Extraits de l'article de Frédéric Lordon, publié dans le Monde Diplomatique du 18.02.2026
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À tout prendre, et dans la situation où nous sommes, « rien » serait de très loin préférable. Car, il n’y a pas « rien » : il y a l’inversion. Le problème politique en France n’est pas l’inexorable montée du fascisme, il est le bloc de la gauche antifasciste. Qui, à la limite, suggère-t-on mezza voce, pourrait bien être le « vrai fascisme ». Il n’est donc pas exact que « tout se reproduit » à l’identique. Le deuxième fascisme historique a cette particularité de nier absolument être un fascisme et d’en réserver l’infamie à ses opposants. À cet égard, une vidéo déjà ancienne a tout dit — c’est une parodie, mais elle est du dernier sérieux. On y voit un officier SS, apostrophé par un passant qui le traite de nazi, réagir outré et sarcastique : « Et pourquoi pas d’extrême-droite pendant que vous y êtes ; voilà quand on est à court d’argument, on ressort la polémique nazie ; et notre Führer, je suppose que c’est aussi un nazi », etc. Tel est très exactement l’état réel du débat aujourd’hui. Un reportage de France Info se clôt sur l’évocation des « fleurs pour Quentin ».
Il suffirait pourtant de trois minutes de vidéo pour faire connaître la nature des groupes auxquels ce malheureux appartenait. Nous aurons plutôt le « choriste et philosophe », ou l’« étudiant en mathématiques », ça varie, en tout cas une figure de sagesse, de modération et d’empathie chrétienne. Mais ce à quoi il était réellement affilié, les hordes noires, les parades aux flambeaux, les bannières à croix celtiques, les bras tendus, le défilé néonazi auquel il participa le 10 mai dernier par exemple — c’est-à-dire toutes les manifestations d’authentique fascisme aimablement autorisées par Darmanin-Retailleau-Nunez — cela, les médias ne le montreront pas. Ils ne montreront pas non plus les vidéos, pourtant largement disponibles, des milices fascistes à l’œuvre, manches de pioche à la main, dans les rues d’Angers, de Rennes, de Lyon et d’ailleurs. Ils ne diront pas ce que devient la vie nocturne, dans des bars, des boîtes ou des librairies, quand une descente peut avoir lieu à tout instant. Ils ne montreront pas la photo de Retailleau en agréable compagnie du « Jarl », notoire chef de milice, illustration pourtant parfaite de ce que c’est qu’un arc fasciste. Ils n’égrèneront pas la liste de tous les tués de l’extrême-droite — il est vrai qu’ils ont tous des noms à consonances bien trop peu chrétiennes, et puis personne alors n’en avait pas parlé. Ils ne diront pas les compassions différentielles de Macron qui prend quasiment le deuil pour un militant fasciste mais ne dit rien pour les meurtres commis par des militants fascistes — occasions pourtant nombreuses.
violences progressent en France comme dans toute l’Europe. Le mensonge, la haine, la violence, la mort sont les marques de l’extrême droite, de tous temps et en tous lieux. L’extrême droite s’appuie, pour se légitimer, sur les peurs nées du chômage, de la pauvreté, de l’explosion des inégalités et de la précarité.
sociales qui l’accompagnent ne sont spécifiquement grecques. Et malheureusement, tout indique déjà qu’une autre chose qu’ils auront tout le temps d’apprendre est que l’Aube Dorée néo-nazie n’est pas l’apanage des seuls Grecs. Pas de doute, une telle affirmation sera accueillie par certains avec beaucoup de scepticisme : « Chez nous, ni nos traditions, ni notre culture, ni notre tempérament ne permettront jamais de tels phénomènes ». C’est exactement ce que tous les Grecs –même les plus avertis des gens de gauche- disaient il y a seulement neuf mois quand un ou deux « fous » à l’imagination débordante les avertissaient que la peste brune était en train d’envahir leur société. D’ailleurs, rien d’original. C’est comme si l’histoire –celle de l’entre-deux guerres- se répétait : Vraiment, qui aurait pu imaginer que « les traditions », « la culture » ou « le tempérament » des Italiens ou des Allemands auraient permis la naissance et la montée au pouvoir du fascisme et du nazisme ?...
Mêmes causes, mêmes effets, mêmes complicités et mêmes intérêts. On pourrait même dire… même aveuglement des puissants, de nos gouvernants européens qui jouent –pour la énième fois ( !)- aux apprentis sorciers, couvant dans leur sein l’œuf du serpent brun. Qui a dit que ceux d’en haut ont bien appris les leçons du XXème siècle ? Qu’ils ont exorcisé pour toujours les démons de l’entre-deux-guerres ? Si on leur faisait confiance, l’histoire serait un perpétuel recommencement…