Communiqué du Museum National d'Histoire Naturelle, publié le 14.01.2026
Une nouvelle étude menée par plusieurs scientifiques du Muséum met en lumière l’impact généralisé de la contamination de la biodiversité par les pesticides, se concentrant particulièrement sur les oiseaux vivant proche des terres cultivées en France. L’exposition à un large éventail de substances actives est largement associée à un plus faible nombre d’oiseaux chez la majorité des espèces communes, même lorsque d’autres composantes de l’intensification agricole sont prises en compte.
Un manque de données et une biodiversité fragilisée
Les pesticides, utilisés largement dans les cultures, provoquent un nombre croissant d’inquiétudes quant à leurs effets sur le reste du vivant. Faute de données précises sur leur utilisation, il reste très difficile de comprendre l’étendue de l’impact des pesticides sur la biodiversité. Les études de terrain, bien que plus proches de la réalité, restent limitées : elles manquent souvent de données détaillées sur l’utilisation de ces produits, portent sur un nombre restreint d’espèces ou se focalisent sur une poignée de molécules médiatisées, alors que de multiples substances contaminent l’environnement.
Face à ces défis, la France présente un terrain d’étude unique : depuis la Loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006, la déclaration obligatoire des ventes de pesticides offre un jeu de données inédit pour relier pratiques agricoles et biodiversité.
Trois défis scientifiques
Les scientifiques soulignent un triple défi qui limite encore la capacité à mesurer précisément les effets des pesticides sur les populations sauvages. Premièrement, l’accès à des données fiables sur l’utilisation ou la contamination reste difficile, et les données mises à dispositions sont encore à une résolution assez grossière. En effet, celles-ci sont à l'échelle du code postal plutôt qu'à la parcelle, tandis que les comptages d’oiseaux ont, eux, une résolution très fine (de l’ordre de 200 mètres). De plus, rares sont les travaux qui intègrent simultanément la quantité, la toxicité et la dégradabilité des substances dans un même indicateur.
Deuxièmement, il est essentiel, mais difficile, de distinguer l’effet propre des pesticides des autres facteurs liés à l’intensification agricole. Comme ces pressions évoluent conjointement (mécanisation accrue, agrandissement des exploitations et diminution des prairies permanentes, réduction des couverts semi-naturels, usage d’engrais…), elles sont souvent confondues dans les analyses, empêchant d’attribuer clairement les impacts observés à leur cause directe.
Troisièmement, l’obtention de données couvrant un grand nombre d’espèces et de paysages représente un défi logistique, financier et humain majeur. C’est ici que les programmes de science citoyenne offrent une ressource précieuse pour étudier des relations à large échelle entre contamination et biodiversité. Ce travail s’appuie sur les données du Suivi Temporel des Oiseaux Communs, un programme lancé en 1989, co-porté par le Muséum, l’OFB, et la LPO, qui rassemble les observations annuelles de plus d'un millier d'ornithologues bénévoles.
Relier les substances à leurs effets sur des espèces communes
Grâce à la mise à disposition récente par l’ANSES des données sur les achats de pesticides via la Banque nationale des Ventes de produits phytopharmaceutiques par les Distributeurs agréés (BNV-D), l’équipe a donc croisé les achats locaux de 242 substances actives avec l’abondance de 64 espèces d’oiseaux communs présentes dans les terres agricoles cultivées. Les scientifiques ont donc d’abord vérifié que les achats de pesticides reflétaient bien la contamination environnementale, en les comparant à des mesures indépendantes de résidus dans les eaux de surface.
Les résultats montrent que les achats de plus grandes quantités de pesticides étaient liés pour 84,4 % des espèces d’oiseaux étudiées à des plus faibles effectifs de celles-ci, même après prise en compte d’autres composantes de l’intensification agricole. L’impact négatif apparaît généralisé, touchant non seulement les espèces spécialistes des milieux agricoles, mais aussi les espèces communes qui vivent et se nourrissent dans les terres cultivées. Il faut dorénavant considérer l’existence probable d’effets en cascade au sein et au-delà des paysages agricoles.

Alouette des champs