Extraits de l’article d'Oumaima Jmad, publié par le CADTM le 27.10.2026
Une femme à la tête du gouvernement. Les applaudissements fusent, l’indignation aussi. Jusque dans leurs désaccords, nombre de réactions se rejoignent : elles regardent son entrejambe avant de regarder sa politique. Nous pourrions consacrer un papier à son genre, puis passer à son programme. Mais son genre reviendra à chaque discours, à chaque décision, à chaque faux pas. Une femme au pouvoir reste une femme à qui nous rappelons qu’elle est une femme.
Faut-il, pour combattre cette obsession sexiste, applaudir sa nomination sans réserve ? La question féministe mérite mieux que cette alternative. Elle exige de regarder ce qui change au sommet et ce qui demeure dans l’ordre du pouvoir.
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Dénoncer le sexisme, maintenir la critique
Même celles qui accèdent aux responsabilités restent exposées au rappel à l’ordre sexiste. Nous leur demandons d’adopter les codes d’un pouvoir longtemps façonné sans elles, puis nous leur reprochons de manquer de douceur ou de féminité. Qu’elles s’en écartent, et leur autorité devient suspecte. Le piège se referme dans les deux sens : trop « masculine » pour être une femme convenable, trop « féminine » pour gouverner sérieusement.
Le vêtement, la coiffure, la voix, la manière de saluer deviennent alors des pièces à charge. Qui garde en mémoire la couleur de la djellaba des précédents chefs du gouvernement lors de leur nomination, leur coiffure ou leur façon de faire la bise ? Leur apparence a pu être commentée ; elle n’a pas servi avec la même insistance à juger l’aptitude des hommes à gouverner. Pour une femme, le détail devient vite un verdict. Aux hommes, la présomption d’être à leur place ; aux femmes, l’obligation de surveiller jusqu’à leur manière de l’occuper. Dans les affaires publiques, aux hommes, l’être ; aux femmes, le paraître ; aux personnes non binaires, malheureusement, l’injonction à disparaître.