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  • L’Éducation nationale se débarrasse de centaines d’enseignants contractuels en dépit des services rendus

    Extraits de l'article de Maïa Courtois, publié dans Basta! le 10.09.20236.

    Les enseignants contractuels, au statut précaire, paient le prix fort de la suppression de plus de 3000 postes dans l’Éducation nationale, qui s’ajoute à la réforme du concours. Des mobilisations s’organisent, alors que nombre de classes restent sans prof. 

    Cette rentrée aurait dû signer la fin d’années de contrats précaires pour Benjamin*. Le jeune homme de 33 ans travaille depuis fin 2020 comme enseignant contractuel dans l’Éducation nationale, dans l’académie de Versailles. Un statut particulièrement précaire, fait de missions en CDD, réservé aux personnes non titulaires du concours du Capes (collèges et lycées) ou du CRPE (premier degré). Et moins bien payé que les enseignants titulaires.

    Cette année, Benjamin aurait pu enfin obtenir son CDI. C’est la règle : au bout de six ans à exercer comme agent contractuel, l’Éducation nationale a l’obligation d’embaucher en CDI. Mais, alors que, depuis cinq ans, Benjamin se voyait renouveler sans encombre son contrat en mai-juin pour une nouvelle affectation à la rentrée scolaire suivante, cette fois : rien.

    Le jeune homme, qui enseignait l’histoire-géographie, vient de recevoir son attestation pour s’inscrire à France Travail. « J’ai toujours eu de bons avis de mes chefs d’établissements, des retours positifs de mes inspections... Avec d’autres collègues comme moi, on se projetait dans le CDI, évidemment. On ne s’y attendait pas, puisque d’une année sur l’autre on n’avait pas de souci à être renouvelé. Ça nous a fait tomber de haut », déplore Benjamin.

    Pour lui, l’espoir du CDI s’éloigne car, après quatre mois de carence, l’ancienneté de l’agent contractuel est remise à zéro. Encore quelques semaines sans affectation et ce sera le retour à la case départ pour le professeur d’histoire-géographie.

    « Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... »

    Aujourd’hui, le jeune homme vit dans le brouillard. Que faut-il faire ? Attendre que le rectorat l’appelle plus tard, peut-être, pour un remplacement ? Quitter l’Île-de-France pour tenter sa chance dans une autre académie ? Passer le concours, lui qui n’a jamais pu le faire, faute de temps ? « Je privilégiais mes cours au jour le jour. C’était difficile de sortir de l’engrenage, entre les corrections de copies, la préparation des cours qui demande une adaptation permanente – puisqu’en tant que contractuel, on fait du collège et du lycée, des bouts de cours, de nouvelles classes… »

    Sauf que la motivation nécessaire pour passer le concours n’est plus vraiment là. « Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... Cela fait beaucoup réfléchir. Y compris à une reconversion professionnelle », lâche-t-il.

    Comme Benjamin, 160 agents contractuels se sont découverts sans affectation en cette rentrée scolaire dans l’académie de Versailles, selon les décomptes syndicaux. La situation n’est pas plus reluisante dans d’autres académies. Selon les premières données centralisées par la CGT-Éduc’action, on compte 200 postes de moins dans l’académie de Bordeaux, moins 412 dans celle de Créteil, moins 200 à Paris, moins 275 pour Poitiers, et environ moins 200 dans celle de Toulouse. Soit près de 1500 postes de contractuels en moins dans 6 académies (sur les 25 que compte la France métropolitaine).

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