Article publié dans Reporterre le 23.03.2026
C’est un coup dur pour les opposants au projet d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo. Lundi 23 mars, la juge d’expropriation a autorisé l’expulsion « sans délai » de la gare de Luméville-en-Ornois (Meuse), lieu historique de la lutte contre la poubelle nucléaire. Cette décision fait suite à l’audience du mercredi 11 février dédiée à cette expulsion. Un huissier devrait passer dans les prochains jours pour notifier cette décision. « Le recours à la force publique est également autorisé en cas de refus de quitter les lieux », ont rapporté les opposants.
L’ancienne gare de la ligne Jessains-Sorcy, démantelée dans les années 1970-1980, est convoitée par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) car elle se situe sur le tracé de la future installation terminale embranchée (ITE), la voie ferrée censée acheminer les convois de déchets radioactifs jusqu’au stockage. Conscients de cet emplacement stratégique, des opposants au projet l’avaient achetée en 2007.
Le site de 8 hectares, composé de deux bâtiments principaux, d’un quai et de cabanes, a depuis accueilli de grands moments de la lutte antinucléaire en Meuse : les Hippie Pest en 2010, le camp VMC en 2015, les Rayonnantes en 2021, etc.
« La situation de la gare nous concerne toutes et tous. C’est un terrain qui a vu passer beaucoup d’événements symboliques dans la lutte contre Cigéo. Tout le monde a son petit bout d’histoire avec », avait résumé Juliette Geoffroy, porte-parole du Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra), le jour de l’audience.
Coup d’accélérateur au projet
Cette décision s’inscrit dans un contexte où le gouvernement entend mettre un coup d’accélérateur au projet. L’enquête publique, initialement prévue à l’automne, se déroulera de mi-mai à fin juin, a annoncé Régine Pam, préfète de Haute-Marne, lors d’une assemblée générale à Saint-Dizier, le 13 mars.
En décembre 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a jugé globalement « satisfaisante » l’évaluation de sûreté de Cigéo. En revanche, la Commission nationale du débat public a réclamé le 4 mars à l’ASNR d’étudier un entreposage de subsurface de longue durée pour les déchets de haute activité durant la phase pilote du projet.
« Nous appelons touste celleux qui le souhaiteraient à venir dès maintenant pour soutenir l’occupation de la gare et sa défense », ont réagi les opposants.

L'ancienne gare de Luméville-Chassey pendant le camp festif et féministe des « Rayonnantes » - Wikimedia Commons / CC-BY-SA 1.0 / Les rayonnantes