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« Les herbicides sont une arme » : Israël bombarde le Liban et la Syrie avec du glyphosate

Article de Philippe Pernot publié par Reporterre le 10.02.2026

L’armée israélienne a procédé à des épandages d’herbicide début février sur ses frontières avec le Liban et la Syrie. Ces tactiques suscitent l’indignation et interrogent : jusqu’où ira Tsahal dans son « écocide » ?

Cinquante ans après la guerre du Vietnam, l’agent orange a trouvé un successeur : le glyphosate. L’armée israélienne a répandu ce puissant herbicide, interdit dans plusieurs pays pour ses effets cancérigènes, le long de ses frontières avec le Liban et la Syrie dimanche 1er février. Les casques bleus de l’ONU au Liban-Sud ont dû se mettre à couvert pendant neuf heures après avoir reçu un avertissement d’Israël : des avions israéliens ont répandu des « substances toxiques » sur des terrains boisés, oliveraies et vergers libanais pendant une journée entière.

Dès les premières heures, le Liban — régulièrement en proie aux bombardements israéliens malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2024 — a été pris d’effroi. Le président Aoun a dénoncé cette pulvérisation comme étant « une violation flagrante de la souveraineté libanaise et un crime contre l’environnement et la santé ». L’ONU dénonçait elle aussi cet épandage, en attendant les résultats de laboratoire. L’armée israélienne, contactée par Reporterre, n’a pas donné suite. Après des tests, la substance suspecte a été clairement identifiée.

« Il s’agit à 100 % de glyphosate, qui dépasse de 30 à 50 fois les doses habituelles utilisées dans l’agriculture », dénonce le ministre libanais de l’Agriculture, Nizar Hani, dans un appel avec Reporterre. Cet herbicide chimique aurait affecté une zone de 18 km de long et 300 m de large, soit au moins 540 hectares, autour de Aïta al-Chaab et Marwahin, villages frontaliers que Reporterre a visités à plusieurs reprises.

Tactiques nouvelles au Liban et en Syrie

« Cette attaque peut créer des dommages importants, surtout à des concentrations aussi élevées : nos oliviers, vergers, et chênes peuvent s’assécher et mourir en quarante-huit heures », s’indigne le ministre. Plus tard, il nous transmet des vidéos d’agriculteurs filmant leurs oliviers et champs jaunis. « Il est difficile pour nous d’accéder à ces zones, elles sont restreintes militairement, et seuls quelques habitants y restent : c’est l’armée libanaise et l’Unifil (Force intérimaire des Nations unies au Liban) qui ont collecté les échantillons », explique-t-il.

Pour le ministre, la tactique israélienne est claire. « Israël utilise maintenant le glyphosate, comme le phosphore blanc et les démolitions, pour détruire le couvert qu’offrent les arbres aux combattants du Hezbollah », commente-t-il. Une étape de plus dans cet « écocide » que dénonce la société civile libanaise au Liban-Sud, après trente mois de guerre.

Fin janvier, puis début février, ce sont les zones agricoles de Qouneitra, dans le sud de la Syrie, qui ont vu des avions israéliens épandre des « substances toxiques » à trois reprises au moins. Tsahal occupe illégalement non seulement le Golan, mais aussi des zones frontalières depuis la chute du régime Assad en décembre 2023 et y augmente sans cesse son rayon d’action, harcelant les agriculteurs. Vol de bétail, tirs, démolitions de fermes, champs rasés : l’épandage de glyphosate n’y représente qu’une étape de plus dans l’intimidation.

« Il s’agit d’une première étape dans un long processus de destruction environnementale »

Cet usage d’herbicides « correspond à une militarisation accrue des frontières et à des efforts visant à consolider le contrôle territorial », explique Lucia Rebolino, de Forensic Architecture, à Reporterre. En 2019, l’institution avait publié une étude dénonçant la « guerre herbicidaire » d’Israël à Gaza, désherbant les zones tampons autour de l’enclave — et préparant le terrain pour la situation actuelle.

« Il s’agit d’une première étape dans un long processus de destruction environnementale, à une échelle systématique. L’intention écocidaire est intrinsèque à cette pratique », ajoute la chercheuse. Mais l’utilisation du glyphosate, substance classée comme cancérigène par l’OMS, n’interroge pas seulement en temps de guerre. « Les débats publics [en Europe] devraient traiter les herbicides puissants comme des substances à double usage, comme une “arme”, pour renforcer les débats actuels sur la réglementation et les risques », conclut Rebolino. Un rappel utile en plein débat autour de la loi Duplomb et du Mercosur ?

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L’armée israélienne a répandu du glyphosate, herbicide interdit dans plusieurs pays pour ses effets cancérigènes, le long de ses frontières avec le Liban et la Syrie dimanche 1er février.

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