Frelon asiatique, l’envahisseur qui file le bourdon (11/05/2015)

Avec la mondialisation des échanges, de nouvelles espèces sont arrivées en Europe, avec parfois des conséquences pour les espèces autochtones, les activités humaines et la santé. Le Frelon asiatique illustre bien ce phénomène.

L'affaire des poteries chinoises

C’est dans des poteries importées de Chine par un producteur de bonzaïs du Lot-et-Garonne que le Frelon asiatique est arrivé involontairement en France en 2004. Dans le Sud-Ouest, Vespa velutina a trouvé des conditions climatiques proches de sa contrée d’origine. Il en a essaimé pour occuper aujourd’hui toute la moitié ouest d’une ligne allant de la Seine-Maritime aux Alpes-Maritimes. Observé dans le Nord, il n’y est pas encore implanté et il est absent de Corse.

Pas facilement identifiable

Le Frelon asiatique présente un thorax entièrement brun-noir. Son abdomen brun ne comporte qu’un anneau entièrement jaune orangé et est ceint sur le haut par une fine bande jaune. Sa tête est noire avec une face jaune orangé. Malgré ces traits caractéristiques, il est facilement confondu avec le Frelon européen (Vespa crabro) ou avec des guêpes, des abeilles ou des taons.

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Des colonies qui ne vivent qu’un an

Au printemps, la reine fondatrice de la colonie construit son nid dans un endroit abrité : cavités, haie dense, etc. Cette grosse boule striée de beige et de brun est formée d’écailles de papier réalisé à partir de fibre de cellulose mâchée. La reine y pond quelques œufs et s’occupe des premières larves jusqu’à ce qu’elles deviennent adultes. Ces ouvrières, femelles stériles, se chargent d’achever la construction du nid. Dans la majorité des cas, par manque de place ou à cause de perturbations extérieures, la colonie déménagera dans un nouveau nid construit généralement dans la frondaison des arbres. Il abritera les mâles et les femelles sexuées qui à partir du début de l’automne quitteront le nid pour s’accoupler. Alors que la reine mère de la colonie, les ouvrières et les mâles meurent pendant l’hiver, les futures reines resteront abritées dans des cavités (écorce des arbres, tuiles, etc.). Au printemps, elles tenteront chacune de fonder une colonie.

 Le spécialiste des boulettes

 Européens ou asiatiques, les Frelons se nourrissent de fruits mûrs, de guêpes et d’abeilles, notamment d’abeille domestique (Apis mellifera). Le Frelon asiatique a développé sa propre technique. En vol stationnaire à l’entrée des ruches, ce chasseur solitaire guette l’ouvrière qui rentre. Puis il l’attaque, la fait tomber au sol et la neutralise. Seul le thorax sera gardé et réduit en une boulette qui nourrira les larves de la colonie.

 Une menace pour les abeilles domestiques

Dans un contexte déjà difficile pour les apiculteurs, l’arrivée du frelon asiatique est fléau bien malvenu. Ses dégâts sur les colonies d’Apis mellifera peuvent être localement importants, sans que pour l’instant l’impact sur la production de miel n’ait pu être évalué. En Inde, 20 à 30 % d’une colonie d’Abeille domestique orientale (Apis cerana) peut être décimée après l’attaque du frelon. Mais l’Abeille orientale a trouvé une parade aux assauts du prédateur : les ouvrières se regroupent en masse autour de lui et en vibrant des ailes font monter la température au-delà de 45 °C, température fatale pour le frelon. Egalement élevée en Inde depuis une cinquantaine d’année, l’abeille domestique européenne a elle aussi adopté cette défense, mais elle est beaucoup moins efficace. En France, nos abeilles n’ont pas encore développé ce comportement. Des campagnes de piégeage ont été organisées et apiculteurs comme particuliers, ont été appelés à contribuer à la lutte.

 Un piégeage vain et dangereux

Dès 2009, le Muséum national d’Histoire naturelle a prouvé que ces pièges, surtout fabriqués à partir de bouteilles en plastique découpées, capturent et tuent de nombreux insectes non ciblés, et ne limitent pas les populations de Frelon. Il est dorénavant recommandé de piéger uniquement de fin juillet à mi-novembre et seulement à proximité des ruchers attaqués en utilisant un appât plus sélectif, le jus de cirier. En 2013, les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture ont autorisé à titre provisoire l’utilisation du dioxyde de soufre pour détruire les nids. Ce produit efficace, non autorisé par l’Europe, est pourtant facile d’emploi et peu coûteux. FNE est intervenue pour que son utilisation soit renouvelée au risque que les insecticides habituels soient utilisés à la place. Des produits nocifs pour l’environnement, mais aussi pour les abeilles. 

 On ne s’y pique que si l’on s’y frotte

 Le Frelon asiatique n’est pas agressif, pas plus que les guêpes et ses cousins européens. La piqûre est douloureuse, voire dangereuse en cas d’allergie, et plus d’une cinquantaine de piqûres peut entraîner des complications… Mais généralement, on en est quitte pour une vive douleur qui n'est que temporaire ! 

Stéphanie Morelle, Chargée de mission Biodiversité à FNE

20:59 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ecologie, abeille, biodiversité, frelon asiatique, fne | |  Facebook | |  Imprimer |