Extraits de l'article de Philippe Leymarie paru dans le Monde Diplomatique le 18.04.2026
« L’Amérique ne peut rien faire pour vous, et il n’y a rien, non plus, que vous puissiez faire pour le peuple américain » : le vice-président J.D. Vance avait conclu ainsi une charge d’une agressivité inusitée contre les Européens, dans un discours à la Conférence annuelle de Munich sur la sécurité en février 2025, livré quelques jours après les débuts d’une seconde présidence Trump, qui devait donner le ton aux relations euro-américaines pour les temps actuels, et sans doute à venir...
Un an plus tard, les déconvenues américaines autour de la circulation dans le détroit d’Ormuz, à l’entrée du Golfe arabo-persique, conséquence de la guerre lancée contre l’Iran, ainsi que le refus des principales nations européennes de prêter leur concours à l’US Navy pour en reprendre le contrôle, n’ont pas incité Washington à plus de complaisance.
Décidé à faire payer les Européens pour leur manque de soutien, Donald Trump, au fil de ses innombrables numéros de « showman », a successivement :
• traité ses alliés de « lâches »,
• clamé que les États-Unis « s’en souviendront »,
• qualifié une fois de plus l’OTAN de « tigre de papier » (ce qu’il proclamait déjà il y a vingt cinq ans, lorsqu’il était simple promoteur immobilier),
• et promis qu’il pourrait décider finalement de quitter un jour cette alliance transatlantique si peu fidèle aux sollicitations de son parrain,
• et au minimum ne pas appliquer son article 5, le mécanisme de protection solidaire au cas où un membre serait agressé (dont les États-Unis avaient profité après l’attentat de septembre 2001 contre les tours de New-York).
(...)
Système rentable
L’OTAN en tant qu’institution sera donc restée à l’écart de cette guerre à retentissement mondial même si elle reste militairement circonscrite au Golfe arabo-persique, ou par extension à la mer Rouge. Sa vocation atlantique et surtout européenne ne la destine pas, de toute façon, à déborder sur la planète entière, en dépit du précédent de son intervention en Afghanistan, entre 2003 et 2014.
Il est peu probable que les États-Unis la quittent, quelles que soient les menaces du président Trump : il y faudrait d’ailleurs un aval du congrès US ; et ce serait mettre en danger le vaste réseau de bases militaires et autres infrastructures en Europe qui lui permettent de projeter la puissance américaine dans d’autres régions — comme c’est actuellement le cas en Iran et dans le Golfe.
Ce serait aussi compromettre le très rentable système de normalisation mis en œuvre par Washington, au travers de la recherche d’inter-opérabilité des équipements des armées des pays-membres — l’alpha et l’oméga de l’organisation militaire de l’alliance — qui profite largement à l‘industrie américaine de l’armement (3). C’est ainsi que le chasseur F 35 est devenu progressivement « l’avion de l’OTAN ».
Europe démunie
En revanche, la question du « partage du fardeau » (« burden sharing ») entre Europe et États-Unis, qui est pratiquement consubstantielle à la création de l’OTAN, pourrait évoluer en faveur — ou au détriment, comme on veut — d’une européanisation de l’Alliance, grâce notamment au changement de pied du Royaume-Uni, qui avait été historiquement le principal frein à une réelle autonomie stratégique européenne.
Ou plutôt se transformer en une coalition de défense continentale (avec également le Canada) s’appuyant sur les structures de l’OTAN : « On ne va pas construire, à coup de milliards, quelque chose qui existe déjà », estimait le 30 mars dernier, sur LCI, l’ancien ambassadeur Gérard Araud qui affirmait « avoir passé son temps à défendre la défense européenne », tout en sachant très bien que « jamais il n’y aura d’armée européenne », et que « Trump ne fera pas la guerre pour l’Estonie ». Pas plus, on le sait bien, que pour l’Ukraine, ce qui laisse l’Europe bien démunie. Pour tout cela, rendez-vous les 7 et 8 juillet pour un sommet de l’organisation à Ankara, en Turquie, qui s’annonce animé...