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Réponse à mes détracteurs

Le ministre des affaires étrangères français, M. Jean-Noël Barrot, persiste, signe et s’enferre : la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation dans les territoires palestiniens occupés doit démissionner… pour des propos qu’elle n’a pas tenus. Mme Francesca Albanese répond dans les colonnes du Monde Diplomatique à la vaste campagne de dénigrement dont elle est victime.

Depuis plus de deux ans, mon mandat fait l’objet de polémiques soigneusement orchestrées, et d’une virulence croissante. Le 8 février, une députée française a attaqué ma personne sur la base de déclarations tronquées me faisant dire qu’Israël « est l’ennemi commun de l’humanité », alors que mon discours visait les pays qui ont armé Israël, ainsi que les médias et les algorithmes des réseaux sociaux qui ont amplifié le discours génocidaire . Sans prendre soin de vérifier la teneur exacte de mes dires ni examiner les faits, le ministre des affaires étrangères français Jean-Noël Barrot s’est aussitôt fait l’écho de ces attaques à l’échelle internationale, condamnant comme « outranciers et coupables » des propos que je n’ai jamais tenus et annonçant que la France saisirait le Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour appeler à ma démission. Ses homologues italien, allemand et tchèque lui ont emboîté le pas, sans davantage procéder aux vérifications élémentaires qu’exige leur charge. Le 19 février, le premier ministre français Sébastien Lecornu a publiquement repris la même demande.

Si la critique est inhérente à toute fonction publique, plus encore quand elle touche aux droits humains, cette affaire révèle un aspect troublant : l’acharnement avec lequel certains États préfèrent s’en prendre à la messagère plutôt que d’essayer de réfuter le message.

Le caractère inédit et corrosif de cette attaque contre une experte indépendante désignée par les Nations unies ne tient pas seulement à la violence des accusations et à la fabrication délibérée de mensonges. Mais aussi et surtout au fait que le sommet de l’État dirige et assume la manœuvre. Il ne s’agit plus dès lors d’une controverse, mais du symptôme de la faillite d’un système, fait de promesses solennelles et de traités internationaux que l’on invoque en temps de paix, mais que l’on enterre dès que leur application dérange.

Nommée par le Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), je suis rapporteuse spéciale depuis le 1er mai 2022, et jusqu’en 2028. Huitième titulaire de ce mandat — et première femme à ce poste —, j’ai assumé cet engagement bénévole après une carrière consacrée à la défense des droits humains, principalement auprès des Nations unies — notamment au Haut-Commissariat aux droits de l’homme et à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) à Jérusalem —, et à la recherche universitaire sur la Palestine.

L’attention portée à Israël ne relève ni d’un choix personnel ni d’un parti pris : elle découle de la résolution 1993/2A du Conseil des droits de l’homme, adoptée le 19 février 1993 en réponse à près de trente ans d’occupation de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. M’accuser de « manquer de neutralité » revient à déformer sciemment ce mandat. Aucun des quatorze autres rapporteurs des Nations unies investis d’un mandat-pays ne fait l’objet de telles attaques ; nul n’accuse les titulaires chargés de l’Afghanistan, de la Russie ou de l’Iran d’« obsession » dans l’exercice de leur mission. Mais, dès lors qu’Israël est concerné, l’accomplissement ordinaire d’un mandat devient aux yeux de certains, au sein même des gouvernements, une faute à justifier plutôt qu’un devoir à remplir.

Mon travail consiste à établir et qualifier juridiquement des faits dans les territoires occupés, où règne un dualisme juridique institutionnalisé : le droit civil s’applique aux colons israéliens et le droit militaire aux Palestiniens, y compris aux enfants. En effet, Israël est le seul pays au monde où des enfants sont systématiquement poursuivis devant des tribunaux militaires. Décrire ce système comme un apartheid exercé contre les Palestiniens sous forme de dictature militaire relève non pas de la provocation mais de la qualification juridique. Mes premiers rapports remis à l’ONU en 2022-2023 ont documenté l’entrave systématique au droit à l’autodétermination du peuple palestinien, la privation arbitraire et systématique de liberté, et l’impact structurel de l’occupation sur l’enfance 

(...)

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Francesca Albanese.  Source : Esquerda.net, Wikimedia Commons

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