Plants grillés, pommes de terre minuscules, choux replantés trois fois : l’été qui épuise les maraîchers (01/08/2026)

Extraits du reportage de  Laure Noualhat et Jérômine Derigny (photographies), publié dans Reporterre le 01.08.2026

Les quatre vagues de chaleur qui se sont abattues sur la France depuis fin mai ont laissé des traces chez les maraîchers. Plants grillés, récoltes réduites, légumes minuscules... Ils sont nombreux à craindre pour leurs finances et leur avenir.

Guerchy, Joigny (Yonne), reportage

C’est un été qui n’en finit pas et qui nous promet un hiver sans patates. Après trois mois presque sans pluie et quatre épisodes caniculaires depuis mai, les cultures maraîchères décrochent. Dans l’Yonne comme dans l’Oise, les légumes brûlent, les plantations recommencent, les rendements s’effondrent et les producteurs tentent encore d’inventer une agriculture capable de tenir. Mais derrière les ombrières, les haies et les paillages, la fatigue s’installe.

À la Ferme en goguette, située à Guerchy, dans l’Yonne, Caroline traverse les rangées de tomates sous des serres asphyxiantes. Trois cents plants grimpent vers le faîtage, très verts encore, mais leurs bouquets sont dégarnis. Là où quatre à six tomates devraient grossir, une seule est parfois parvenue à maturité. Sous le plastique, la température flirte avec les 40 °C. Même s’il vient de pleuvoir, à peine une heure, et que la température extérieure a chuté à 20 °C, la chaleur persiste sous les serres.

 

(...)

« Impossible de ne pas voir que ça s’accélère »

Il a connu une autre agriculture. « On y allait avec les arrosoirs, c’était physique », raconte-t-il. Aujourd’hui, avec les réseaux d’irrigation et le matériel, « le travail est quand même plus facile ».

Yves a traversé la sécheresse de 1976, et même celle de 1947. Mais cette mémoire longue ne le rassure plus : « Impossible de ne pas voir que ça s’accélère : ce qui était exceptionnel devient régulier. »

 

Dans l’Oise, Mathieu Blanchard a, lui, des sanglots dans la voix à travers le téléphone lorsqu’il évoque cet été qui l’épuise. Avec sa femme et un couple d’amis, il a repris et transformé la ferme familiale. La ferme des Bayottes, exploitation collective en polyculture-élevage créée en 2014, réunit Mélanie, Mathieu, Olivia et Pierre sur environ 190 hectares cultivés en bio. Quelques vaches, du lait transformé sur place, des céréales devenues farine et du maraîchage : la diversification devait rendre l’ensemble moins vulnérable.

Mathieu mesure aussi la chance d’avoir hérité des choix opérés par ses parents, qui avaient planté des haies, creusé des mares « et qui ne voulaient pas dépendre des intrants ». Tout ce que l’on présente aujourd’hui comme les bases d’une agriculture résiliente était déjà là : des arbres, de l’eau retenue dans le paysage, des productions multiples, moins de dépendance aux engrais et aux pesticides. Et pourtant, lui aussi craque. Il craint moins pour son chiffre d’affaires que pour les libellules qui « n’ont plus d’eau dans les mares pour pondre ».

 

À la Ferme en goguette, Caroline et Julien envisagent désormais une baisse d’environ 20 % de leur chiffre d’affaires sur la saison. Une estimation encore provisoire, puisque, dit Julien, « les récoltes d’automne restent suspendues à un retour de la pluie et à des températures plus clémentes ».

C’est peut-être cela que raconte le mieux cet été. Les maraîchers ne découvrent pas le changement climatique. Ils chaulent, ombragent, paillent, plantent des haies, diversifient, déplacent les calendriers, recommencent les semis et travaillent toujours davantage. Mais l’adaptation a un coût, physique, financier et moral.

À l’échelle nationale, le président de l’interprofession des fruits et légumes frais, Interfel, redoute une diminution de 20 à 30 % des récoltes à venir et prévient que certaines exploitations maraîchères pourraient ne pas s’en relever.

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Le sol a tellement durci à cause de la sécheresse que les agrafes des bâches ne peuvent plus être enlevées à la main. © Jérômine Derigny / Reporterre

22:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécheresse, maraîchers, reporterre | |  Facebook | |  Imprimer |