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Bure, cimetière du progrès

Extraits de l’article de Nicolas Sersiron pour le CADTM

Dans une région désertifiée par les grandes cultures céréalières et par l’implantation progressive d’une vingtaine de structures liées au nucléaire dans un rayon de 50 km, Bure est un petit village (82 habitants) perdu au milieu d’une immensité légèrement vallonnée et nue.

Quasiment rien pour rompre la monotonie de ses immenses monocultures. A 2-3 km les constructions de Cigéo, des champignons cubiques poussés au milieu de nulle part, le lieu de la future descenderie. Des tunnels de 10 mètres de diamètre menant à 500 de profondeur aux 300 km de galeries de stockage qu’il faudra percer et en extraire les marnes avec des dizaines de milliers de camions. A l’opposé, parmi les rares tâches vertes, le Bois Lejuc de Mandres, longtemps occupé par les résistants à l’implantation de Cigéo, repris après une très violente répression. Depuis, la soldatesque et les camions de la gendarmerie le défendent jour et nuit. Des cheminées (11 m de diamètre, 500 m de profondeur) doivent y être implantées pour l’évacuation de l’air pollué, (radio éléments, hydrogène, chaleur) provenant du stockage des déchets.

A côté du monument aux morts de Bure, sous les lampadaires au design aussi futuriste qu’improbable dans ce village de vieilles pierres, se trouve « la maison de la résistance ». Une ancienne ferme habitée par ceux et celles qui n’acceptent pas que l’on cache les déchets nucléaires à vie longue (1 000 à 100 000 ans) « sous le tapis ». Creuser dans les marnes et autres argiles pour y stocker les déchets les plus dangereux, c’est prendre le risque de ne plus pouvoir les retirer après quelques dizaines, voire une centaine d’années, à cause des mouvements de terrains ou d’un accident grave. Alors que l’on sait très bien qu’il y a de forts risques de fuites d’hydrogène, d’incendies, de mouvements de terrains avec des conséquences totalement ingérables, telles des fuites sans fin de radio éléments, s’il devient nécessaire mais impossible de reprendre les fûts de déchets.

(...)

La majorité de ceux qui connaissent la question des déchets issus de l’industrie du nucléaire savent que le stockage profond n’est pas un moyen durable. Des incendies ingérables aux États-Unis et des éboulements en Allemagne en ont montré les limites. Pour le stockage des déchets à vie longue, même si les scientifiques disent le contraire, les solutions devront être assumer par les générations futures. Elles devront en financer la gestion si elles le peuvent encore. Avec quelle énergie et quels savoirs quand dans un avenir proche cette énergie aura disparu, comme l’indique sa diminution continue dans le mixe énergétique mondial ? Reconnaître ces pertes à venir sans profit pour les générations de demain est tellement difficile à faire « avaler » à la population française d’aujourd’hui que la technique de l’enfouissement profond, un véritable escamotage, est la seule que le lobby des nucléocrates puisse défendre. Elle leur permet de continuer à faire fonctionner la filière nucléaire avec tous ses profits annexes. Ce qui revient à produire encore plus de déchets toujours plus ingérables. Mais pour cela opacité, communication mensongère et achats des élus et populations locales du département de la Haute Marne – ainsi que ceux de la France entière - sont indispensables. Trottoirs magnifiques sans piétons, lampadaires ultra design, bitume parfait sur les routes, mairie toute neuve..

(...)

Depuis le début de l’utilisation de l’énergie nucléaire, il y a 50 ans, la question des déchets est une question non résolue. Le chœur des lobbyistes a toujours répondu : la technique trouvera la solution. Admettre que l’enfouissement profond n’est pas une solution, serait reconnaître que non, la science et le progrès ont été incapables de résoudre la gravissime question des déchets et donc que le nucléaire doit être abandonné. Mais il en va de même pour les déchets de la combustion des énergies fossiles. Le CO2 réchauffe le climat avec une vitesse incroyable, et non, la science ne sait pas l’éliminer. Le reconnaître serait admettre qu’il faut cesser d’utiliser les énergies fossiles sans attendre. L’ensemble du monde moderne bâti sur la sacralisation du progrès et de la technique, la « Civilisation », serait alors fortement remis en cause.

Quand l’accident de Tchernobyl s’est produit, nos amis de l’atome ont dit, c’est grave, mais les Russes ne sont pas des gens sérieux, ce serait impossible chez nous. Le professeur Pellerin a fait croire que le nuage radioactif s’était arrêté à nos frontières. Les nombreux cancers de la thyroïde en France, un hasard malencontreux !! Quand celui de Fukushima s’est produit, dans un pays aussi techniquement perfectionné que le Japon, on a menti pour minimiser l’énorme impact sur les populations et la nature et on continue à le faire. Quand un gravissime accident se produira en France, que diront-ils ? La faute à pas de chance !

Avec des réacteurs vieillissants, utilisés au-delà des trente années pour lesquels ils ont été construits, des employés à 80 % en sous-traitance perdant les savoir-faire, les problèmes financiers d’EDF et la multiplication des « incidents nucléaires », la probabilité d’un gros accident augmente chaque jour. Espérons que, au-delà d’une catastrophe probable et dramatique pour nous tous et la nature, ce sera enfin la fin du nucléaire mondial. Et qu’enfin la population comprendra et cessera de révérer la technique, en général, comme on croit en Dieu. S’il n’est pas trop tard !

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Commentaires

  • L'homme a toujours cherché à aller au delà de ses limites; il veut toujours dépasser ou contourner les dangers pour aller plus loin; il invente des outils lui permettant d'atteindre des objectifs inaccessibles, par exemple des fusées pour explorer l'espace; il n'hésite pas à prendre des risques pour sa propre vie. Il est ainsi fait et il faut reconnaître les exploits historiques réalisés.

    Aujourd'hui, il semble qu'il veut utiliser des moyens techniques d'une extrême dangerosité pour des peuples entiers.

    Et cela est inacceptable.

    Daniel

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