Expulsions massives, prisons privées : les États-Unis de Trump se transforment en État policier (20/07/2026)

Extraits de l'article de Charlotte Recoquillon, publié par Basta ! le 20.07.2026

Meurtres policiers, détention de masse, surveillance généralisée : guidé par la discrimination raciale, Trump redessine jour après jour les contours de l’appareil policier états-unien. Une politique qui bénéficie de puissants relais publics comme privés. 

Les meurtres – en public et en plein jour – de Renee Good et Alex Pretti, des manifestants qui s’opposaient aux rafles d’immigrés, tués par des agents fédéraux des services de l’immigration (ICE) à Minneapolis en janvier 2026, ont marqué un tournant politique de la seconde présidence de Donald Trump. Les images d’agents fédéraux des polices des frontières (CBP) et de l’immigration, masqués et surarmés, brisant des vitres de voiture pour en arracher les occupants, terrorisant migrants sans-papiers comme citoyens, sont devenues les symboles d’une politique anti-immigration brutale, dont l’emprise s’étend désormais bien au-delà de la frontière américano-mexicaine.

Ces démonstrations de force, largement mises en scène et assumées, ont aussi nourri d’importantes mobilisations citoyennes et une forte pression de l’opinion. Celles-ci ont finalement conduit l’administration Trump à opérer un retrait tactique.

Expulsions massives, assassinats de migrants et décès en détention

Pour autant, l’objectif d’expulsion massive n’a pas été abandonné. Au 4 avril 2026, environ 60 000 migrants étaient détenus, un chiffre en léger recul par rapport au record de janvier (plus de 70 000 migrants détenus), mais historiquement élevé. Depuis la prise de fonctions de Donald Trump, le 20 janvier 2025, un nombre record de 52 personnes sont aussi décédées en détention, selon un rapport de Human Rights Watch publié le 25 juin 2026, illustrant le traitement cruel et inhumain dont sont victimes les migrants.

Le média The Trace recense quant à lui au moins neuf personnes tuées par ICE depuis janvier 2025, et des dizaines d’autres blessées, y compris par des armes dites « moins létales » telles que les Tasers ou les balles en caoutchouc. En outre, au moins 500 bébés et enfants de moins de trois ans ont été détenus par l’administration entre janvier 2025 et mars 2026 selon The Marshall Project, dont 175 au-delà de la limite légale de 20 jours. Une limite que les architectes de cette politique espèrent supprimer selon leur feuille de route, le Projet 2025.

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Un racisme institutionnel exacerbé

Les principales victimes de cette politique sont les immigrés, en situation régulière ou non, les Noirs et la communauté latino dans son ensemble. Selon une enquête, les Latinos représentent 93 % des arrestations de l’ICE à New York et dans le New Jersey alors qu’ils ne constituent que 66 % des sans-papiers de la région. La décision de la Cour suprême, le 25 juin 2026, de suspendre les programmes de protection temporaire de 350 000 Haïtiens et 6000 Syriens en danger dans leurs pays, les expose brutalement à la détection, l’arrestation, la détention et l’expulsion par la police.

La politique de l’administration Trump en matière de police se distingue donc par une échelle d’action et une brutalité inédites, avec l’expansion des discriminations raciales et des contrôles aux faciès. Au-delà du déploiement de force spectaculaire, c’est une immense infrastructure qui se met en place. D’abord dirigée contre les migrants, les non-blancs et les opposants politiques, cette répression touche progressivement l’ensemble des citoyens américains, voire des étrangers au-delà du territoire des États-Unis, en particulier contre l’Europe. Ce 16 juillet, le Département d’État organisait d’ailleurs une réunion sur « le terrorisme global d’extrême gauche » tandis qu’un nouveau programme de financement d’organisations et partis « alignés » sur la vision trumpiste – comprenez : prêts à accepter la vassalisation – était lancé à destination des mouvements d’extrême droite européens.

L’édification de cet État policier repose sur plusieurs dynamiques : le volontarisme de l’administration Trump, qui en assume la brutalité ; le soutien des conservateurs au Congrès et dans le système judiciaire ; et plusieurs décennies de durcissement des politiques migratoires, d’investissements dans le complexe carcéro-industriel, la militarisation de la frontière, le secteur privé… y compris par les administrations démocrates. Depuis sa réélection, Trump connaît de nombreuses victoires politiques et judiciaires, mais aussi de nombreuses contestations témoignant de l’immense tension qui traverse le système fédéral états-unien.

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À Paris, lors d’un rassemblement de citoyens états-uniens résidant en France et de collectifs antifascistes contre les exactions de la police de l’immigration et de l’administration Trump, le 28 janvier 2026. Clément Martin / Hans Lucas

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