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Municipales : pourquoi le vote de dimanche est crucial pour l’écologie

Article d'Erwan Manac’h, publié dans Reporterre le 14.03.2026

Avec leurs pouvoirs d’urbanisme et leur proximité, les maires sont incontournables pour la transformation écologique. Les élections municipales des 15 et 22 mars auront des répercussions nationales sur les politiques environnementales.

Que peut un ou une maire, de ses petits bras musclés, face au péril climatique et à l’effondrement de la biodiversité ? Lâchés par l’État, houspillés à chaque sortie par leurs concitoyens, perclus d’injonctions administratives contradictoires, les édiles sont souvent perçus comme impuissants. Sur les questions environnementales, leur pouvoir est en réalité considérable, et même incontournable.

Ils ont la main sur tout ce qui a trait à l’urbanisme, dont dépendent de nombreux enjeux environnementaux. « Les collectivités portent deux tiers de l’investissement public hors dépenses militaires, ce sont vraiment elles qui entretiennent et renouvellent le territoire », souligne Aurore Colin, chercheuse spécialiste des collectivités locales pour l’Institut de l’économie pour le climat.

Les communes ou les intercommunalités gèrent aussi en grande partie les transports — un tiers des émissions de gaz à effet de serre de la France —, la distribution de l’eau, les cantines scolaires et le chauffage urbain. 15 % de l’empreinte carbone du pays vient du secteur résidentiel.

Capital confiance

Non seulement les maires ont du pouvoir, mais ils bénéficient également du plus important capital sympathie auprès des Français : 60 % des sondés déclarent avoir confiance dans leur maire, contre 18 % dans le président de la République et 20 % dans l’Assemblée nationale, selon le baromètre Cevipof. « Les maires sont toujours à distance de baffe, c’est cette proximité qui fait qu’on a confiance. C’est un ingrédient indispensable pour engager dans des projets de transformation écologique », dit Antoine Maudinet, du réseau d’agents publics Le Lierre.

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Le mandat qui s’achève a confirmé le rôle central des maires sur les enjeux écologiques. Le bloc communal est celui où persiste encore une réelle dynamique de transition, alors que la planification écologique s’enlise à l’échelle nationale. C’est un ancien personnage clé de la macronie qui le dit : Antoine Pellion, symbole malgré lui du backlash écologique — ce retour de bâton observé depuis deux ans jusqu’au plus haut de l’État. Il a été secrétaire général à la planification écologique de 2022, année de création de l’instance, à 2025. Avant de la quitter sur un constat d’impuissance.

« La maille locale est aujourd’hui la seule à pouvoir planifier une politique sur plusieurs années, avec une continuité d’action, dit Antoine Pellion à Reporterre. Cela signifie que les élections municipales sont ultra-importantes pour la transition écologique et que la décentralisation est un sujet clé, si on veut donner de la visibilité et de la stabilité. »

« Quand leur maison est en zone rouge, ça les rend plutôt attentifs »

Comment expliquer que les maires semblent agir davantage pour l’écologie qu’à l’échelle nationale ? L’accès au pouvoir des écologistes dans de nombreuses grandes villes — Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Colombes, Poitiers, Tours, Besançon, Annecy — n’y est pas pour rien. Ces majorités ont essayé de se distinguer avec des mesures qui se voient : végétalisation, aménagement cyclables, etc.

Mais au-delà de ces grandes villes, les communes sont aussi obligées d’agir parce que les conséquences du réchauffement climatique sont désormais très concrètes, partout sur leur territoire. Hausse du niveau de la mer qui grignote du terrain et menace des habitations, les fissures dans les maisons qui reposent sur des sols argileux vulnérables à la sécheresse, les inondations et glissements de terrain… Ce sont les maires qui signent les plans de prévention des risques et sont en première ligne pour répondre aux urgences de leurs concitoyens.

« Quand on montre des cartes aux élus sur le risque d’inondation et que leur maison est en zone rouge, ça les rend plutôt attentifs », raconte Sébastien Maire, délégué général de l’association France villes et territoires durables, qui aide les élus à accélérer la transition écologique.

Pas de « backlash écologique » au niveau local

C’est l’autre leçon du mandat qui s’achève. L’écologie, vue des villes et des villages, est un combat consensuel. C’est ce que souligne une étude du Shift project auprès de 3 000 élus locaux : 7 élus sur 10, tous partis confondus, citent la préservation de l’environnement parmi les 3 priorités du prochain mandat. Ils ne sont que 7 % à craindre l’impopularité des mesures écologiques.

