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Crues : « On a détruit tout ce qui permettait d’absorber la pluie »

Extraits de l'entretien de Lorène Lavocat avec l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges, publié dans Reporterre le 19.02.2026

Après le passage de la tempête Nils, toute la moitié ouest de la France était encore en vigilance pluies et inondations le 18 février. Si ces crues sont des aléas naturels, « certaines pratiques et activités humaines aggravent fortement la situation », explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges.

Dans son livre Eaux vives, paru le 4 février (éd. Actes Sud), elle résume : « En accélérant les flux d’eau en surface, en surexploitant l’eau douce et en l’évacuant rapidement vers la mer, nous nous rendons vulnérables aux sécheresses comme aux pluies intensifiées par le changement climatique. »

 

Reporterre — Une grande partie de la France connaît des crues et des inondations exceptionnelles. Comment expliquez-vous ces phénomènes ?

Charlène Descollonges — Nous assistons à un phénomène de crues généralisées, qui touchent plusieurs bassins versants, essentiellement sur la partie ouest de la France. Les inondations sont dues à un aléa naturel — des cumuls de précipitation importants sur un temps très court — intensifié par le changement climatique, et à des vulnérabilités — des constructions en zone inondable, par exemple.

Mais entre les deux, il existe tout un tas de facteurs aggravants : des sols agricoles drainés, des villes imperméables, des haies arrachées, des rivières rectifiées, transformées en autoroute à eau. En gros, tout ce qui permettait de ralentir et d’infiltrer l’eau a été détruit ou dégradé. Sur la carte de Vigicrues, les tronçons en rouge sont en aval des bassins versants, ce qui veut bien dire que l’eau qui tombe en amont n’est pas retenue, tout se concentre dans les cuvettes, dans les exutoires, et déborde.

(...)

À quelques semaines des élections municipales, que peuvent les communes pour régénérer les cycles de l’eau ?

Elles peuvent beaucoup ! Il existe déjà une dynamique forte en faveur des villes éponges. Cela consiste à désartificialiser, à désimperméabiliser là où on peut — dans les parkings, les cours d’école —, à créer des jardins de pluie, des noues [sortes de fossés végétalisés], des toitures végétalisées… Tout ce qui permet d’infiltrer l’eau à la parcelle plutôt que de l’envoyer vers les égouts. À la campagne aussi, les bourgs ruraux peuvent le faire.

 

Quelles sont les marges de manœuvre des citoyens face aux inondations et aux sécheresses ?

Quand on a la chance d’avoir un jardin, on peut faire plein de choses : planter des arbres, faire une mare, récupérer l’eau de pluie... Je recommande à ce propos le livre de Samuel Bonvoisin [Cultiver l’eau douce, éd. Ulmer]. Et dans tous les cas, en ville ou à la campagne, on peut s’engager, car les citoyens ont un énorme pouvoir pour impulser des projets sur leur territoire.

Encore une fois, l’hydrologie régénérative n’est pas une baguette magique ni une liste de techniques à dérouler. C’est une approche globale, à l’échelle d’un bassin versant. Si on se limite à quelques jardins ou parcelles agricoles, cela ne restaurera pas les cycles de l’eau. On a besoin de dynamiques collectives pour pousser ce changement, rendre la terre à l’eau.

Mon espoir, c’est que cela peut aller très vite. Autour de Valence, où nous travaillons avec l’association Pour une hydrologie régénérative (Puhr), un seul élu a finalement réussi à embarquer une dizaine d’agriculteurs, avec le soutien de la chambre d’agriculture. Le projet se fait désormais à l’échelle du bassin… C’est très encourageant !

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