Farine d’insectes : l’État a dilapidé 284 millions d’euros dans une filière en faillite (25/04/2026)

Extraits de l'article de  Hortense Chauvin, paru dans Reporterre le 22.04.2026

Les élevages d’insectes reçoivent bien plus de subventions que des filières plus durables comme les protéines végétales et la bio. Ce, alors que la farine d’insectes est un échec économique et écologique.

Plus cigale que fourmi, l’État a dépensé des sommes colossales pour soutenir un secteur bancal sur le plan économique, et bien moins vertueux que promis sur le plan écologique : l’élevage d’insectes. Depuis le début des années 2010, au moins 284 millions d’euros d’argent public ont été octroyés aux entreprises françaises du secteur, révèle un rapport de l’Observatoire des subventions et aides agricoles (Obsaf) et de l’Observatoire national de l’élevage d’insectes (Onei) publié le 22 avril.

Cette analyse montre que les fabricants de farine d’insectes, présentée comme une source alternative et durable de protéines, ont bénéficié d’un traitement très favorable par rapport à des filières végétales, plus écologiques que la fabrication de viande. Les subventions accordées aux start-up du secteur correspondent à près de 2,5 fois la somme allouée au plan protéines végétales de France Relance (qui visait à doubler les surfaces dédiées à la production de légumineuses d’ici 2030) et à trente-trois années de financement du fonds Avenir Bio, dont la dotation a été réduite de moitié en 2025. « C’est énorme, note Julie Coumau, analyste à l’Obsaf. Il n’y a pas de montant équivalent pour d’autres filières innovantes agricoles et agroalimentaires. »

Chaque kilogramme de farine d’insectes produit en France a bénéficié de 20 euros d’aide publique — ce qui revient à cinq fois le prix de vente de ce produit. L’Obsaf et l’Onei ont obtenu ces chiffres plancher en utilisant des données en sources ouvertes, provenant de bases européennes, administratives et financières, croisées avec des articles de presse et des communications d’entreprises. « Dans un contexte de crises budgétaire et agricole, avec des décisions prises au détriment de la justice sociale, alimentaire et environnementale, il nous semblait important d’évaluer la pertinence de la prise de risque de l’État pour soutenir la filière », explique Julie Coumau.

Si l’Union européenne, les régions et les collectivités locales ont contribué à l’effort, l’essentiel (90 %) des financements a été octroyé par l’État et ses opérateurs (Ademe, Caisse des dépôts…), sous forme de prêts, d’avances, de prises de participation au capital et de subventions directes.

La Banque publique d’investissement (Bpifrance) a joué un rôle crucial, « en intervenant de manière précoce dans les levées de fonds de plusieurs entreprises de la filière », ce qui a donné « un signal de crédibilité » aux investisseurs privés. À la même époque, le directeur de Bpifrance Nicolas Dufourcq critiquait dans les médias « l’État-providence galopant » et « la course folle des déficits sociaux », relève Mediapart. Contactée, Bpifrance n’a pas répondu aux sollicitations de Reporterre dans ses délais de publication.

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Les louanges d’Emmanuel Macron

Il y a quelques années, le gouvernement ne tarissait pourtant pas d’éloges sur cette start-up, présentée comme la fine fleur de la « French Tech ». Dans le cadre d’une visite d’État aux États-Unis, en 2022, Emmanuel Macron avait emporté dans ses valises le président d’Ÿnsect, aux côtés de Bernard Arnault (PDG de LVMH), de Patrick Pouyanné (PDG de TotalEnergies) et de Rodolphe Saadé (dirigeant de l’armateur CMA CGM). En mai 2021, trois membres du gouvernement avaient gratifié Ÿnfarm d’une visite : Barbara Pompili (à la Transition écologique), Cédric O (à la Transition numérique) et Julien Denormandie (à l’Agriculture). Ce dernier siège aujourd’hui au comité stratégique de Keprea, une nouvelle entreprise d’élevage d’insectes fondée par Antoine Hubert en 2024, dont il est aussi l’un des principaux actionnaires.

Avec ce rapport, l’Obsaf et l’Onei espèrent sonner l’alerte quant aux risques — et à l’intérêt discutable — de cette industrie dans laquelle « encore beaucoup d’argent pourrait être investi » aux dépens de solutions plus prometteuses, explique Tom Bry-Chevalier. L’idée est également d’éviter que cette gabegie « ne se reproduise dans d’autres filières », dit Julie Coumau.

L’analyste de l’Obsaf évoque le projet de méga-usine de saumons du Verdon-sur-Mer (Gironde), actuellement en attente d’une décision préfectorale. « Pour l’instant, il s’agit d’investissements privés, précise-t-elle. Mais il y a aussi beaucoup de risques pour l’environnement. » Qu’il s’agisse de projets d’élevage de coléoptères ou de saumons, elle espère de l’État « une meilleure prise en compte de la littérature scientifique », et des choix « plus mesurés ».

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