Le succès de la pétition contre la loi Duplomb est dû à des robots selon la ministre de l’Agriculture (14/02/2026)

Extraits de l'article de Sophie Chapelle publié par Bastamag le 13 février 2026

« Qu’un membre du gouvernement se livre à la propagation de telles fake news est alarmant », lance la députée écologiste Delphine Batho. Face à elle, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard vient d’affirmer que la popularité de la pétition contre la loi Duplomb a été artificiellement gonflée par des « robots ». Les 2,1 millions de signataires de cette pétition lancée par une étudiante en plein été, apprécieront, alors que chaque signataire devait certifier son identité via FranceConnect.

Cet épisode est un des nombreux dérapages, émanant notamment du gouvernement, qui ont émaillé le débat devant un hémicycle clairsemé, le 11 février. Pour la première fois dans l’histoire parlementaire, les députées étaient invités à débattre d’une pétition – une procédure uniquement possible en cas de franchissement du seuil des 500 000 signatures. « L’Assemblée nationale a vérifié l’intégralité des signatures, qui sont très contrôlées » a tenté de temporiser Yaël Braun-Pivet qui présidait la séance.

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Accusés de tuer les agriculteurs

Les partisans de la loi Duplomb en sont convaincus : ceux qui s’y opposent condamnent la profession agricole. Annie Genevard, ministre, dénigre ainsi les propos qui associent agriculture et maladie. Pourtant, à quelques pas de là, des agriculteurs victimes de pesticides sont là pour témoigner, comme Bernard et Laurent.

Après avoir pratiqué pendant 25 ans l’agriculture chimique avant de convertir sa ferme au bio, Bernard a découvert qu’il était atteint d’une leucémie liée à l’exposition aux pesticides qu’il pulvérisait. « Dans ma petite commune essentiellement agricole du sud d’Ille-et-Vilaine, j’ai enterré plein de collègues paysans atteints de cancers », confie le retraité qui a rejoint le collectif des victimes de pesticides de l’Ouest.

« Des ’’traitres à la nation’’ : c’est comme ça que Genevard nous a qualifiés pour s’être opposés à la loi. Ils ne savent pas répondre autrement que par la fuite en avant, quitte à sombrer dans les méthodes trumpistes », reprend Mathieu Courgeau, éleveur en Mayenne et co-président du collectif Nourrir. Frank Alétru du syndicat national d’apiculture repense aux mobilisations contre l’insecticide gaucho trente ans plus tôt. « On a gagné grâce aux scientifiques et à des politiques. Aujourd’hui, Duplomb nous parle de souveraineté alimentaire mais il veut détruire les pollinisateurs », les insectes, comme les abeilles, rouage essentiel de la biodiversité.

Ce désarroi est partagé à l’intérieur de l’Assemblée par Marcellin Nadeau, député de Martinique (Gauche Démocrate et Républicaine). « Je suis assez affligé de constater qu’on ne tire nullement les enseignements de drames résultant d’une certaine forme d’agriculture. Je viens d’une terre polluée pour longtemps par le fameux chlordécone. » « Je comprends, votre territoire a vécu un drame en raison de l’usage de ce pesticide », tente Annie Genevard. « Pas ’’a vécu’’ ! Vit ! » réagissent des députés. « Oui, il le vit toujours si l’on tient compte de la rémanence du produit », se reprend la ministre. Sans pour autant offrir d’autre voie que celle de l’agriculture chimique.

« Ne sous-estimez pas la force citoyenne qui s’est levée », avertit Delphine Batho. « Elle fera barrage à la loi Duplomb 2. Elle s’opposera au paquet européen de mesures dites omnibus qui tourne le dos à la science et à la souveraineté et qu’il faudrait rebaptiser ’’omnipesticides’’ ad vitam eternam. » Au terme de trois heures de débat à l’Assemblée nationale, la séance est levée. « Ce n’est que le début de l’histoire », veut croire Sandy Olivar Calvo de Greenpace. Une autre pétition lancée contre la nouvelle proposition de loi Duplomb a déjà recueilli plus de 200 000 signatures en dix jours.

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