La Coordination rurale une nouvelle fois violente lors du procès de leur président (06/09/2026)

Générations Futures et France nature environnement dénoncent le climat de violence qui a entouré l’audience d’Auch et l’absence totale de remise en question du président de la Coordination rurale, malgré les mains tendues du tribunal.

Rappel des faits

Le 19 novembre 2025, à l’occasion de son élection à la tête de la Coordination rurale (CR), Bertrand Venteau déclarait, sous les applaudissements de la salle : « les écolos, la décroissance veulent nous crever, nous devons leur faire la peau ». Générations Futures et France Nature Environnement, ainsi que FNE Occitanie et les amis de la Terre Gers, s’étaient constituées parties civiles contre ces propos, poursuivis pour provocation publique et directe à commettre un crime ou un délit. Dix mois plus tard, jeudi 3 septembre, Bertrand Venteau était donc de nouveau à Auch, cette fois devant le tribunal correctionnel, pour s’en expliquer.

Générations Futures, partie civile aux côtés de France Nature Environnement dans ce procès, en présence d’élus dont Benoit Biteau, a assisté à une audience qui a confirmé tout ce que notre association dénonce depuis des mois : un climat d’intimidation organisé par la CR, et une totale absence de prise de conscience de son président.

Des militants pris pour cible avant même d’entrer dans la salle

Avant même le début des débats, les représentants des parties civiles et leurs soutiens ont été accueillis par des jets d’œufs pourris de la part de militants de la Coordination rurale, rassemblés en nombre devant le tribunal. Notre déléguée générale, Nadine Lauverjat, s’est , présentée à la barre le t-shirt maculé de jaune. Cécile Argentin présidente de FNE Occitanie Pyrénées a aussi été touchée de plusieurs œufs. À la sortie de l’audience, la scène s’est reproduite : les parties civiles ont dû être escortées par les forces de l’ordre pour quitter les lieux sous une nouvelle pluie d’œufs et de sifflets.

Cette agression n’est pas un débordement isolé. Elle s’inscrit dans la continuité du climat que nous documentons depuis le 19 novembre 2025 : blocage du siège social de Générations Futures par des tracteurs et des militants de la CR dès janvier 2025, dégradations visant en une seule nuit la LPO, Nature Environnement 17, l’Office français de la biodiversité et la permanence d’un député écologiste en décembre dernier, pressions sur nos bénévoles en région. Le président du tribunal lui-même a tenu à rappeler, à l’audience, qu’une telle scène n’était pas digne d’un débat syndical.

Un rassemblement pacifiste de soutien aux parties civiles, organisé par la Confédération paysanne du Gers, se tenait par ailleurs le même jour, mais à plusieurs centaines de mètres du tribunal — signe que la mobilisation de terrain contre le discours porté par la CR peut se dérouler sans jets d’œufs ni intimidation.

Les plaidoiries  : un préjudice direct, pas un combat de principe et des syndicalistes se trompant de cible

À la barre, Nadine Lauverjat a d’abord tenu à excuser sa tenue, œufs encore visibles sur ses vêtements, avant d’exposer les raisons de la constitution de partie civile de Générations Futures. Elle a rappelé que Générations Futures n’est pas une association « lambda » au regard des propos poursuivis : fondée en 1996 par un ingénieur agronome, et notre actuel porte-parole François Veillerette, elle agit depuis près de trente ans, dans un esprit de dialogue avec l’ensemble des acteurs du monde agricole, pour dénoncer les effets sanitaires et environnementaux des pesticides et promouvoir des alternatives — ce qui la place structurellement dans la catégorie des « écolos » visés par Bertrand Venteau. Ensuite, notre association a déjà concrètement subi les conséquences de ce climat hostile : le 24 janvier 2025, notre siège social a été bloqué par des tracteurs et une vingtaine de membres de la Coordination rurale, en réaction à la publication de notre carte des achats de pesticides ; nos salariés présents ce jour-là se sont sentis, pour la première fois depuis leur engagement, physiquement menacés. Certains de nos bénévoles, notamment dans le Gard, ont également fait l’objet de pressions et de menaces téléphoniques ayant conduit à l’annulation d’un événement en 2022.

Enfin, ce climat touche des associations partenaires, notamment le mouvement France Nature Environnement, avec qui nous travaillons depuis des années sur les mêmes terrains. A l’audience sa représentante Anne Roques a rappelé que « la Coordination rurale se trompe de cible ; elle est la seule à faire craindre pour la sécurité des personnes quand les associations franchissaient la porte d’un tribunal comme partie civile. »

Ce faisceau d’éléments — et non une posture de principe — fonde la crainte réelle de nos salariés et de nos bénévoles sur tout le territoire d’être la cible d’actions de la même nature que celles déjà subies.

