Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Jusqu’à quand CNews va-t-elle insulter quotidiennement les noirs, les immigrés et leurs enfants, les musulmans ou les arabes ?

Tribune publiée dans Libération le 30.03.2026

A l’occasion des dernières élections municipales, plusieurs villes françaises, et singulièrement en Ile-de-France, ont vu une nouvelle génération de maires émerger. Souvent plus jeunes que les édiles qu’ils ont parfois battus à la surprise générale, ils ont également la particularité d’avoir des aïeux venus du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne.

Une des victoires les plus emblématiques fut celle, dès le premier tour du scrutin, obtenue par Bally Bagayoko à Saint-Denis, deuxième plus grande ville de l’Ile-de-France derrière Paris. Pour la première fois dans l’histoire de cette ville héritière de maintes vagues de migrations nationales et internationales, le premier magistrat était issu d’une immigration extra-européenne.

Aussitôt, une vague de racisme s’abattait sur Bally Bagayoko et, à travers lui, sur une ville présentée comme le lieu d’une France envahie et, de ce fait, en voie de décivilisation.

A peine avait-il prononcé quelques mots le soir de sa victoire en évoquant « la ville des rois » que les personnalités d’extrême droite prétendaient, à des fins malveillantes, qu’il avait présenté Saint-Denis comme « la ville des noirs ». Les clichés racistes qui voudraient que Bally Bagayoko – réduit à sa condition d’homme noir – ait pu prononcer cette phrase sont tellement ancrés que cette accusation fantaisiste a rapidement débordé des réseaux sociaux et des médias de Vincent Bolloré. En effet, cette accusation s’est invitée sur les plateaux de chaînes habituellement traversées par une exigence déontologique qui a subitement fait défaut.

Cette première polémique raciste a fait long feu tant elle était grossière. Mais, dans les médias de Vincent Bolloré, le racisme a trouvé rapidement d’autres véhicules.

Après deux semaines durant lesquelles les maires issus des immigrations maghrébine et subsaharienne ont été un sujet obsessionnellement ressassé sur CNews, cette chaîne a été le cadre d’expression d’un racisme antinoir particulièrement débridé.

Interrogé vendredi dernier sur CNews afin qu’il dise si Bally Bagayoko essayait de « pousser les limites », le psychologue Jean Doridot déclarait : « Nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus -, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité. »

Le lendemain sur la même chaîne, Michel Onfray prêtait au maire de Saint-Denis l’attitude d’un « mâle dominant » à qui il conviendrait de rappeler que nous ne sommes pas dans une « tribu primitive ».

Après que Jean Doridot a parlé dans un même raisonnement de Bally Bagayoko et d’un « singe » auquel le racisme pseudoscientifique a souvent renvoyé les noirs, Michel Onfray place M. Bagayoko et les Dyonisiens au sein de « tribus primitives » au comportement digne de primates. Dans les deux séquences incriminées, les propos relèvent de l’animalisation et du déni de civilisation. Il n’est même pas besoin de spécifier la couleur de peau de M. Bagayoko. Les personnes sur le plateau et les auditeurs sont suffisamment en connivence pour apprécier la nature raciste des tirades.

Quel que soit l’avis que l’on a sur l’appartenance politique de monsieur Bagayoko ou sur celles – au demeurant diverses – d’autres élus également visés par le racisme depuis leur récente élection, ces attaques doivent être qualifiées pour ce qu’elles sont : inacceptables au regard des principes que la République proclame, destructrices du lien social et attentatoires à la dignité, à la quiétude et à l’effectivité des droits des personnes visées.

Alors que l’extrême droite rêve de s’emparer du pouvoir exécutif dans quelques mois afin de mettre en pratique un programme traversé par le racisme et la xénophobie, nous ne pouvons accepter que la nécessaire condamnation du racisme devienne évanescente ou soit considérée comme une activité suspecte.

A cet égard, nous appelons l’ensemble des responsables politiques à cesser de courir derrière l’extrême droite et son programme. Alors que Bally Bagayoko subit des assauts racistes, il n’est pas très digne qu’un ministre, à l’exemple de David Amiel, nourrisse une polémique dont nul ne saurait ignorer l’intention raciste.

Nous appelons également les responsables des médias à donner à la parole antiraciste l’espace qu’elle mérite, loin de la marginalisation dans laquelle elle se trouve jetée au moment même où elle n’a jamais été aussi utile.

Nous interpellons enfin l’Arcom qui, en tant que régulateur de l’audiovisuel, a récemment renouvelé l’agrément de CNews malgré l’évidente volonté de cette chaîne de propager le racisme dans le pays. Que l’on en juge : sur cette chaîne d’opinion camouflée en chaine d’information, il a pu être dit que « Pétain a sauvé les juifs français », que « les mineurs étrangers sont tous des violeurs » ou qu’Aya Nakamura est une « énorme chanteuse malienne », sans parler de la réalité parallèle dans laquelle cette chaîne installe ses auditeurs par des obsessions xénophobes qui constituent l’architecture fondamentale de nombre de ses émissions. Nous constatons également que ces transgressions manifestes de la convention qui lie CNews à l’Arcom n’entraînent que des réponses – blâmes ou amendes – à l’inefficacité avérée. Alors, nous posons une question simple au régulateur de l’audiovisuel : jusqu’à quand CNews va-t-elle pouvoir insulter quotidiennement les noirs, les immigrés et leurs enfants, les musulmans ou les Arabes ? Si le racisme ne se combat pas par les seules sanctions, il se trouve que celles-ci font partie de l’éventail des modalités par lesquelles le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme ou la xénophobie sont combattus. Alors, nous demandons à l’Arcom de prendre enfin des sanctions dignes de ce nom à l’endroit d’une chaîne qui, pour le malheur de nombreux citoyens et pour celui de la santé de notre démocratie, enfreint quotidiennement, massivement et volontairement les engagements auxquels elle est tenue en vertu de la loi et de sa convention d’agrément.

 

Voir les premiers signataires sur le site de la LDH

Écrire un commentaire

Optionnel