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Les États européens complices des violences contre les personnes migrantes en Libye

Hommes, femmes et enfants interceptés en Méditerranée par les garde-côtes libyens sont renvoyés dans des centres de détention en Libye, où ils souffrent d’atroces violations de droits humains. Torture, violences sexuelles et travail forcé y sont monnaie courante, en toute impunité. Notre dernier rapport met en lumière les conséquences d’une politique européenne honteuse qui accepte de collaborer avec la Libye.

Notre rapport intitulé « Personne ne te cherchera ». La détention abusive des personnes réfugiées et migrantes débarquées en Libye révèle que les violations commises depuis une décennie contre les personnes réfugiées et migrantes se sont poursuivies sans relâche dans les centres de détention libyens durant les six premiers mois de 2021, malgré les engagements répétés à y mettre un terme.

Le rapport détaille ce qu’ont vécu 53 personnes réfugiées et migrantes, la plupart interceptées en mer, puis détenues dans des centres officiellement contrôlés par la Direction de la lutte contre la migration illégale (DCIM).

Les autorités libyennes légitiment une violence institutionnalisée envers les réfugiés

Depuis la fin de l’année 2020, la DCIM, qui relève du ministère de l’Intérieur libyen, a légitimé les violations commises dans les centres de détention. Elle a en effet officialisé deux centres de détention à Tripoli, à l’origine gérés par des milices (Al Mabani et Sahara Al Zawiya). Dans ces derniers, des centaines de réfugiés et de migrants ont été soumis à des disparitions forcées. Des survivantes ont raconté que, dans l’un de ces centres, les gardiens violaient les femmes en échange de nourriture ou de leur libération.

Malgré ces violations des droits humains avérées, la complicité des États européens persiste. Les pays concernés continuent d’aider les gardes-côtes libyens à intercepter des personnes en mer et à les renvoyer de force dans l’enfer libyen. Alors qu’ils ont parfaitement connaissance des horreurs que ces personnes vont subir.

Au cours des six premiers mois de 2021, plus de 7 000 personnes interceptées en mer ont été envoyées de force à Al Mabani.

Des détenus de ce centre ont raconté avoir été soumis à la torture et à d’autres mauvais traitement. Certains ont également indiqué avoir subi des fouilles à nu particulièrement invasives, humiliantes et violentes.

Le centre de Sahara Al Zawiya à Tripoli a été affecté à l’accueil des personnes en situation de vulnérabilité. Trois femmes ont raconté que deux bébés, détenus avec leurs mères, étaient morts début 2021. Les gardiens avaient refusé de les emmener à l’hôpital alors qu’ils avaient besoin de soins essentiels.

Notre rapport fait état de situations similaires (coups, violences sexuelles, extorsion de rançons, travail forcé et conditions de détention inhumaines) dans sept centres de la DCIM en Libye. Au centre d’Abu Issa, des détenus ont raconté avoir atteint un état de famine faute de nourriture suffisante.

Les opérations de « sauvetage » libyennes mettent des vies en danger

Entre janvier et juin 2021, les gardes-côtes libyens, soutenus par l’Union européenne (UE), ont intercepté en mer et reconduit en Libye quelque 15 000 personnes – soit plus que sur toute l’année 2020 – durant des opérations dites de « sauvetage ».

Les témoignages font état d’un comportement négligent et violent des gardes-côtes libyens. Certaines personnes ont raconté que ceux-ci avaient délibérément endommagé leurs embarcations, les faisant parfois chavirer. À deux reprises, des réfugiés et des migrants se sont noyés à cause de tels comportements. Un témoin a déclaré que les gardes-côtes avaient filmé la scène de naufrage avec leurs téléphones au lieu de porter secours aux survivants.

Des témoignages mentionnent des avions qui survolent la Méditerranée ou des bateaux naviguant à proximité des embarcations sans leur offrir aucune assistance avant l’arrivée des gardes-côtes libyens.

Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes, exerce une surveillance aérienne au-dessus de la Méditerranée pour repérer les embarcations de réfugiés et de migrants en mer, et utilise aussi un drone dans cette zone depuis mai 2021. Les navires européens ont largement déserté la Méditerranée centrale pour éviter d’avoir à secourir des bateaux en détresse.

Les États européens ferment les yeux sur des violations systématiques

L’Italie et d’autres États continuent de fournir une aide matérielle aux garde-côtes libyens. Pendant ce temps-là, des milliers de personnes en quête de protection sont actuellement bloquées en Libye.

« Malgré les preuves accablantes du comportement irresponsable, négligent et illégal des gardes-côtes libyens en mer, les partenaires européens continuent d’aider les gardes-côtes libyens à renvoyer de force des personnes vers les atteintes aux droits humains qu’elles tentaient de fuir en Libye », a déclaré Diana Eltahawy.

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