Une demande de publication, pas de dommages et intérêts

Les parties civiles n’ont pas demandé de dommages et intérêts. Nous avons demandé au tribunal, pour le cas où une condamnation serait prononcée, d’ordonner la publication de la décision, par extraits, sur les supports de communication de la Coordination rurale et dans la presse professionnelle agricole, aux frais du condamné. L’objectif : que la portée d’une éventuelle condamnation soit connue de ceux-là mêmes à qui ces propos ont été tenus, pour qu’ils cessent de pouvoir apparaître comme une posture sans conséquence.

Aucun regret, malgré les perches tendues par le tribunal

Sur le fond, Bertrand Venteau n’a manifesté aucune remise en question. Interrogé directement par le président du tribunal, qui lui demandait si l’appel à « faire la peau » aux écologistes était un discours digne d’un président de syndicat national, le dirigeant de la CR a maintenu sa position, réduisant ses propos à une « simple métaphore » relevant du « débat d’idées ».

Le procureur de la République par intérim, Claude Derens, a lui aussi ouvert une porte que Bertrand Venteau a refusé d’emprunter : tout en rappelant la responsabilité particulière qui incombe à un responsable syndical et en qualifiant les propos tenus de discours de haine, le ministère public a explicitement dit comprendre l’exaspération d’une profession en souffrance — sans que cela justifie, selon lui, de répondre à une détresse réelle par une provocation. Bertrand Venteau n’a saisi aucune de ces mains tendues : il a réaffirmé qu’il tiendrait exactement les mêmes propos aujourd’hui, et a continué de contester, contre l’évidence d’une vidéo diffusée à l’audience, avoir su qu’il était filmé le soir du 19 novembre 2025.

Le procureur a requis à son encontre 30 000 euros d’amende avec sursis. Le délibéré sera rendu le 15 octobre 2026.

« Ce que nous avons vécu hier à Auch résume tout : d’un côté, des militants qui subissent l’intimidation jusque devant la porte du tribunal ; de l’autre, un président de syndicat national qui avait toutes les occasions de dire qu’il était allé trop loin, et qui n’en a saisi aucune. Le tribunal lui a lui-même tendu la perche à deux reprises. Bertrand Venteau a préféré revendiquer ses propos plutôt que d’apaiser un climat qu’il a lui-même largement contribué à créer. Nous ne demandons pas de dommages et intérêts dans cette affaire : nous demandons que la portée d’une éventuelle condamnation soit connue de ceux à qui ces propos ont été tenus, pour qu’ils cessent d’apparaître comme une posture sans conséquence. » déclare Nadine Lauverjat Déléguée générale de Générations Futures.

« Recevoir des œufs pourris en pleine figure et essuyer des insultes en se rendant au tribunal, ce n’est pas un débordement folklorique : c’est une violence, au sens plein du terme, puisqu’elle porte atteinte à l’intégrité physique et psychologique de personnes représentantes d’associations écologistes qui n’ont fait qu’exercer leur droit d’ester en justice. C’est cette violence-là qu’il faut nommer en premier lieu alors que le Président de la  Coordination rurale voudrait faire passer un appel à « faire la peau » aux écologistes pour un simple débat d’idées. On ne débat pas d’idées à coups d’œufs pourris et d’intimidation. » ajoute Maria Pelletier, Présidente de l’association.

Pour Jean-François Julliard, directeur général de France Nature Environnement, présent à l’audience : « Nous avons vécu hier à Auch ce que nos associations vivent sur le terrain toute l’année, avec des insultes, des agressions, des dégradations au grand jour de la part de la Coordination Rurale. L’Etat et la Justice doivent mettre un stop à ces agissements. Nous le disons et le répétons : agriculture et protection de l’environnement sont étroitement liées. Sans environnement, pas d’agriculture. La crise de cet été le prouve. Les syndicats agricoles doivent cesser leur fuite en avant vers la violence et la radicalisation, respecter l’Etat de droit et retrouver le chemin du dialogue pour construire un monde vivable« 

Sur les faits et agressions qui se sont produits le 3 septembre nos associations réfléchissent aux suites à donner.

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21:35 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : coordination rurale, violences, fne | |  Facebook | |  Imprimer |