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Irriguer oui, mais pour quoi faire ?

La Confédération paysanne n’est, bien sûr, pas contre l’irrigation. Mais elle est contre l’accaparement de la ressource en eau par une minorité, fuite en avant d’un modèle à bout de souffle, au détriment de l’intérêt général. Pour elle, le changement de modèle agricole est la seule réponse à une bonne gestion quantitative et qualitative de l’eau dans nos territoires, aussi divers soient-ils. Dans un dossier de 9 pages publié dans son numéro de mars, Campagnes solidaires, le journal de la Confédération paysanne, analyse la situation et les besoins afin de proposer une irrigation compatible avec l'agriculture et les écosystèmes.

 

Depuis une quinzaine d'années, la gestion de l'eau et le partage de la ressource sont sources de tensions dans les territoires (barrages de Sivens, « lac » de Caussade...). Les projets de « bassines » – réserves  d'eau géantes, sur 10 hectares en moyenne, entourées de hautes digues –  se multiplient dans différentes régions, en particulier dans l'Ouest. En Rhône-Alpes, on n'est pas épargnés par les projets de retenues, soit-disant au profit des agriculteurs, mais en réalité surtout dédiés à la neige de culture dans les montagnes de Savoie ou Haute-Savoie.

Ces envies de stocker toujours plus d'eau sont liées à une croyance que cette eau est perdue : elle s'infiltrerait trop vite dans le sol, ou repartirait trop vite vers la mer... C'est oublier que l'eau fait partie d'un cycle, et que vouloir s'immiscer dans ce cycle, c'est jouer à l'apprenti sorcier.  
En tant que maraîchère, l'accès à l'eau pour irriguer les légumes est fondamental. D'autant plus que je suis sur un terrain assez filtrant. En 2019, on a eu un problème, avec une baisse de la quantité d'eau disponible dans notre forage. On a du faire un deuxième forage, mais on a mis en parallèle plus de « goutte à goutte » (en plein champ, alors qu'il n'y en avait que sous serre)Rodho-irrigation.jpg afin de diminuer notre consommation d'eau. Un collègue a, lui, fait une petite retenue d'eau à l'échelle de sa ferme. A la Confédération paysanne, nous ne sommes pas opposés à ce type de projet, tout est une question de taille et de type de culture irriguée.
En tant qu'irrigante, je suis allée en janvier 2020 à l'assemblée générale de l'Association des irrigants de l'Isère. Quelle ne fut pas ma déception de me trouver entourée d'agriculteurs (surtout), discutant de projets subventionnés, chiffrés en millions d'euros, de raccordements à l'Isère pour arroser du maïs et des noyers. C'est ainsi que j'ai décidé de m'investir à la commission « Eau » de la Conf.
Suite à cette AG des irrigant.es, j'ai gardé contact avec la personne de l'OUGC (organisme unique de gestion collective, chargé de gérer et répartir les volumes d'eau prélevés à usage agricole sur un territoire)  avec lequel on a convenu que je remplacerai un maraîcher qui ne venait pas aux réunions. En janvier 2012, l'OUGC a modifié la clé de répartition des volumes d'eau en fonction du type de culture et type de sol ; ce n'est donc plus basé sur les volumes historiques. Une première victoire !
Par ce dossier, il s'agit de réinterroger globalement le modèle agricole et d'avancer des propositions concrètes pour une irrigation compatible avec l'agriculture et les écosystèmes.

Isabelle Hibon,
maraîchère en Isère


Cet article est issu du n°381 de Campagnes solidaires, le mensuel de la Confédération paysanne.

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