Extraits de l'article de Vincent Lucchese publié dans Reporterre le 17.04.2026
Baisse des subventions, conditions de travail dégradées... La recherche publique souffre et craint pour sa survie. Dans les laboratoires d’écologie, les chercheurs pointent une « perte de sens au travail ».
Le CNRS, plus grand organisme de recherche français et européen, est au bord du gouffre. Cela fait des années que les scientifiques de cette institution souffrent du manque de moyens et de conditions de travail dégradées, à l’instar de l’ensemble de la recherche publique. Mais la nouvelle coupe budgétaire imposée par le gouvernement ressemble à la goutte de trop. Une « rupture » dénoncée par la moitié des responsables de laboratoires et d’unités de l’institution.
Sur demande du Premier ministre, le Conseil d’administration du CNRS a dû voter, le 13 mars, une économie de 20 millions d’euros sur son budget 2026. Ces efforts touchent directement les dotations aux laboratoires, amputées de 13,5 millions d’euros. Fait aussi ubuesque qu’inédit : ces économies concernent des sommes déjà allouées, sur lesquelles comptaient les laboratoires pour l’année en cours.
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Hypocrisies politiques
L’argent ne manque pourtant pas dans l’absolu, pointe le chercheur. Le crédit d’impôt recherche, qui permet aux entreprises de défiscaliser leurs investissements privés en recherche et développement, coûte 8 milliards d’euros par an aux finances publiques. Avec, en outre, des effets positifs de recherche extrêmement limités selon une analyse de 2021 de la Commission nationale d’évaluation des politiques d’innovation.
« Les coupes dans la recherche publique en même temps que l’on injecte des milliards d’euros dans la défense sont désespérantes, s’indigne également Agnès Ducharne, en dénonçant la vision court-termiste du gouvernement. Ils ne comprennent pas que la recherche académique non ciblée, c’est la base de toutes les retombées économiques à terme. Quant aux sujets environnementaux, le gouvernement n’est pas très fan des recherches que l’on mène et ça commence à se voir. »
« Dans les labos d’écologie, il y a une perte de sens au travail »
« Le projet de société qui se met en place, où l’on considère que la recherche publique est une gêne plutôt qu’un atout, qu’elle met des bâtons dans les roues aux projets politiques, est catastrophique », abonde Matthieu Réfrégiers.
« Dans les labos d’écologie, il y a une perte de sens au travail, dit Christine Dillmann. On pleure à chaque annonce, vraiment, à chaque loi Duplomb ou loi d’urgence agricole qui acte des reculs sur la biodiversité. »
Pendant que la recherche publique souffre et craint pour sa survie, Emmanuel Macron continue de manipuler le langage orwellien. « Nous réaffirmons que toute avancée repose sur une science libre, ouverte et indépendante », a-t-il sermonné lors du sommet international One Health organisé à Lyon du 5 au 7 avril.

Les coupes budgétaires étranglent la recherche en écologie. - © Gaspard Njock / Reporterre