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Les poursuites contre Julian Assange sont une menace pour la liberté de la presse

Écrit par Julia Hall

Les enjeux sont réellement capitaux. Si le Royaume-Uni procède à l’extradition de Julian Assange, il sera alors poursuivi aux États-Unis pour espionnage et il risque d’être condamné à plusieurs dizaines d’années d’emprisonnement – peut-être dans un établissement de très haute sécurité, où il sera alors soumis à un régime extrêmement strict, notamment avec un maintien prolongé à l'isolement. Et tout cela pour avoir fait ce que tout rédacteur en chef partout dans le monde fait : publier des informations d’intérêt général fournies par des sources. En effet, le président Donald Trump a qualifié Wikileaks d’« honteux » et déclaré que ses activités de publication d’informations classées secrètes devraient être sanctionnées par la peine de mort. L’effet paralysant sur les éditeurs de presse, les journalistes d’investigation et toutes les autres personnes qui oseraient faciliter la publication d’informations classées secrètes, portant sur des actes répréhensibles commis par le gouvernement, serait immédiat et grave.  Et les États-Unis ne se priveraient pas d’agir au-delà de leurs frontières, en s’en prenant à des ressortissants étrangers, comme Julian Assange, qui est australien.

 Les manœuvres acharnées du gouvernement des États-Unis contre Julian Assange – et la participation volontaire du Royaume-Uni à la traque dont il a fait l’objet et à sa capture – ont conduit cet homme dans une prison normalement réservée aux criminels endurcis. Il s’en est trouvé diminué à la fois physiquement et émotionnellement, à un point tel qu’il a souvent perdu ses repères. La volonté de le briser en le coupant de sa famille, de ses amis et de son équipe de défenseurs semble faire partie intégrante de la stratégie des États-Unis, et cela est apparemment efficace. Il n’est pas nécessaire de connaître toutes les subtilités de la législation sur l’extradition pour comprendre que les accusations portées contre Julian Assange concernent non seulement des « infractions politiques » classiques, en conséquence exclues du champ d’application de la législation sur l’extradition, mais que, plus important encore, ces accusations sont motivées par des considérations politiques. Les dix-sept chefs d’accusation retenus par les États-Unis au titre de la loi de 1918 relative à l’espionnage pourraient entraîner une peine de 175 ans d’emprisonnement ; ajoutez-y une déclaration de culpabilité pour l’accusation de conspiration en vue de violer la loi sur la fraude et les abus informatiques (censée compléter la Loi relative à l’espionnage en l’entraînant dans l’ère de l’ordinateur), et vous obtenez cinq années de prison supplémentaires. Julian Assange est le seul éditeur à avoir jamais fait l’objet de telles accusations d’espionnage. 

Il ne fait aucun doute que ces accusations sont motivées par des considérations politiques et que le gouvernement américain l’a déclaré coupable sur la place publique. Le secrétaire d'État étasunien Mike Pompeo a affirmé que Wikileaks est « un service de renseignement ennemi » dont les activités doivent être « limitées et gérées ». Les poursuites d’une flagrante iniquité engagées contre Julian Assange sont un exemple des mesures que les États-Unis sont disposés à prendre pour « gérer » le flux d’informations sur les agissements répréhensibles du gouvernement, et donc pour saper le droit du public à l’information. Julian Assange s’est également retrouvé dans le collimateur de Barack Obama, mais le gouvernement Obama a refusé d’engager des poursuites contre lui. L’actuel ministre étasunien de la justice, William Barr, a quant à lui émis non pas un mais deux actes d’accusation depuis 2019, le dernier en date de la fin du mois de juin. Le deuxième acte d’accusation a surpris non seulement l’équipe de défense de Julian Assange mais aussi l’avocat de la Couronne et la juge, qui ont également été pris de court.

Au début de l’année, alors que j’étais assise à six mètres environ de Julian Assange, j’ai été effarée de constater à quel point il était devenu l’ombre de lui-même. ll s’est spontanément levé plusieurs fois durant cette semaine d’audiences pour s’adresser à la juge. Il lui a dit qu’il était désorienté. Il lui a dit qu’il n’arrivait pas à entendre correctement la procédure. Il a dit qu’en raison des obstacles dans la prison et au tribunal, il n’avait pas pu consulter ses avocats. Il n’était en principe pas autorisé à s’adresser à la juge directement, mais il l’a fait à plusieurs reprises, avec des éclats de la tactique agressive utilisée par le passé pour se défendre et pour défendre les principes qu’il a adoptés. Si Julian Assange est extradé, cela aura de lourdes conséquences sur les droits humains, en établissant un dangereux précédent contre la protection des personnes qui publient des informations d’intérêt général qui ont fuité ou qui sont classées secrètes. La publication de ce type d’informations représente la pierre angulaire de la liberté des médias et du droit de la population à l’accès à l’information. Elle doit être protégée et non considérée comme une infraction pénale.

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