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1914-1918

  • 11 novembre : Rennes n'oublie pas Vouziers.

    Certains Vouzinois ignorent la raison de l'existence d'une rue de Rennes, ou de l'hôtel du même nom dans leur cité.

    En fait, Rennes a été marraine de guerre de Vouziers, à l'issue de la Grande Guerre de 1914-1918. Celle-ci vit naître  la tradition des marraines sensées remonter le moral des Poilus mobilisés de longs mois sur le front.

    A la fin du conflit, de nombreuses villes françaises étaient détruites à près de 100 %, et elles ont parfois bénéficié de l'aide d'une ville marraine, ainsi Marseille soutient Arras et Londres aide Verdun. Vouziers a subi des destructions considérables à la fin de la guerre,et ce sera Rennes qui se chargera du rôle de marraine.

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    Voici un article du site En Envor sur ce sujet :

    Une rue de Rennes porte le nom de Vouziers, situation qui sans doute pourra dérouter certains promeneurs. En effet, s’il existe en cette cité une rue de Verdun, en référence à la bataille du même nom, les voies publiques dénommées d’après une commune renvoient généralement à une direction et reprennent, habituellement, le tracé des anciens faubourgs de la ville. Il en est ainsi de la rue de Saint-Malo, de Fougères, de Nantes… mais quid de Vouziers, commune des Ardennes située à 500 kilomètres de la Bretagne ?

    Si une rue de Rennes est dénommée d’après cette petite commune de 4 000 habitants, c’est parce que Vouziers est adoptée pendant la Première Guerre mondiale par le chef-lieu du département d’Ille-et-Vilaine. C’est en cela que Vouziers est la filleule de Rennes.

    Vouziers est une ville très marquée par la Grande Guerre, tant du point de vue des destructions que de l’occupation allemande,  et elle figure à ce titre dans maints souvenirs de combattants. Pour ne prendre qu’un exemple, c’est dans le secteur de Vouziers que débarquent au début du mois d’août 1914 les éléments du 10e corps d’armée en partance pour la Belgique et la bataille de Charleroi. Peut-être est-ce cela qui a conduit Rennes à adopter cette commune plutôt qu’une autre ?

    En tout état de cause, ce lien entre les deux communes est la source de nombreuses opérations de solidarité. Le 6 janvier 1919, le conseil municipal de Rennes décide d'une subvention exceptionnelle de 25 000 francs pour sa filleule. Six mois plus tard, le 25 juillet 1919, les Américains organisent au théâtre une grande manifestation populaire au profit de Vouziers. Cette manifestation est un grand succès. L’Ouest-Eclair rapporte notamment que le « programme a répondu en tous points à l’attention des spectateurs, qui ont applaudi tour à tour la souplesse, le courage des boxeurs et la virtuosité des artistes américains ». Malheureusement, une fausse note est à déplorer, à savoir la performance « d’un duo comique qui excita l’enthousiasme des nombreux Américains présents [mais] fut malheureusement perdu pour l’assistance française… qui ne put, et pour cause, apprécier le sel des calembours qui se débitaient devant elle… en anglais ».

    Quelques jours plus tôt, le 6 juillet, une grande fête en l’honneur de Vouziers est donnée dans le parc du Thabor, bien connu des Rennais. Reçu par le maire de la ville, Jean Janvier, le député-maire de Vouziers, Maurice Bosquette, remercie chaleureusement son hôte pour cette adoption symbolique. Son discours est d’ailleurs intéressant en ce qu’il montre combien ce genre de symbole est, dans la perspective de l’après-guerre, perçu comme important :

    « L’initiative prise par M. Janvier restera pour nous comme le plus agréable souvenir. Au milieu de nos désastres, dans nos ruines, nous y pensons avec une reconnaissance émue. Nous savons que nous ne sommes pas abandonnés, et cette assurance nous aide à supporter les durs tourments  et les difficultés du relèvement. »

    Maurice Bosquette, le député-maire de Vouziers était accompagné pour l'occasion de Marcel Gilles et André Loupot, conseillers municipaux .

