
Communiqué de CCFD Terre Solidaire, publié le 06.05.2026
Dix ans après le discours de Ouagadougou, la France n’a pas tenu ses promesses de refondation de sa relation avec l’Afrique. Pire : sur plusieurs dossiers économique clés — dette, aide au développement, fiscalité — elle a contribué à bloquer ou limiter des réformes pourtant portées par les pays africains eux-mêmes.
C’est le constat d’une analyse publiée par le CCFD-Terre Solidaire à la veille du sommet Afrique-France de Nairobi (11-12 mai).
Des chiffres qui contredisent les discours
– La part de l’aide publique au développement bilatérale française vers l’Afrique subsaharienne est passée de 43 % à 17 % en quelques années,
– La dette africaine atteint 1 860 milliards d’euros, avec des pays qui remboursent aujourd’hui davantage qu’ils ne reçoivent en aide,
– Le continent perd chaque année 89 milliards de dollars à cause de l’évasion fiscale.
Malgré ces constats et en dépit des nombreuses promesses et engagement du président Emmanuel Macron ces dix dernières années pour réformer en profondeur la gouvernance économique mondiale, la France n’a pas soutenu des mesures structurantes comme des annulations massives de dettes ou des réformes fiscales plus ambitieuses dans un cadre onusien.
Un véritable changement en matière de diplomatie et de coopération avec le continent africain est pourtant urgent. Il s’agit de normaliser les relations et de sortir d’un prétendu exceptionnalisme français. Cela implique également un changement de paradigme avec comme boussole une exigence de justice, justice économique notamment.
« Pendant dix ans, la France a multiplié les discours ambitieux sur l’Afrique, mais sur la justice économique, le compte n’y est pas. On ne peut pas parler de partenariat d’égal à égal tout en maintenant des règles économiques profondément inéquitables et en refusant les réformes demandées par les pays africains », déclare Robin Guittard, directeur adjoint du plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire.
Un décalage persistant entre discours et actes
Depuis 2017, Emmanuel Macron s’est positionné comme un acteur clé de la réforme de la finance mondiale. Mais dans les faits, la France a privilégié des cadres restreints (OCDE, Club de Paris, G7, G20), où elle conserve une influence forte, au détriment d’instances plus inclusives comme les Nations unies. La France continue de défendre un système international peu inclusif et défavorable aux pays africains.
Changer de cap
Alors que les relations entre la France et plusieurs pays africains se dégradent, ce décalage entre ambitions affichées et positions réelles alimente une perte de crédibilité. Pour le CCFD-Terre Solidaire, la politique française durant les dix années d’Emmanuel Macron a consisté à multiplier les initiatives sans changer les règles fondamentales et conserver une influence dominante dans les instances internationales. Résultat : des réformes techniques, mais aucune transformation structurelle.
Le CCFD-Terre Solidaire appelle la France à :
– soutenir des annulations de dettes pour les pays en difficulté ;
– appuyer les réformes fiscales portées par les pays africains à l’ONU ;
– réinvestir dans une aide publique au développement tournée vers les besoins des populations ;
– refonder sa relation avec l’Afrique sur une base plus équitable.
« Le temps des discours est terminé : soit la France accompagne les transformations portées par les pays africains, soit elle restera du côté du statu quo » conclut Robin Guittard.