LA MUSIQUE ENTRE EN RÉSISTANCE. (18/06/2026)
La musique est un bien commun vivant. Elle naît partout : dans les chambres, les studios, les quartiers, les clubs, les free parties, les conservatoires, les petites et les très grandes salles. La musique est hybride, ouverte, en perpétuelle transformation.
Elle est un art populaire : plurielle, à mille lieues des fantasmes réactionnaires. La musique traverse les espaces géographiques et personnels, les classes sociales.
La musique est toujours en avance sur son temps. En composant des nouveautés en direction du futur, elle fait apparaître des sons nouveaux, de nouvelles histoires, de nouveaux langages. La musique nous permet d’habiter collectivement au même endroit ; elle est une force immédiate de fédération et de commun.
Nous regardons les élections présidentielles de 2027 avec inquiétude, nous nous alarmons vivement du risque de basculement officiel du pays à l’extrême droite dans une poignée de mois. Nous, artistes et travailleur·euses de la musique, souhaitons prendre part activement à la résistance contre l’extrême droite et toutes les forces et partis réactionnaires à l’œuvre dans ce pays.
Au nom d’une société désirable, nous refusons de laisser s’imposer des représentations fondées sur l’exclusion, le repli et la hiérarchie des vies. Les droites réactionnaires comprennent parfaitement le rôle de la culture. Elles savent que les récits collectifs précèdent souvent les lois. Elles cherchent à trier les existences, discipliner les corps, récupérer les traditions, désigner des indésirables. Le rap, les musiques traditionnelles, le monde de la nuit, les scènes queer le savent déjà : la musique est un champ de bataille démocratique.
Le projet de l’extrême droite, c’est le risque d’une mise au pas : criminalisation ou répression de certaines scènes musicales, hiérarchisation raciste des musiques jugées légitimes ou illégitimes, fin des aides culturelles pour celles et ceux qui remettent en cause le mythe national et portent des discours progressistes, atteintes incessantes contre la liberté de création.
Depuis plusieurs mois, le monde de la culture se mobilise contre la concentration croissante des industries culturelles et médiatiques. Dans l’édition, le cinéma, la presse libre et indépendante, on alerte sur les conséquences d’un modèle où un nombre toujours plus réduit d’acteurs contrôle les moyens de production, de diffusion et de prescription des œuvres.
Le monde de la musique n’est pas épargné par ces phénomènes. La concentration y est devenue une réalité structurante, où une poignée de groupes occupe une position dominante. Certains empires médiatiques et culturels montrent combien concentration industrielle, austérité et bataille réactionnaire des récits peuvent se nourrir mutuellement.
À cela s’ajoutent d’autres enjeux pesant sur les artistes et sur leurs publics : les plateformes façonnent l’accès aux œuvres à travers leurs algorithmes. Des fonds d’investissement rachètent des catalogues comme des actifs financiers. Les grands groupes renforcent leur présence dans les festivals, les salles et les circuits de diffusion. L’intelligence artificielle ouvre quant à elle une nouvelle phase de captation de la valeur produite par les artistes. Cette évolution ne menace pas seulement l’économie du secteur. Elle fragilise le pluralisme culturel lui-même.
La musique ne peut être réduite à une marchandise ou à un simple produit culturel. Elle participe de la vie démocratique, de la circulation des savoirs, des mémoires et des visions du monde. À ce titre, son accès, sa production et sa diffusion relèvent d’un intérêt général. Cela suppose de soutenir les labels indépendants, les médias autonomes, les salles associatives, les festivals coopératifs et toutes les formes de mutualisation qui permettent de préserver la diversité culturelle.
Cette réflexion impose aussi de remettre en cause le dogme du gigantisme comme seul horizon pour la musique et le secteur culturel. “L’industrie” musicale semble convaincue que le succès doit se mesurer à la taille des festivals, aux records d’affluence et à la capacité de remplir des stades. Une société démocratique a-t-elle davantage besoin d’un concert dans un stade ou de cent salles réparties sur l’ensemble du territoire ? Nous défendons l’idée d’une révolution écologique du spectacle musical industriel. Non comme un recul de la création, mais comme une réorientation des moyens. Davantage de lieux à taille humaine. Davantage de tournées territoriales. Davantage de proximité entre artistes et publics.
Cette transformation suppose également de regarder en face les inégalités produites par nos politiques culturelles, qui continuent de nourrir les hiérarchies sociales, raciales et territoriales héritées de l’histoire coloniale et des mécanismes de domination qui traversent nos institutions. Nous souhaitons tisser des liens de solidarité pour viser une culture réellement multidimensionnelle, libérée des dynamiques racistes, sexistes, classistes, LGBTQIA+phobes, validistes favorisées par le système actuel.
L’heure n’est plus à la simple résistance. Nous avons besoin d’un projet commun : une culture fondée sur la coopération plutôt que la concentration, sur la proximité plutôt que le gigantisme, sur les communs plutôt que les monopoles. Nous ne voulons pas seulement dénoncer la concentration ; nous voulons organiser la dé-concentration. Reprendre la musique aux machines, c’est ouvrir des cultures futures. La culture n’est pas un marché comme un autre, elle est l’une des conditions d’une société heureuse. Elle doit être libre, plurielle, contradictoire.
Nous, artistes, technicien·nes, travailleur·euses de la musique, souhaitons nous inscrire dans la lutte contre cette propagation réactionnaire en cours. Nous, artistes, technicien·nes, travailleur·euses de la musique, souhaitons prendre part à la réflexion et à la construction de futurs souhaitables.
Rassemblons-nous. Faisons converger nos forces au-delà de nos scènes, de nos esthétiques et de nos secteurs. Relions la musique aux autres champs de la culture, de la recherche, des médias indépendants et de la société civile. Pesons dans le débat de la campagne présidentielle, et construisons ensemble les solidarités capables d’ouvrir d’autres possibles.
Voir les premiers signataires sur le site de Politis

21:23 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politis, musique, résistance, appel des 1000 |
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