“On a toujours été écolos, sans le savoir” – Comment tordre le cou aux idées fausses sur la pauvreté (23/01/2026)

Communiqué d'ATD quart monde du 20.01.2026

Idée fausse n°1 « Riches ou pauvres, on est égaux face à la pollution. »

Les personnes en situation de pauvreté « vivent souvent près des autoroutes, des usines, des endroits pollués. Elles subissent la pollution sonore, mais aussi la pollution de l’air. Ce n’est pas la même chose d’habiter dans une maison loin de la route ou dans une barre d’immeuble à côté d’un incinérateur », constate Fatiha Ayad. Certes les personnes riches sont également touchées par la pollution, notamment les enfants. Le ministère de la Santé a ainsi montré dans une étude publiée en 2024 que les jeunes enfants de familles favorisées, habitant souvent dans les grandes métropoles, respiraient un air moins bon que les autres. Mais les inégalités sociales accentuent la vulnérabilité des enfants des familles en situation de pauvreté et ces derniers sont beaucoup plus nombreux à être admis à l’hôpital en urgence pour de l’asthme par exemple. Les plus défavorisés sont par ailleurs plus touchés par les pollutions au travail et à l’intérieur du logement.

Idée fausse n°4 « Les pauvres ne savent pas se nourrir sainement. »

D’une seule voix, Fatiha Ayad et Patricia Daran l’affirment : jamais elles n’achèteront de plats préparés. Toutes les deux prennent soin d’analyser ce qu’elles mettent dans leur assiette. « Tous ces produits transformés coûtent cher pour être fabriqués, mais ils coûtent cher aussi à la planète et aux humains », constate Patricia Daran. « Les personnes en situation de pauvreté savent le prix des aliments, calculent sans cesse », souligne Fatiha Ayad.

Toutes deux ont cependant conscience que manger sainement peut peser lourd dans un budget déjà très serré. C’est alors « la double peine », selon Patricia Daran. « Les gens savent qu’ils mangent des produits mauvais pour leur santé et pas bons, mais ils n’ont pas le choix », précise la militante Quart Monde. « On est pauvre, mais on n’est pas bête. On sait que les plus bas prix, ce sont les produits les plus nocifs », ajoute Fatiha Ayad. Elle aimerait que la composition des aliments soit « plus lisible », que les consommatrices et consommateurs soient mieux informés des effets dévastateurs des aliments ultra-transformés sur leur santé et que la vente de ces produits soit mieux encadrée. « On mange pour vivre, pas pour se détruire ou s’empoisonner. Cela devrait être interdit », préconise-t-elle.

 

Idée fausse n°5 « Pour lutter contre les crises écologiques, il suffit que les personnes les plus riches changent de comportement. »

Un changement de comportement des plus riches est nécessaire, mais il ne suffira pas pour préserver la planète. Pour Patricia Daran, c’est bien l’organisation de la société dans son ensemble qu’il faut revoir car c’est aujourd’hui « un rouleau compresseur qui fabrique des précaires ». « Il y a des personnes qui voyagent sans arrêt, mais qui ne profitent même pas. Cela ne leur sert à rien, elles ne savent plus quoi faire de leur argent. À l’autre extrémité, des personnes n’ont pas assez pour vivre. Ce n’est pas une fatalité, c’est une mauvaise organisation de la société », détaille-t-elle.

Idée fausse n°6 « Les pauvres ne sont pas intéressés par l’écologie. »

Ce préjugé, qu’elles ont trop souvent entendu, fait bondir les deux militantes Quart Monde. « On a toujours été écolos, sans le savoir, sans mettre le mot ‘écologie’ derrière ce qu’on faisait », affirme ainsi Fatiha Ayad. Elle se rappelle avec colère les moments où elle allait à la recyclerie, acheter des vêtements de seconde main. « On nous prenait en pitié quand on faisait ça, on était montré du doigt. Maintenant, c’est devenu un phénomène de mode, les gens aisés le font. On aurait dû être pris en exemple au lieu d’être stigmatisés », regrette-t-elle. Si elle estime que cette tendance est positive, elle aurait aimé que les personnes en situation de pauvreté soient entendues plus tôt : « Maintenant qu’on dit que c’est pour le climat, tout le monde fait des efforts, mais quand c’était ‘seulement’ pour soutenir des pauvres qui avaient du mal à payer leurs factures, il n’y avait personne

Patricia Daran rappelle pour sa part que « les plus pauvres sont les gens qui polluent le moins. Ils n’ont pas de voiture ou, s’ils en ont une, ils l’utilisent le moins possible ; ils ne prennent jamais l’avion ; ils ne changent pas tout le temps de smartphone et n’achètent pas de gadgets électroniques inutiles ». Elle tient à préciser que « les personnes les plus pauvres ne sont pas non plus des ermites » et que le fait de « vivre plus simplement apporte de la profondeur, à condition d’avoir le minimum nécessaire pour vivre ».

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Illustration de l’idée fausse n°14 « En tout cas, grâce au réchauffement climatique, il y aura moins de SDF qui mourront de froid » par Geluck.

21:41 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écologie, réchauffement climatique, pauvreté, atd quart monde | |  Facebook | |  Imprimer |