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Arabie Saoudite : il faut libérer Loujain al Hathloul sans condition

Loujain al Hathloul est victime d'une persécution de longue date. Elle a été détenue pendant 73 jours après avoir bravé l'interdiction en tentant d'entrer au volant de sa voiture en Arabie saoudite depuis les Émirats arabes unis, le 30 novembre 2014. Les membres des forces de sécurité d'al Batha, ville frontalière de l'est de l'Arabie saoudite, ont confisqué son passeport et l'ont forcée à passer la nuit à bord de sa voiture.

Elle a filmé sa tentative de franchir la frontière, et la vidéo postée sur YouTube a été vue des centaines de milliers de fois. Elle a également raconté son expérience sur Twitter, et son nom s'est répandu dans le monde entier. Figure emblématique de la lutte contre l'interdiction faite aux femmes de conduire, elle est qualifiée de « traître » dans son pays.

Persécutée pour des revendications légitimes

En novembre 2015, alors que les femmes avaient pour la première fois le droit de voter et d’être candidates à l'élection du Conseil consultatif, Loujain s’est présentée à une élection. Bien qu'elle ait été reconnue officiellement candidate, son nom n’a jamais pas été reporté sur les bulletins. Elle a par la suite été arrêtée en juin 2017, avant d'être libérée quatre jours plus tard sans explication.

En mai 2018, elle était de nouveau arrêtée avec d'autres militants, parmi lesquels Iman al Nafjan, blogueuse et défenseure des droits humains, Aziza al Yousef, figure du combat pour le droit de conduire, Ibrahim al Modeimigh, avocat et défenseur des droits des femmes, et le jeune militant Mohammad al Rabea.

Un procès en huit-clos

En prison depuis plus de deux ans, Loujain al Hathloul a mené une grève de la faim de 2 semaines début novembre pour protester contre le refus des autorités de la laisser communiquer régulièrement avec sa famille. Elle est privée de la possibilité de consulter un avocat et n’a été prévenue de la date de son audience que la veille, ce qui ne lui a guère laissé le temps de préparer correctement une défense.

Selon les membres de la famille qui étaient présents dans la salle d'audience, Loujain tremblait et parlait à voix basse pendant la session, alors qu'elle lisait sa défense de quatre pages. Des diplomates de Belgique, Pays-Bas, Danemark, Grande Bretagne, États-Unis, Norvège, Suisse et du Canada se sont vus refuser l’entrée du tribunal  sous le prétexte de la réglementation Covid-19. L’absence de la France dans cette délégation, dont la présence aurait envoyé un signal politique fort, est à déplorer.

Un nouveau coup dur

Alors que l'audience de Loujain s'est tenu seulement trois jours après la tenue du G20, présidé par le royaume en 2020, les autorités saoudiennes auraient pu décider de mettre fin au cauchemar de cette courageuse défenseure des droits humains. Au lieu de cela, le juge a décidé le 25 novembre de transférer son dossier devant le Tribunal pénal spécial. Ce tribunal est utilisé par les autorités saoudiennes pour réduire systématiquement l’opposition au silence : des procès qui manquent cruellement d’équité y ont lieu et des lourdes peines allant jusqu’à la peine de mort y sont souvent promulguées.

Le 28 décembre, Loujain a été condamnée à 5 ans et 8 mois de prison. Elle a déjà passé plus de 2 ans et demi derrière les barreaux, une période prise en compte dans la peine prononcée. Elle pourrait donc être libérée dans quelques mois...

Nous demandons une nouvelle fois sa libération immédiate et inconditionnelle et l’abandon de toutes les accusations retenues contre elle. Nous demandons également aux autorités saoudiennes de veiller à ce qu’elle soit autorisée à être traitée par un médecin de son choix et qu’elle ait un accès approprié à son avocat et à sa famille.

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