L’Éducation nationale se débarrasse de centaines d’enseignants contractuels en dépit des services rendus (11/09/2026)
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Cette rentrée aurait dû signer la fin d’années de contrats précaires pour Benjamin*. Le jeune homme de 33 ans travaille depuis fin 2020 comme enseignant contractuel dans l’Éducation nationale, dans l’académie de Versailles. Un statut particulièrement précaire, fait de missions en CDD, réservé aux personnes non titulaires du concours du Capes (collèges et lycées) ou du CRPE (premier degré). Et moins bien payé que les enseignants titulaires.
Cette année, Benjamin aurait pu enfin obtenir son CDI. C’est la règle : au bout de six ans à exercer comme agent contractuel, l’Éducation nationale a l’obligation d’embaucher en CDI. Mais, alors que, depuis cinq ans, Benjamin se voyait renouveler sans encombre son contrat en mai-juin pour une nouvelle affectation à la rentrée scolaire suivante, cette fois : rien.
Le jeune homme, qui enseignait l’histoire-géographie, vient de recevoir son attestation pour s’inscrire à France Travail. « J’ai toujours eu de bons avis de mes chefs d’établissements, des retours positifs de mes inspections... Avec d’autres collègues comme moi, on se projetait dans le CDI, évidemment. On ne s’y attendait pas, puisque d’une année sur l’autre on n’avait pas de souci à être renouvelé. Ça nous a fait tomber de haut », déplore Benjamin.
Pour lui, l’espoir du CDI s’éloigne car, après quatre mois de carence, l’ancienneté de l’agent contractuel est remise à zéro. Encore quelques semaines sans affectation et ce sera le retour à la case départ pour le professeur d’histoire-géographie.
« Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... »
Aujourd’hui, le jeune homme vit dans le brouillard. Que faut-il faire ? Attendre que le rectorat l’appelle plus tard, peut-être, pour un remplacement ? Quitter l’Île-de-France pour tenter sa chance dans une autre académie ? Passer le concours, lui qui n’a jamais pu le faire, faute de temps ? « Je privilégiais mes cours au jour le jour. C’était difficile de sortir de l’engrenage, entre les corrections de copies, la préparation des cours qui demande une adaptation permanente – puisqu’en tant que contractuel, on fait du collège et du lycée, des bouts de cours, de nouvelles classes… »
Sauf que la motivation nécessaire pour passer le concours n’est plus vraiment là. « Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... Cela fait beaucoup réfléchir. Y compris à une reconversion professionnelle », lâche-t-il.
Comme Benjamin, 160 agents contractuels se sont découverts sans affectation en cette rentrée scolaire dans l’académie de Versailles, selon les décomptes syndicaux. La situation n’est pas plus reluisante dans d’autres académies. Selon les premières données centralisées par la CGT-Éduc’action, on compte 200 postes de moins dans l’académie de Bordeaux, moins 412 dans celle de Créteil, moins 200 à Paris, moins 275 pour Poitiers, et environ moins 200 dans celle de Toulouse. Soit près de 1500 postes de contractuels en moins dans 6 académies (sur les 25 que compte la France métropolitaine).
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Un quart des effectifs sont « une variable d’ajustement »
Plutôt que de faire des contractuels une simple « variable d’ajustement », la CGT-Éduc’action revendique depuis longtemps, à l’instar d’autres syndicats, « un plan de titularisation pour que les non-titulaires puissent continuer à exercer leur métier. C’est aussi une question de reconnaissance de leur savoir-faire », souligne Jean-François Petit.
À l’heure actuelle, les agents contractuels - enseignants et non-enseignants (technique, administratif, informatique...) - représentent pas moins de 26 % des effectifs de l’Éducation nationale, selon le rapport publié en juin 2026 par la Cour des comptes. Celle-ci souligne la hausse continue du nombre d’agents contractuels dans la fonction publique, tous secteurs confondus. L’Éducation nationale demeure leur premier employeur : elle embauche près de 80 % des contractuels de la fonction publique. Le ministère de l’Éducation indique qu’à la rentrée 2025, la part des contractuels parmi les enseignants s’élevait à 2,6% dans le premier degré et 11,2% dans le second degré.
« Ces dernières années, parce qu’on avait besoin d’eux, les contractuels ont vu leurs conditions s’améliorer un peu, ils ont aussi obtenu le droit aux congés payés : comme si on leur déroulait le tapis rouge. Là, d’un coup, on repart en arrière et on enlève des postes », soupire Justine Louis, contractuelle enseignant l’anglais en filière professionnelle. Cette filière est moins touchée : les postes y sont davantage non pourvus et le système y dépend encore plus des contractuels. « En Seine-Saint-Denis, on a des lycées professionnels avec 70 % de personnel contractuel ! » témoigne Louise Paternoster, de la CGT-Éduc’action 93.
Ce personnel constitue une main-d’œuvre bien moins chère. Selon la Cour des comptes, en 2023, dans l’Éducation nationale, le salaire net pour le premier décile est de 2092 € pour les fonctionnaires, contre 1465 € pour les contractuels. Laura indique, par exemple, gagner 1800 euros pour un temps plein, primes comprises, du fait d’exercer en région parisienne.
Pour ceux qui se retrouvent au chômage en cette rentrée, l’incertitude financière est grande. « Le salaire d’un contractuel est constitué de beaucoup de primes. Et puis, j’ai enchaîné des contrats chaotiques : certains de deux semaines, parfois des temps partiels dans plusieurs établissements en même temps... Donc, je n’ai aucune idée du montant des allocations de retour à l’emploi auxquelles j’ai droit, confie Noam*, enseignant contractuel en mathématiques, à Paris. Les réformes de l’assurance-chômage ont aussi tellement changé les règles d’indemnisation. C’est une source d’anxiété pour moi. Je ne sais même pas quel revenu je vais pouvoir avoir là, à la fin du mois. »

Élève dans une classe du dispositif “unité localisée pour l’inclusion scolaire”, au collège Chantereine de Sarcelles. Valentina Camu
20:54 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éducation nationale, basta!, contractuels, politique éducative |
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