57 jours de grève au Samu social de Paris : ce qu’ont gagné les salariés (21/08/2026)

Article de Guillaume Bernard , publié par Basta! le 21.08.2026

Après 57 jours de grève, les travailleurs du Samu social de Paris ont signé un protocole de sortie de grève le 18 août 2026. La structure compte environ 900 salariés, qui accompagnent les personnes sans-abri en Île-de-France et gère notamment le numéro dédié au appels sociaux d’urgence, le « 115 ».

« Lorsque les agentes s’organisent et construisent le rapport de force, des victoires sont possibles », écrit le syndicat CGT du Samu social de Paris, majoritaire et fortement impliqué dans le conflit, dans un communiqué de presse du 19 août.

Car la bataille a été rude, en plein été caniculaire. La lutte des salariés du Samu social s’est doublée d’une occupation de parvis du siège social de la structure, dans le 13e arrondissement de la capitale, par des familles sans logement. Au plus fort du mouvement, 450 personnes y ont participé, dont 200 enfants, avant leur évacuation par la police, le 13 août, par 38 degrés.

Pour 250 d’entre elles, dont 70 enfants, l’occupation continue désormais devant la mairie du 3e arrondissement de Paris. « Et il en arrive de plus en plus, dit Florence*, ex-gréviste du Samu social de Paris, qui continue à se rendre sur le nouveau lieu d’occupation. Ce sont des familles auxquelles on parle tous les jours, il va de soi que l’on continue à les soutenir, depuis le début leur lutte est liée à la nôtre. »

La grève reconductible déclenchée le 23 juin est principalement due à la superposition d’une situation d’urgence sociale croissante pour les personnes hébergées avec une dégradation des conditions de travail des salariés du Samu social. Selon les grévistes interrogés, quelques dizaines de salariés ont maintenu cette grève sur la durée. Des journée dites « de temps fort » ont en revanche permis de mobiliser davantage. Des chiffres globalement confirmés par la direction qui comptabilise « 10 grévistes en moyenne par jour, à l’exception de 5 journées de mobilisation importante où l’on a pu décompter entre 50 et 70 grévistes ».

Ces derniers revendiquent des avancées significatives sur leurs conditions de travail et la limitation des risques psychosociaux auxquels ils sont exposés, notamment pour « les écoutantes » du 115, professions principalement à l’origine de la grève.

Au 115, la souffrance en continu

Ces salariées, dans leur grande majorité des femmes, sont chargées de répondre aux personnes appelant le numéro d’urgence. « On fait des journées de 8 heures 45 avec 45 minutes de pause le midi. Au total, on doit passer environ 7 heures 30 à répondre au téléphone à des personnes qui cherchent un logement, qui subissent des viols, des violences de la rue... et nous sommes celles qui doivent leur dire qu’il n’y a pas de places d’hébergement pour elles », détaille Louise*, une écoutante impliquée dans la grève.

Une des revendications des grévistes était donc d’être mieux outillées face à ces appels durs psychologiquement. Pour faire face aux souffrances qui s’égrènent au téléphone, « quoi de mieux que de pouvoir parler à celles qui nous comprennent, c’est-à-dire nos collègues ? Sauf qu’avec les appels qui s’enchainent, on avait absolument pas le temps pour ça », souligne Florence.

Le protocole de sortie de grève, que Basta! a pu consulter, accorde 45 minutes par jour sans prise d’appels, dédiés à l’échange entre collègues à propos des situations complexes. « Cela nous permettra aussi d’échanger avec les collègues d’autres services pour être en capacité de mieux réorienter les appelants par la suite », poursuit l’écoutante. « Ces 45 minutes existaient déjà, mais elles n’étaient pas suffisamment mises en œuvre. L’enjeu est de s’assurer qu’elles sont réellement prises. », explique la direction du Samu Social.

Autre mesure visant spécifiquement les écoutantes : une prime de suractivité de 150 euros bruts par an, déjà versée à d’autres salariés du Samu social de Paris au titre du plan grand froid, mais à laquelle elles n’avaient pas droit jusqu’alors. Elles l’obtiendront à partir de septembre. Et la « prime multilingue », qui valorise le fait que nombre d’entre elles utilisent une langue étrangère pour travailler, devrait passer de 30 à 125 euros mensuels, et sera soumise au vote du conseil d’administration de l’établissement au mois d’octobre. Enfin, la direction s’engage à « défendre le passage des écoutantes au groupe de rémunération supérieur devant le conseil d’administration », écrit la CGT dans son communiqué de presse du 19 août.

Concrètement, ce que les salariés ont gagné, c’est de ne plus être considérées « comme des standardistes », résume Louise*, qui rappelle que son salaire s’élève à seulement 1900 euros bruts mensuels. La direction du Samu Social de Paris soutient quant-à-elle que les écoutantes perçoivent un salaire de base de 2395,31 euros incluant les majorations horaires de nuit, du dimanche et des jours fériés.

Associer les salariées aux décisions

Au delà des seules écoutantes, l’accord de fin de grève promet une remise à plat des conditions de travail au sein du Samu social. Notamment via la convocation « d’États généraux du Samu social pour identifier, service après service, les pratiques dysfonctionnelles », écrit la CGT. Des mesures ont été décidée pour renforcer la possibilité pour les salariés d’être associées à la prise de décision, comme l’obligation pour la direction d’effectuer des études d’impact portant sur d’éventuelles réorganisations, ou encore l’association systématique des agents aux travaux sur les pratiques d’organisation du 115.

Enfin, des discussions entre les représentant du personnel du Samu social de Paris (qui est un groupement d’intérêt public géré conjointement par l’État, la ville de Paris, l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris et le centre d’action sociale de la ville de Paris) et l’État vont avoir lieu en septembre « pour discuter des financements et du manque de places » d’hébergement, indique la CGT.

Les grévistes estiment qu’ils auront également à lutter dès la rentrée contre la perspective d’un budget de l’État 2027 faits de nouvelles coupes dans les dépenses sociales. La CGT du Samu social de Paris appelle à se joindre aux journées de grève prévues dans la santé le 15 septembre et dans la fonction publique le 29 septembre, pour peser sur les choix budgétaires du gouvernement.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressées.

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Le 13 août 2026, en pleine canicule, la préfecture de Paris a demandé l’évacuation du bâtiment du Samu social occupé par des salariés grévistes et 400 personnes sans-abri. Les agents de la préfecture ont proposé un hébergement de trois semaines en région alors que beaucoup travaillent et ont leurs enfants scolarisés en région parisienne. ©Rose Lecat/Hans Lucas

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