Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La justice en pleine tourmente

Extraits de l’éditorial de Anne-Cécile Robert  dans Le Monde Diplomatique daté de avril-mai 2026

On vit une sorte de paradoxe. Alors que la défiance s’exprime de plus en plus vis-à-vis des grandes institutions, nos citoyens ont de plus en plus recours à la justice administrative en général, et au Conseil d’État en particulier », constate le vice-président de la haute juridiction Didier Tabuteau le 24 janvier 2026. Même tendance au Conseil constitutionnel et devant les tribunaux judiciaires, où le nombre d’affaires a encore crû de 8 % l’année dernière .

Dans le même temps, les critiques se multiplient à l’endroit des magistrats qui seraient tentés d’ériger un « gouvernement des juges », notamment lors de décisions concernant des personnalités politiques tels Mme Marine Le Pen ou M. Nicolas Sarkozy, ou qui se montreraient « laxistes » face à la délinquance, en particulier lorsque survient un fait divers tragique impliquant des récidivistes ou des étrangers en situation irrégulière.

« Je n’ai mérité ni cet excès d’honneur ni cette indignité », pourrait répondre, telle la Junie de Jean Racine (Britannicus), l’autorité judiciaire ainsi attaquée. Dans les démocraties occidentales, la justice s’exerce en effet à la croisée d’aspirations aussi intenses que diverses : dire le droit, assurer la paix sociale, indemniser et accompagner les victimes, protéger la société, punir et mettre hors d’état de nuire des individus dangereux. Dans l’exercice de leur fonction, les juges agissent en tranchant les litiges mais ils subissent également les conséquences de décisions prises ailleurs. Ils ne sont ainsi pas responsables de la dégradation des conditions sociales ou de l’explosion des inégalités économiques qui contribuent à l’accroissement des procès : expulsions, surendettement, délinquance, licenciements abusifs, vols et cambriolages, etc.

(...)

Le développement du contentieux environnemental (faucheurs de plantes transgéniques, décrocheurs de portraits officiels, recours contre des chantiers autoroutiers comme celui de l’A69…) traduit une insatisfaction démocratique, les citoyens demandant au juge de répondre là où ils estiment que les élus ont failli. Mais une décision de justice, si juste soit-elle, peut-elle avoir la même légitimité, et donc la même force, qu’un choix effectué par un Parlement élu, ou directement par référendum ?

Si les juges s’aventurent insensiblement sur des terrains politiques au risque de la confusion des rôles, c’est aussi parce que les dirigeants politiques ont, depuis des décennies, organisé leur propre impuissance, ou qu’ils préfèrent se défausser sur les magistrats de questions délicates, sociétales ou environnementales, leur abandonnant la mission qui est pourtant la leur : définir l’intérêt général sous le contrôle du Parlement.

zan25088-2021cl08-3ab26.jpg?1773672146

Cyril Zannettacci //// Série « Un après-midi au tribunal de grande instance de Nantes », 2021
© Cyril Zannettacci / Agence VU’

 

Écrire un commentaire

Optionnel