouvrait ainsi la voie à une concession de plus de 3000 kilomètres de voies navigables qui aurait été gérée par le privé, sur une période variant de douze à quinze ans selon les fleuves, précise un article du média Reporterre. En échange de l’entretien des fleuves, ces entreprises auraient récolté un péage sur la navigation.
Ce décret autorisait également la construction de ports sur ces vastes rivières de l’Amazonie pour le transport de céréales, comme le soja et le maïs, dont le Brésil est le premier exportateur mondial. Parmi les principaux bénéficiaires de ce projet figure la multinationale américaine Cargill. Basée dans le Minnesota, elle est l’une des plus grosses multinationales de négoce de matières premières et agricoles au monde, et possède des activités logistiques dans tout le Brésil, où elle emploie environ 11 000 personnes.
Une grande partie du soja et du maïs cultivés au Brésil transitent par l’usine Cargill de Santarém, avant d’être transportés sur des navires pour l’exportation vers l’estuaire de l’Amazone, puis l’Amérique du Nord, l’Europe ou l’Asie. La construction de ports agro-industriels à Santarém aurait ouvert la voie à l’intensification de la déforestation et à un risque de pollutions majeures des rivières et fleuves environnants, comme cela se passe en aval. C’est précisément le site de Santarém qu’ont ciblé les militants autochtones.