Lyhanna : oui à la justice, halte à la démagogie (08/06/2026)

Communiqué LDH du 08.06.2026

La LDH partage pleinement l’émotion du pays à la suite du meurtre de Lyhanna. Elle adresse ses condoléances à sa famille et ses proches. Les faits apparus depuis la disparition de Lyhanna interrogent, et nous attendons toutes et tous, comme sa famille, que toute la vérité soit faite et que justice soit faite.

Justice et vérité ne sont hélas pas les préoccupations prioritaires du gouvernement qui tente d’instrumentaliser le deuil et la colère. En effet, les déclarations successives des ministres de l’Intérieur, de la Justice ainsi que celle du président de la République se focalisent sur la responsabilité de la seule institution judiciaire, avec une rapidité qui interroge.

Des enquêtes administratives ont été ordonnées et une mission a été confiée à l’Inspection générale de la justice, en charge du contrôle du fonctionnement des juridictions. Si des dysfonctionnements ont eu lieu – et il y a tout lieu de le penser – ils doivent être mis à jour, identifiés et rectifiés pour ne plus advenir. Mais la rapidité des ministres et du président de la République à déclarer qu’un tel dysfonctionnement serait avéré est plus que suspecte. Outre qu’elle piétine l’indépendance de la justice [1], elle vise surtout à voiler les vraies responsabilités.

Ces responsabilités viennent de loin et la responsabilité des gouvernements successifs ne saurait être occultée. Les études comparatives en Europe [2] suffisent à mettre en évidence la charge anormale de travail d’un procureur français qui doit nous alerter : 6,4 affaires pour 100.000 habitants, pour une médiane de 2,3. Dans son rapport « Rendre justice aux citoyens » du 14 novembre 2023, le comité des États généraux de la justice relevait et dénonçait les défaillances systémiques de l’État : « la justice n’a pas les moyens de remplir son rôle », « la justice est au bord de la rupture », « les procureurs sont en nombre insuffisants », « des parquets sous extrême tension », « les services judiciaires sont submergés », « les politiques publiques sont défaillantes », «  un sous-investissement chronique », « la justice ne parvient plus à protéger les plus fragiles », etc. Le comité appelait à une réforme systémique de l’institution judiciaire ; elle n’a pas eu lieu.

 

L’institution judiciaire demeure donc sinistrée. L’augmentation du budget de la justice, décidée après la publication de ce rapport, n’a pas été à la hauteur des enjeux et de la tâche à accomplir. Le budget de la justice, qui inclut d’ailleurs celui des services pénitentiaires (qui absorbe une part considérable en raison de la surpopulation carcérale), est inférieur à celui de pays comparables comme l’Allemagne.

Ce budget sert encore de variable d’ajustement au budget général de l’État (414 millions d’euros vont être gelés dans le cadre du plan d’économies budgétaires décidées par le gouvernement Lecornu).

Quant à la police, elle a été, elle aussi, sinistrée par la réforme instituant de la départementalisation de la police judiciaire. Les services spécialisés pour les affaires de mineurs sont asphyxiés.

Ni les magistrats ni les policiers ne peuvent être jugés responsables des choix budgétaires qui ont réduit aussi drastiquement leurs moyens.

Des choix de politique pénale ont également été opérés par les derniers gouvernements pour privilégier la répression de l’usage de stupéfiants sous couvert de lutte contre le « narcotrafic », ce qui ne peut qu’avoir des conséquences délétères sur la priorisation des actions. Une politique publique prioritaire incluant tous les services publics en lien avec la jeunesse est urgente en donnant les moyens nécessaires aux services de la protection de l’enfance.

Les pouvoirs publics doivent cesser de fuir leurs responsabilités et de désigner des boucs émissaires. La mort de Lyhanna, la colère de celles et ceux qui refusent de considérer de tels drames comme de simples fatalités, ne doivent pas être instrumentalisées. La justice doit pouvoir enfin, travailler dans des conditions qui lui donnent une efficacité pleine et entière, au service des femmes, des hommes et des enfants et, dans le respect de l’État de droit, garantir les libertés publiques, la sécurité de toutes et tous.

Les mobilisations doivent être tendues vers ce but.

21:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyhanna, justice, ldh, meurtre de lyhanna, politique pénale | |  Facebook | |  Imprimer |