Crues meurtrières au Népal : comment le dérèglement climatique fragilise le toit du monde (28/08/2026)
Article de Côme Bastin, publié dans Reporterre le 27.08.2026
Une immense coulée d’eau, de boue et de pierres dans le nord du Népal, à la frontière avec le Tibet, a fait au moins 389 morts. La faute, notamment, à l’« effondrement d’une partie des glaciers himalayens », décrit un expert.
Les images sont cataclysmiques. En quelques secondes et sans avertissement, une immense avalanche de poussière et de boue a envahi une vallée de pins où coulait, l’instant d’avant, une paisible rivière. Se nourrissant des routes, ponts et maisons, la crue noire a ensuite dévalé vers la vallée et le village suivants. Le bilan de cette coulée de boue survenue le 26 août à la frontière du Népal et du Tibet est d’au moins 389 morts. Seuls ceux et celles qui ont eu la chance de gagner les hauteurs de cette région himalayenne proche des plus hauts sommets du monde pouvaient espérer y échapper.
« J’étais dans ma chambre lorsque j’ai vu tout le monde courir et crier que la crue arrivait », raconte Rojan Dhami, joint par Reporterre. Cet homme de 38 ans habite dans le village de Devighat, dans la vallée de Nuwakot. « Moi, ma mère, ma tante et sa fille sommes allés chercher et aider mon grand-père à s’enfuir. Nous avions à peine commencé à monter que l’eau était arrivée à toute vitesse. Nous avons à peine eu le temps de gagner le toit d’une maison du voisinage qui avait résisté. » Il a depuis été secouru par l’armée népalaise mais reste sans nouvelles de certains de ses proches.
Comme lui, de nombreux habitants des vallées de Rasuwa et Nuwakot, logés entre Katmandou et la frontière du Tibet en Chine, racontent une crue incroyablement rapide. Car si les coulées de boue sont souvent causées par l’accumulation des pluies dans l’Himalaya, cette catastrophe n’a pas directement été déclenchée par la mousson. Sans que l’on ne connaisse précisément l’étincelle initiale, les images satellites montrent le rôle d’un glacier situé à la frontière sino-népalaise.
Températures anormales
« Au départ, nous pensions qu’il pouvait s’agir d’une crue brutale d’un lac, mais nous avons depuis obtenu davantage d’informations, explique Ranjan Kumar Dahal, géologue à l’université Tribhuvan de Katmandou. Il s’agit plutôt de l’effondrement majeur d’une partie des glaciers de la chaîne himalayenne du Langtang. » Dans le premier cas, c’est surtout de l’eau qui dévale les pentes ; dans le second, c’est de la glace et des roches, ce qui peut être encore plus mortel.
La source du désastre est quoi qu’il en soit « très probablement liée au changement climatique en haute altitude, selon Ranjan Kumar Dahal. Au cours des dernières semaines, il y a eu beaucoup d’écarts de températures anormaux dans la région. Ces fluctuations font alterner les fontes et les chutes de neige, ce qui fragilise les glaciers et les moraines. » Le spécialiste appelle la communauté mondiale à collecter plus de données pour comprendre le dérèglement climatique sur le toit du monde et le protéger.
Risque de soubresaut
Selon le Centre international de développement intégré des montagnes (Icimod), une organisation intergouvernementale basée à Katmandou, les glaciers de la chaîne himalayenne de l’Hindu Kush ont perdu environ 12 % de leur superficie entre 1990 et 2020, avec un rythme de fonte deux fois plus rapide depuis 2000. Ceci augmente fortement le risque de ruptures soudaines de lacs glaciaires ou d’effondrement de glaciers.
Les recherches se poursuivent — plus de 1 000 personnes sont portées disparues —, compliquées par le peu de routes encore debout dans cette région isolée néanmoins arpentée par des touristes amoureux de montagne et des pèlerins hindous et bouddhistes. En plus du bilan humain appelé à s’alourdir, de nombreux ponts et des centrales hydroélectriques vitales pour le Népal ont été endommagés. La Chine a émis un avertissement après avoir détecté la formation d’un nouveau lac d’altitude qui menace de rompre à son tour. Les ONG alertent, elles, sur les risques de maladies liées à la contamination de l’eau, après les dégâts subis par les infrastructures.
22:14 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : népal, réchauffement climatique, reporterre |
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