Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Total La Mède : prise en compte des impacts climatiques, le tribunal ordonne à Total de revoir sa copie

Le Tribunal administratif de Marseille a prononcé le 1er avril une annulation partielle de l’autorisation de la raffinerie et reconnu l’obligation pour le pétrolier d’évaluer les impacts climatiques induits par son approvisionnement en huile de palme.

Cette décision constitue une « petite révolution » dans le droit des études d’impact puisque c’est la première fois qu’un tribunal consacre l’obligation pour un industriel de prendre en compte les impacts climatiques générés par les activités de production des matières premières.

Plus précisément, dans cette décision le tribunal a jugé que : « Compte tenu de l’impact sur le climat que l’utilisation d’huile de palme dans la production de biocarburants est susceptible de générer, et des quantités substantielles susceptibles d’être utilisées pour le fonctionnement de la bioraffinerie de La Mède, l’étude d’impact du projet devait ainsi comporter une analyse de ses effets directs et indirects sur le climat, notion qui ne saurait être entendue de manière strictement locale dans le seul périmètre immédiat du projet. »

Les six associations requérantes (FNE PACA, FNE 13, France Nature Environnement, Greenpeace France, Les Amis de la Terre France, LPO) se félicitent de cette décision qui fait suite à une longue lutte contre le projet de Total.

Ce jugement respecte le droit de l’Union européenne des études d’impact qui ne limite pas – contrairement à ce que soutient Total pour sa défense – les évaluations à un périmètre géographique national restreint. Il s’inscrit dans le sens de l’histoire d’un droit qui s’adapte au contexte économique mondialisé. Même si le chemin à parcourir reste long, la reconnaissance de l’obligation d’évaluer les impacts climatiques indirects constitue une première étape majeure.

Entre le dépôt du recours, en 2018, et le jugement rendu aujourd’hui, la prise de conscience sur les conséquences d’une utilisation massive d’huile de palme dans les “biocarburants” a fortement progressé : la France a exclu l’huile de palme des dispositions fiscales en faveur des « biocarburants », une décision entrée en vigueur en 2020, reconnue par le Conseil constitutionnel et consolidée par le Conseil d’Etat.

Le recours des associations a été appuyé par un rapport de Greenpeace montrant que l’huile de palme importée par Total est loin d’être « durable ».

Concrètement, le tribunal a enjoint à Total de réaliser une nouvelle étude d’impact afin de prendre en compte les impacts climatiques de l’huile de palme importée. De son côté, la Préfecture des Bouches-du-Rhône, qui avait délivré l’autorisation d’exploitation de la raffinerie, devra réaliser une nouvelle enquête publique et délivrer une autorisation d’exploiter modificative sur la base de ces nouveaux éléments, dans un délai de 9 mois au plus tard.

Le tribunal a également reconnu que l’autorisation d’exploiter était irrégulière en ce qu’elle n’a pas été soumise pour avis à une autorité environnementale réellement indépendante et autonome.

Les associations requérantes regrettent toutefois que le tribunal n’ait pas procédé à une annulation totale de l’autorisation d’exploiter tout en délivrant une autorisation provisoire de fonctionnement le temps qu’une situation économique acceptable soit trouvée pour les salarié·es. Il n’est pas normal, dans le contexte environnemental actuel d’urgence climatique, que les impacts environnementaux soient encore considérés comme de simples irrégularités du dossier administratif de Total, laquelle bénéficie ici en réalité d’une « seconde chance ». Les associations réfléchissent à un éventuel appel de cette décision sur ce point.

arton18948-d6241.jpg?1615317741

Les commentaires sont fermés.