    Les liens entre les deux villes persisteront assez longtemps, jusque dans le début des années 1980 où un échange de délégations s'est produit, avec la venue du maire de Rennes à Vouziers (Edmond Hervé)

    A l'occasion du centenaire de la guerre, la ville de Rennes rend hommage à des villes martyrs, information reprise de Ouest-France.

    Les 15 stations du métro rennais sont dédiées à 15 villes "martyres" durant les deux grands conflits mondiaux. Depuis la nuit dernière et jusqu'à fin novembre, chacune d'entre elles et dans les deux sens, accueille un panneau explicatif sur une des quinze villes. 

    Les 15 villes martyres sont : pour la Seconde guerre mondiale, Saint-Nazaire, Dresde, Lorient, Stalingrad, Rotterdam, Coventry, Hiroshima, Saint-Malo, Bruz, Saint-Lô, Varsovie, Brest. Pour la Première guerre : Reims, Ypres, Vouziers.

    Cette initiative est due à un partenariat Ville de Rennes, Onacvg-35 (office des anciens combattants), Aéro-club de Rennes et Star.

     

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    Un panneau d'une ville martyre dans une station du métro de Rennes

    Le site de la ville de Rennes précise :

    Réalisée par des étudiants de l’Université Rennes 2, ce projet consiste à rappeler aux usagers du métro les villes martyres de la première et de la seconde guerre mondiale. Ces villes ont été partiellement ou totalement détruites et leur population civile a particulièrement souffert des faits de guerre.Le principe : une station parraine une ville. Des panneaux constitués de photos et de textes rappelant ces faits historiques seront exposés dans les stations du métro.

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  • 1914-1918 : l'occupation allemande vue par des enfants

    Les Ardennes possèdent le triste privilège d'avoir été le seul département entièrement occupé par les Allemands pendant la durée de la Première Guerre mondiale.

    Et cette occupation a été très dure, avec ses privations, ses réquisitions, ses humiliations, ses déportations de civils, et même ses crimes (viols notamment).

    Ernest Singevin à Charleville et Yves Congar à Sedan avaient à peu de choses près le même âge, mais leur vision de l'occupation, qu'ils relatent dans leurs cahiers de souvenirs, est assez différente. Cela vient de leur éducation, mais aussi de la dureté relative de la situation vécue dans les deux villes. Il semble qu'à Charleville, où séjournait l’Empereur, les conditions de vie étaient meilleures qu'à Sedan. Comme dans beaucoup d'autres sites des Ardennes, il était très difficile pour les Sedanais de trouver leur nourriture au quotidien.

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    Lors d'une conférence donnée à la bibliothèque municipale de Vouziers, Jacques Lambert, auteur de nombreux ouvrages historiques, a commenté les journaux de ces deux jeunes Ardennais. Ils racontent au jour le jour leur vécu, et l'illustrent de dessins parfois naïfs mais toujours pertinents et parfois porteurs d'un trait de caricature contre "les boches".

    Leur jeune âge leur permettait d'approcher de près les soldats allemands, avec un peu d'inconscience ou d'insouciance juvénile, mais avec également un sentiment patriotique très élevé. Un peu éloignées du front, les Ardennes étaient une base arrière pour les troupes allemandes. Le ravitaillement occupait une grande partie des habitants, les hôpitaux s'installaient dans de nombreux bâtiments civils et la prostitution prospérait en ville. Toute une vie insolite et foisonnante qui ne pouvait qu'intéresser nos deux écoliers dont les annotations nourrissent la réflexion des historiens d'aujourd'hui.

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    Avec son regard d'ancien enseignant et son expérience d'historien, Jacques Lambert a pu analyser les écrits de ces jeunes plongés en plein cœur de l'Histoire. Cette guerre qui devait durer quelques semaines s'étira interminablement sur 4 ans. Comment en sont sortis nos deux écoliers ? Certainement bien plus mûrs, mais qu'auront-ils vraiment appris. Cette Grande Guerre, la "der des ders" ne fut en fait qu'une transition entre celle de 1870 et celle de 39-45. Yves Congar et Ernest Singevin n'avaient pas fini de vivre au quotidien l'horreur d'un conflit mondial.