JO d’hiver en Italie : neige artificielle, flambée de l’immobilier et privatisation dénoncés par les opposants (07/02/2026)

Article de Caroline Bordecq pour Reporterre, publié le 07.02.2026

Alors que s’ouvrent les Jeux olympiques d’hiver à Milan, des activistes donnent le coup d’envoi de leurs « Jeux utopiques ». Une manifestation populaire de 3 jours pour dénoncer une ville transformée pour les plus riches.

Milan (Italie), reportage

« J’adore Milan, mais ces Jeux d’hiver sont l’énième confirmation que cette ville ne m’appartient plus », soufflait Matilda le mardi 3 février. L’enseignante était venue assister à un débat avec le Comité des olympiades insoutenables (CIO). Ce dernier a réalisé le documentaire Il Grande Gioco sur les conséquences des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) Milan Cortina qui s’ouvrent vendredi 6 février.

Depuis trois ans, ce réseau d’associations s’oppose à l’arrivée de cette grand-messe du sport dans les Alpes italiennes et la métropole lombarde. De vendredi à dimanche 8 février, les activistes organisent des « Jeux utopiques ». Au programme : une manifestation nationale samedi et des séances de sport (boxe, football, capoeira, pole dance...) dans un ancien palais des sports occupé.

L’objectif est multiple. D’abord, se réapproprier la ville «  devenue toujours plus exclusive et excluante », explique Marco, membre du CIO venu présenter le film. « Même ces JO qui devraient célébrer le sport sont réservés aux plus aisés », pointe Martino Iniziato, de l’association de randonnée APE Milano. À Milan, seuls quelques billets pour le hockey féminin sont à moins de 100 euros.

Des rénovations pour attirer les plus riches

Les opposants soulèvent aussi les conséquences à long terme des Jeux. «  Que ce soit en ville ou en montagne, ils amplifient des processus déjà en cours », reprend Martino. Dans les Alpes, où les températures grimpent et où la neige se raréfie, les écologistes dénoncent l’acharnement à préserver une économie basée sur les sports d’hiver. À l’occasion des Jeux, des millions d’euros ont été investis dans la production de neige artificielle.

Milan, de son côté, affiche depuis des années l’ambition de rejoindre le cercle des grandes métropoles internationales, comme Londres ou Paris. Accueillir de grands événements comme les JOP participe à cette stratégie. À quel prix pour ses habitants ?

« Les Jeux accélèrent la gentrification, reprend Marco. Près du village olympique, le quartier a déjà commencé à se transformer : de nouveaux bâtiments sortent de terre, des bars et restaurants ouvrent. » Le problème n’est pas de rénover des quartiers périphériques, « souvent laissés à l’abandon », mais de le faire « pour attirer les classes plus aisées, plutôt que pour améliorer les conditions de celles et ceux qui y vivent déjà ».

Les Jeux accélèrent la gentrification

Le phénomène n’est pas nouveau. L’Exposition universelle de 2015 a marqué un tournant : la ville s’est transformée et les prix de l’immobilier ont flambé. En 2022, acheter une maison à Milan coûtait en moyenne 40 % de plus qu’en 2015. À 29 ans, Matilda a enfin pu quitter le logement familial, « mais seulement parce que mon copain possède un appartement. Comment faire avec un salaire de 1 700 euros par mois ? »

Sur ce front, les JOP ont d’ailleurs un goût d’occasion ratée. Propriété d’un promoteur privé, le village olympique deviendra la plus grande résidence étudiante du pays après les Jeux, mais les loyers font déjà polémique : de 600 euros à 1 000 euros par mois.

Privatisation des lieux sportifs

Les activistes pointent une autre contradiction : alors que Milan sera une scène du sport mondial ces prochaines semaines, « ses espaces sportifs pour le grand public sont laissés à l’abandon », déplore Martino Iniziato. À l’été 2025, seules trois piscines municipales en plein air étaient ouvertes pour 1,3 million d’habitants ; les cinq autres étant en travaux ou désaffectées.

Dans un rapport de 2024, des experts soulignent la privatisation progressive des lieux sportifs rendant leur accès plus coûteux. « La ville subit la pression du marché et ouvre la porte aux investisseurs privés, sans se préoccuper des répercussions sociales pour les habitants », écrivent-ils. La mairie estime pour sa part impossible de maintenir ces infrastructures sans l’appui du secteur privé, tout en refusant de parler de « privatisation ».

Pour Marco, ce « désengagement du public » ne date pas d’hier. Mais « face à ça, l’Italie a toujours eu une grande capacité d’autogestion », dit-il, en citant les centres sociaux autogérés, bête noire de la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni. Et les Jeux utopiques de ce weekend s’inscrivent dans cette longue tradition.

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