Ces six dernières années, dans treize écoles, des militants ATD Quart Monde, l’équipe de coordination du mouvement, des chercheurs et le personnel enseignant ont travaillé, réfléchi et expérimenté pour lutter contre les discriminations sociales à l’école.
En France l’école ne réussit pas à corriger les inégalités dues aux origines sociales. Chaque année des milliers d’enfants mal orientés dans des filières inadaptés (ULIS, SEGPA) sont laissés sur le bord du chemin. Cette exclusion s’installe dès les premières années de scolarité. Suite à ce constat fait au CESE dans l’avis rapporté par Marie Aleth Grard, sur « une école pour la réussite de tous » en 2015, ATD Quart Monde a mené, pendant six ans, la recherche participative CIPES (Choisir l’Inclusion pour Éviter la Ségrégation).
Chercheurs, militants Quart Monde et l’équipe de coordination d’ATD Quart Monde ont travaillé ensemble dans treize écoles volontaires à partir d’observations de classes, d’analyses, de mise en réflexion, afin de produire des préconisations.
L’originalité de cette recherche, c’est d’avoir dès le départ associé des personnes en situation de grande pauvreté. Comme le dit Franck, militant Quart Monde « Rentrer dans une école quand tu as été traumatisé, c’est très difficile. Le jour où ils arrivent à entrer dans l’école, c’est un grand pas ».
Il fallait oser franchir le seuil de l’école en laissant de côté les mauvais souvenirs, la colère parfois face à cette institution.
De la difficulté scolaire à l’exclusion
Les séances d’observation dans les classes ont montré la finesse de regards des militants, influencés par leur vécu en tant qu’élèves.
Ensemble ils ont repéré des exclusions de deux ordres : la mise à l’écart d’un enfant par d’autres – adultes ou enfants – mais aussi la mise en retrait par l’enfant lui-même, son invisibilisation. Lors des interviews, certains enfants ont exprimé le poids des difficultés, « le fardeau à se dire dans ma tête que je ne dois pas rater ».
De la coéducation
La relation école-famille est apparue fondamentale, aussi bien du côté des militants Quart Monde devenus co-chercheurs, que des équipes enseignantes. Construire une relation à parité d’estime est indispensable : on sait que les conditions de savoirs, de travail, de vie sont différentes, mais il faut estimer les compétences mutuelles, pour apprendre à coopérer.
CIPES a ainsi permis de changer le regard des parents sur l’institution et réciproquement, au service du bien-grandir des enfants. « Si on a peur les uns des autres ça n’avancera jamais » a pointé un militant.
Le rapport final recommande de reconnaître les capacités des parents, sur des pratiques de coéducation pour provoquer un « choc de fraternité » et changer enfin le regard sur la pauvreté.