Au point qu’à l’échelle locale, le backlash anti-écologique ne se fait pas sentir. « On a des élus qui tiennent des propos anti-écologistes à l’échelle nationale, mais soutiennent des projets écologiques dans leur commune », témoigne Aurore Colin.

C’est vrai en particulier concernant les aménagements dédiés au vélo, dont la pratique a explosé durant le dernier mandat — +40 % depuis 2019. « Qui serait contre une réduction du bruit en ville, une meilleure qualité de l’air ou la possibilité pour des enfants d’aller à l’école à vélo ? Personne. Ce sont des politiques absolument désirables parce qu’elles améliorent le cadre de vie », dit Camille Thomé, codirectrice du réseau Vélo et marche.

Autre exemple : les éoliennes et les panneaux solaires. « À l’échelle nationale, on a l’impression que tout le monde est contre, mais localement, il n’y a pas de problème. On compte 200 « territoires à énergie positive » qui ont élaboré leur propre scénario de transition énergétique. Et une récente étude sur 12 000 Françaises et Français montre que 84 % des sondés ont une opinion favorable sur les énergies renouvelables ; cela grimpe à 94 % quand il y a des installations à proximité, souligne Marc Jedliczka, porte-parole de l’association négaWatt. Cela vient du fait que depuis 2015, les communes et les citoyens peuvent investir dans la production d’énergies renouvelables, ce qui leur rapporte des sommes pas du tout négligeables. »

Sortir d’une logique libérale de concurrence des territoires

Ces points de consensus sont de bon augure, mais ils ne doivent pas cacher l’urgence d’une bifurcation plus profonde et plus globale. Il faudra aller plus loin que des mesures d’adaptation et de « verdissement », estime Sébastien Maire, partisan d’un virage à 180° dans notre manière de penser les enjeux d’aménagement du territoire.

« Le plus grand facteur de non-transition écologique aujourd’hui, c’est la logique de compétition libérale qui impose de développer le territoire comme une entreprise en concurrence avec ses voisins, dit-il. Cette vision n’est plus viable, parce que la main invisible du marché est aussi aveugle aux limites physiques. »

Les villes peinent également à imprimer une rupture vis-à-vis du modèle agricole dominant, secteur qui représente 21 % des émissions de CO₂ et une large part de la menace sur la biodiversité et la santé humaine. « Au regard des limites planétaires, c’est-à-dire de l’habitabilité de la Terre, la première cause de désordre écologique, c’est l’agriculture conventionnelle. De ce point de vue, l’urgence n’est pas de faire de l’écologie en ville, mais de faire de l’écologie à la campagne », dit Sébastien Maire.

C’est aussi dans ces petites communes que la dépendance à la voiture est la plus forte, que le « gisement d’énergies renouvelables » est le plus prometteur, que les pollutions des sols et de l’eau sont les plus criantes… Mais que les mairies ont le moins de moyens financiers et humains.

« Le backlash ne sera pas forcément écologique, mais budgétaire »

Ce paradoxe souligne l’attitude ambivalente de l’État vis-a-vis des collectivités locales. Il leur demande de plus en plus d’efforts tout en réduisant leurs moyens financiers. Depuis 2021, les villes doivent présenter un « budget vert » classifiant leurs dépenses selon leur effet sur l’environnement. Des COP régionales et nombreux exercices de planification s’imposent désormais aux communes et communautés de communes [1]. Des exercices parfois très technocratiques, à l’efficacité limitée, faute de moyens financiers associés.

Dernier exemple en date, les plans locaux climat-air-énergie, que les communes et intercommunalités ont obligation de ficeler depuis presque dix ans, viennent de perdre leur enveloppe budgétaire en 2026 avec la suppression par le gouvernement du Fonds territorial climat.

Si le Sénat a limité la baisse des dotations pour les communes, la facture de la rigueur budgétaire sera salée pour les intercommunalités en 2026. « Certains élus locaux, en prenant leur fonction au lendemain des élections risquent d’avoir une mauvaise surprise, souligne Aurore Colin. Le backlash ne sera pas forcément écologique, mais budgétaire. »

Sur ces enjeux financiers nationaux, également, le scrutin de dimanche revêt un enjeu crucial. Car des élections sénatoriales doivent se tenir en septembre 2026, pour renouveler la moitié des élus pour six ans. Or, les représentants de la chambre des territoires, qui a pris un rôle nouveau depuis que l’Assemblée nationale n’a plus de majorité, sont élus par des grands électeurs composés à 95 % d’élus municipaux. Dimanche, indirectement, ce sont aussi les Sénatoriales qui sont en jeu.

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