Editorial du Monde diplomatique d'octobre 2026 par Akram Belkaïd (Extraits)
Des sirènes hurlantes, des embouteillages monstres étendus sur des kilomètres, des forces de l’ordre déployées dans les rues pour dissuader émeutes, manifestations et pillages tandis que quatorze millions d’habitants évacuent Téhéran et sa banlieue. Ces scènes dignes d’un film dystopique auraient pu avoir lieu. Ce n’est pas la menace du président américain Donald Trump de faire disparaître la civilisation iranienne en une nuit (lire « Une journée comme une autre ») qui en aurait été la cause, mais un ordre des autorités de la République islamique. En novembre 2025, les pluies d’automne ne sont pas au rendez-vous. L’Iran connaît la pire sécheresse depuis un siècle. Les cinq barrages qui approvisionnent la capitale sont presque à sec et les coupures d’eau sont quotidiennes, surtout la nuit. La tension est identique dans la ville de Machhad (nord-est), que quatre barrages environnants sont bien en peine d’alimenter. Le président Massoud Pezechkian met alors en garde ses compatriotes. Si la situation ne s’améliore pas, il faudra évacuer la mégapole et ses environs (1). Pour le long terme, il évoque même un possible transfert définitif de la capitale surpeuplée vers la région de Makran, près du détroit d’Ormuz. Un projet jugé irréalisable par nombre d’experts mais dont l’évocation frappe tout de même les esprits, tant elle conforte l’idée d’un choc environnemental majeur à venir.
La hausse, toute relative, de la pluviométrie au premier semestre 2026 a conjuré le scénario de l’évacuation forcée, mais le problème de fond demeure. Trente-cinq millions d’Iraniens sont confrontés quotidiennement à la pénurie d’eau. Les réserves totales ont diminué de 211 kilomètres cubes entre 2003 et 2019 — l’équivalent de deux années de consommation nationale —, tandis que le niveau moyen des nappes souterraines a fortement baissé (2). Dans certaines régions, notamment dans l’Est et dans le Sud, l’eau potable n’est accessible aux habitants que via des camions-citernes payants, ce qui provoque de longues files d’attente. Une centaine de zones humides ont disparu, et l’assèchement des rivières contribue à l’aggravation des tempêtes de poussière qui sévissent à partir du printemps.