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  • Mayotte, département sans droits

    Tribune de Nathalie Tehio, présidente de la LDH et Daniel Gros, représentant de la LDH à Mayotte, publiée dans l'Humanité le 07.09.2026.

    Les personnalités politiques du centre et de la droite se succèdent à Mayotte dans la perspective des échéances électorales prochaines. L’actuel Premier ministre, à la suite de l’ancien, candidat déclaré à l’élection présidentielle, Edouard Philippe, sont allés prendre la pose à Mayotte, territoire où ils peuvent tester sans rougir les discours les plus radicaux sur l’immigration, alignés sur ceux des extrêmes-droites. Car les anciennes colonies offrent, selon eux, un terrain propice à tous les excès de langage et toutes les expérimentations tant les exceptions y sont admises.

    En effet, l ’article 73 de la Constitution, sous prétexte de tenir compte des particularités locales, est à présent mobilisé pour déroger, dans les territoires ultramarins, au droit commun de la Nation. Ainsi toutes les dispositions de la loi de programmation pour une refondation de Mayotte d’août 2025, ont été validées par le Conseil constitutionnel malgré les outrances et les atteintes portées contre les droits fondamentaux. Chaque article soumis à son examen est systématiquement validé par le même inlassable argument : « la population de Mayotte comporte, par rapport à l’ensemble de la population résidant en France, une forte proportion de personnes de nationalité étrangère, dont beaucoup en situation irrégulière, ainsi qu’un nombre élevé d’enfants nés de parents étrangers. Cette collectivité est ainsi soumise à des flux migratoires très importants » (décision du 7 août 2025).

    Ainsi l’exception constitutionnelle ultramarine, censée adapter les réglementations aux traditions et usages locaux, se retourne contre les populations historiques de l’archipel qu’elle devait protéger. Au lieu d’assouplir, les dérogations brutalisent et nient les droits fondamentaux auxquels pourtant la France a souscrit en signant de nombreuses conventions internationales. Pire, elle habitue à relativiser les principes supérieurs du droit allègrement piétiné au nom d’une idéologie de séparation détestable.

    Une dérive dangereuse est observée depuis une dizaine d’années dans le département de Mayotte, plongé dans une pauvreté endémique due à l’indifférence de l’État et aggravée par le cyclone Chido de décembre 2024. Le désastre n’a pas entraîné d’autres réponses des autorités politiques qu’une stigmatisation des « étrangers » dans la seule intention de détourner les regards des difficultés réelles des populations.

    Aussi se succèdent-elles à Mayotte pour esquisser les fondements d’une politique xénophobe en lieu et place d’une politique sociale progressiste qu’elles n’envisagent pas de mettre en œuvre.

    Sans le moindre gène à l’égard des populations qui ne réclament qu’une aide effective pour la reconstruction de l’ile, Edouard Philippe promet, s’il devient président, de chasser les personnes exilées et les personnes réfugiées venues de l’Afrique continentale dans des camps organisés avec les États africains, en contravention avec l’obligation de protection de la France à leur égard ; et de renvoyer les Comoriens de Mayotte dans les autres îles de l’archipel. Ces personnes étaient pourtant chez elle dans chacune des îles avant la partition post-coloniale.  Les liens de parenté et d’alliance contractés dans l’histoire longue ne se dissoudront pas en rapports d’hostilité dans le cours terme malgré les inlassables encouragements politiques observés. Chaque année depuis 2018, les autorités françaises expulsent environ 25 000 comoriens sans le moindre effet sur la démographie et la présence de ces populations à Mayotte.

    L’ancien premier ministre n’innove pas. Il reprend, en les aggravant, les politiques inefficaces engagées depuis longtemps. Les restrictions successives apportées au droit du sol à Mayotte en 2025 ne lui suffisent déjà plus, la surenchère à droite l’amène à prôner une suspension totale en attendant une disparition définitive avec le spectre d’une généralisation à la nation toute entière, revendication de l’extrême droite.

    Toute politique sociale est renvoyée aux calendes grecques. L’absence de politique publique pour un logement digne, malgré la pénurie accrue depuis le passage du cyclone Chido, n’est non seulement pas condamnée (ce n’est certes pas le rôle du Conseil) mais permet de pénaliser les familles qui n’ont d’autres issues que de chercher un toit dans l’habitat informel. La loi « Refondation » facilite leur expulsion en supprimant l’obligation faite au préfet de proposer un hébergement aux habitants délogés. Depuis l’application de la loi, il ne se passe pas un seul mois sans destructions de quartier et la mise à la rue de centaines de familles.

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